Richard Guay avancera en terrain miné

Publié le 12/09/2008 à 00:00

Richard Guay avancera en terrain miné

Publié le 12/09/2008 à 00:00

Par François Normand

Richard Guay évoluera dans un environnement financier de plus en plus complexe et instable, la crise du crédit aux États-Unis ébranlant les Bourses du monde entier, de Londres à Hong-Kong.

Cette interdépendance des marchés ne date certes pas d'hier. Mais elle a atteint un tel degré que les meilleurs gestionnaires de portefeuilles du monde peuvent facilement perdre des milliards de dollars en une seule journée à la suite d'une mauvaise décision ou d'une analyse erronée du risque.

L'enjeu est d'autant plus important pour l'équipe que dirige Richard Guay que sa clientèle est composée en majorité de caisses de retraite et des régimes d'assurance publics et privés québécois. Le bien-être financier de millions de Québécois dépend de la façon dont l'institution évoluera sur le terrain miné de la haute finance.

Et les pièges sont nombreux. Voici les quatre principaux.

1 - Courir plusieurs lièvres

Claude Lamoureux, ancien président de Teachers, le régime de retraite des enseignants de l'Ontario, croit que Richard Guay doit éviter de se fixer trop d'objectifs et d'éparpiller ses efforts.

Selon lui, le meilleur rendement possible pour ses déposants doit être sa seule préoccupation. "Si on donne trop de missions à un régime de retraite, cela donne des résultats financiers décevants", dit-il.

Jean-Luc Landry, président de Landry Morin, une société de gestion de portefeuilles, est du même avis. À ses yeux, le rendement doit primer, même si cela implique des investissements qui se révèlent parfois moins fructueux, comme celui de la Caisse de dépôt dans le papier commercial adossé à des actifs (PCAA) non bancaire.

"Nous sommes dans la business du risque. Le seul critère qui importe en fin de compte, c'est le rendement total. Il y a en pas d'autres", dit-il, précisant que l'institution québécoise a réalisé de bons rendements malgré son aventure dans le PCAA.

2 - Rendre la Caisse de dépôt trop frileuse

On reproche souvent à la Caisse de dépôt et placement du Québec de prendre trop de risques. Or, selon Claude Béland, président du Mouvement Desjardins de 1987 à 2000, un des pièges auxquels fait face le nouveau patron de la Caisse est justement de prendre moins de risques pour faire taire les critiques.

Selon lui, la Caisse de dépôt a besoin plus que jamais de bons rendements pour faire face à ses obligations à l'égard de ses déposants. De fait, la population du Québec vieillit. "D'ici 20 ans, un Québécois sur quatre sera âgé de 65 ans ou plus", rappelle-t-il.

Et si la Caisse se montre plus prudente et génère des rendements plus faibles que par le passé, le gouvernement devra inévitablement changer les règles du jeu pour garantir le financement des retraites, en relevant par exemple l'âge légal de la retraite.

Pour sa part, le financier Stephen Jarislowsky s'inquiète de la conjoncture : "Richard Guay arrive à un moment qui n'est pas très favorable pour faire de grands gains", dit-il, faisant référence aux turbulences sur les marchés, de la crise du crédit à la hausse de l'inflation. "Il est très difficile de prévoir comment la Caisse va défendre les pensions des Québécois."

3 - Sous-estimer l'économie québécoise

Jean Campeau, qui a dirigé la Caisse de dépôt de 1980 à 1990, croit que la nouvelle direction ne doit pas sous-estimer l'importance de l'économie québécoise dans le dynamisme de l'institution. Selon lui, la prospérité de la Caisse est intimement liée à celle du Québec.

"Plus on a d'emplois de qualité et bien rémunérés, plus la Caisse de dépôt prospère en raison de l'augmentation des dépôts qu'elle reçoit", dit-il. Cela dit, la Caisse ne doit pas investir au Québec si ses investissements ne sont pas rentables, précise Jean Campeau.

Même son de cloche du côté de Jean-Claude Scraire, qui a aussi dirigé la Caisse de dépôt de 1995 à 2002. "La Caisse doit continuer à contribuer à l'essor économique du Québec tout en procurant un bon rendement aux déposants", dit-il.

4 - Gérer à court terme

Selon plusieurs analystes, Richard Guay ne doit pas non plus tomber dans le piège de gérer les actifs de la Caisse seulement à court terme - même s'il doit se soucier des critiques des élus et des médias.

"Investir, c'est prendre des risques", lâche Claude Lamoureux. Quand un placement risqué fournit un bon rendement, personne n'en parle, mais quand c'est la catastrophe, ça fait les manchettes, déplore l'ancien patron de Teachers. "Je suis content que Teachers ne publie ses résultats qu'une fois par année. Certains jours, elle peut perdre un ou deux milliards de dollars ! L'important, ajoute-t-il, c'est le gain à long terme."

Jean-Claude Scraire estime aussi que Richard Guay doit se concentrer sur le rendement à long terme. Il insiste sur la nécessité de préparer dès aujourd'hui la relève. "Il faut voir en avant, dit-il, cibler les marchés futurs et développer l'expertise."

Visionnez notre entrevue avec Richard Guay:


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