FNB: où la frontière entre les stratégies de placement actives et passives devient floue

Publié le 12/03/2015 à 11:22

FNB: où la frontière entre les stratégies de placement actives et passives devient floue

Publié le 12/03/2015 à 11:22

Même un investisseur occasionnel n'a pas longtemps à attendre avant de se trouver confronté à l'un des grands débats de l'industrie financière : stratégie active contre stratégie passive. Les adeptes de l'une comme de l'autre abondent, et parfois cela ressemble moins à un débat qu'à des monologues parallèles. Le débat dégage une certaine ferveur, aussi malheur à celui qui se hasarde dans l'une des chapelles s'il ignore les croyances de la tribu concernée!

Je n'essaierai pas aujourd'hui de réconcilier ces deux solitudes. Au lieu de cela, j'attirerai l'attention des particuliers sur un espace où la frontière entre les approches de placement active et passive est floue. Morningstar appelle cet espace bêta stratégique, et c'est un thème qui revient de plus en plus dans le paysage des FNB canadiens.

Les stratégies fondées sur le bêta stratégique sont souvent vendues sous d'autres noms : bêta intelligent, bêta exotique, bêta avancé, indexation améliorée, etc. Notre étiquette préférée de « stratégique » atténue l'aspect de frénésie marchande et regroupe différents fournisseurs qui ont pour objectif commun d'ajouter une touche systématique à un portefeuille afin de capturer une prime de risque connue ou de profiter d'une anomalie boursière bien documentée. En général, nous croyons que les placements relevant du bêta stratégique offrent un terrain d'entente où se croisent l'approche boursière à contre-courant (stratégie active) et celle fondée sur les règles (stratégie passive).

La définition de Morningstar de ce qu'est le bêta stratégique peut différer de ce que d'autres étiquettes peuvent suggérer. Par exemple, nous incluons des produits qui procèdent à un filtrage selon certains attributs, et où les compagnies choisies sont alors représentées proportionnellement à leur capitalisation boursière (c'est-à-dire que les compagnies de plus grande taille ont une pondération plus grande dans le portefeuille). Il se peut que d'autres définitions de cet espace n'incluent pas les méthodologies de construction de portefeuille selon la capitalisation boursière.

Les portefeuilles au bêta stratégique diffèrent d'une façon notable des indices diversifiés traditionnels dans la mesure où il y a une décision consciente de gestion active qui est prise au moment d'élaborer la politique du portefeuille. Les portefeuilles au bêta stratégique peuvent ensuite en revenir à une approche passive qui ressemble plus à celle de ces indices en fondant systématiquement le portefeuille sur les règles. 

Il existe de nombreuses saveurs de bêta stratégique selon notre catégorisation. Il y a les stratégies axées sur les rendements, dont le filtrage est effectué en fonction d'attributs comme les dividendes, la valeur, la croissance, l'élan, les rachats d'actions, la qualité et bien d'autres encore. Il y a aussi les stratégies axées sur le risque qui tentent de minimaliser la volatilité, d'atteindre un bêta inférieur ou supérieur, ou qui utilisent des méthodes de pondération selon le risque. Au Canada, le gros des actifs du bêta stratégique consiste en stratégies axées sur les rendements, avec les FNB filtrés selon les dividendes étant le choix le plus populaire à l'heure actuelle. 

Comme on pourrait s'en douter, les frais facturés pour ces portefeuilles tombent quelque part entre les coûts ultra-bas des FNB indiciels diversifiés (par exemple, XIC et ZCN, qui tous deux pistent l'Indice composé plafonné S&P/TSX, ont des frais de gestion de seulement 0,05 %) et les coûts généralement élevés d'un portefeuille géré selon une stratégie active comme de nombreux fonds communs de placement (les RFG moyens des fonds des catégories Actions canadiennes et Actions canadiennes de revenu sont dans la fourchette des 2 %). En comparaison, le FNB iShares Canadian Select Dividend Index ETF XDV, le plus grand FNB au bêta stratégique au Canada, a un RFG de 0,55 %.

Toujours de petite taille comparée aux plus d'un billion $ des fonds communs canadiens, l'industrie des FNB canadiens est d'environ 81,5 milliards $ d'actifs à la fin de février 2015, dont environ 9,2 milliards $ correspondent à la définition du bêta stratégique de Morningstar. La croissance des actifs est très solide pour les FNB au Canada. Les entrées nettes d'argent et les effets boursiers se sont combinés pour augmenter les actifs des FNB domiciliés au Canada d'environ 67 % comparativement à il y a trois ans. La sous-section au bêta stratégique de cette industrie montre une croissance des actifs encore plus forte – près du double de cette cadence avec environ 132 % (bien qu'elle soit partie d'un montant de base nettement plus petit) sur la même période.

À l'heure actuelle, près de 400 milliards $ ont été alloués à l'échelle mondiale aux FNB axés sur le bêta stratégique; il y a donc beaucoup d'intérêt dans le monde entier pour ce type de placement par le truchement des FNB. Avec une collecte d'actifs réussie vient la prolifération des produits, et nous prévoyons que de nombreuses stratégies de ce type seront lancées dans les années à venir. Les produits au bêta stratégique sont assujettis aux habituels conseils de prudence que nous exprimons pour d'autres produits de placement : comprendre la thèse de placement sous-jacente, chercher les fournisseurs qui pratiquent une bonne gérance du capital des investisseurs, et, comme toujours, tenir compte des coûts. 

Concernant les stratégies axées sur le bêta stratégique, il convient de noter en particulier que la thèse initiale des stratégies de placement actives devrait trouver sa légitimité dans la théorie financière et dans des preuves solides de réussite sur de multiples périodes dans de nombreux marchés.

Bien que la réussite historique apporte un élément important, on peut trop en faire. Même les stratégies de placement couronnées de succès à long terme affichent des périodes de sous-classement. De nos jours, avec l'informatisation et la vaste quantité de données de placement historiques qu'elle met à notre disposition, il est possible de rechercher des stratégies de placements complexes qui auraient produit des résultats impeccables dans le passé si elles avaient été appliquées. Il ne fait aucun doute que la plupart de ces stratégies feront leur apparition avec un test rétroactif réussi. Il est entièrement possible que ce qui a marché historiquement ne marche pas dans le futur, que ce soit parce que c'était le fruit du hasard ou que beaucoup trop d'investisseurs auront pris connaissance de l'anomalie et éliminé son efficacité.

Il n'en reste pas moins que les investisseurs devraient être mis au courant de ce terrain d'entente qui devient de plus en plus accessible. Les adeptes de la gestion passive traditionnelle peuvent regarder dans la direction de certains produits au bêta stratégique pour voir si l'un d'entre eux convient mieux à leur profil de risque que leur indice diversifié actuel, ou si un autre présente l'occasion crédible de profiter d'une anomalie boursière bien connue qui pourrait valoir la peine qu'on y consacre plus d'argent. Ceux qui investissent par le truchement d'une gestion active traditionnelle ont une éventuelle alternative à faible coût dans les produits axés sur le bêta stratégique pouvant couvrir le même terrain qu'un certain gestionnaire actif qui, pour sa part, n'aurait pas fait la preuve que l'application continue de sa gestion active peut porter ses fruits.

D'une façon comme de l'autre, les produits axés sur le bêta stratégique seront de plus en plus épiés par les investisseurs canadiens.

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