Votre équipe flanche? Voici comment corriger le tir!

Publié le 26/02/2019 à 06:06

Votre équipe flanche? Voici comment corriger le tir!

Publié le 26/02/2019 à 06:06

Le jeu Apex Legends est le phénomène de l'heure... [Ph: Apex Legends]

J’ai une drôle de question à vous poser, aujourd’hui : j’imagine que vous avez déjà entendu parler d’Apex Legends ou de Fortnite, ces jeux multijoueurs en ligne qui font fureur à l’échelle de la planète ; mais avez-vous regardé des joueurs – votre ado, votre chum,… – durant toute une partie? Peut-être que oui, peut-être que non. En tous cas, moi, oui…


Et une chose m’a frappé : l’incroyable collaboration et engagement des joueurs.


Bon. Il faut que je vous explique le principe pour que vous saisissiez bien ce que je viens de dire. Prenons le cas de Fortnite. Une centaine de joueurs sont virtuellement parachutés sur une île, l’objectif de chacun étant d’être le dernier survivant. Autrement dit, dès qu’on croise quelqu’un, mieux vaut être le premier à dégainer.


Or, il existe différents modes de jeux, dont un qui permet d’évoluer en équipe de quatre joueurs. C’est ainsi que votre ado contacte avec son cell trois de ses amis, puis tous se connectent entre eux à travers la plateforme du jeu afin de former une gang de quatre.


C’est alors que la magie se produit, comme je l’ai vu de mes yeux vu : chacun des quatre est dans son salon, ne voyant les autres qu’à travers le monde virtuel ; et pourtant, spontanément, en n’échangeant que des bribes d’informations, ils établissent le plus naturellement du monde de subtiles stratégies pour dénicher des armes, pour progresser dans l’île sans s’exposer et pour surprendre leurs adversaires. Chacun mise ainsi sur ses talents propres et s’appuie sur ceux des ordres. Chacun fait preuve d’un engagement phénoménal. Et tous ensemble, ils font de spectaculaires étincelles. Comme en rêverait plus d’un manager.


Mais comment un tel miracle est-il possible ? Comment se fait-il que des élèves du secondaire soient plus doués que des adultes au travail lorsqu’il s’agit de faire preuve de collaboration et d’engagement, pour ne pas dire d’intelligence collective ?


Vous me connaissez, j’ai voulu comprendre. C’est comme ça que je suis devenu – après ma rencontre l’an dernier avec le formidable Nabil ‘Aiekillu’ Lahrech, le YouTubeur le plus influent du Québec – un amateur d’un de ces jeux, PUBG Mobile [d’ailleurs, pour ceux que ça amuserait de faire équipe avec moi un beau jour, notez que mon nom de jeu est Asahi67]. Oui, je me suis mis à parcourir ces îles infestées d’ennemis, à tirer en tous sens pour sauver ma peau et, surtout, à évoluer au sein d’équipes improvisées. Je tenais vraiment à découvrir ce qui faisait qu’une équipe se montrait, la plupart du temps, plus efficace en virtuel que dans le réel.

[Photo: DR]


Qu’est-ce que j’en ai retiré ? Je vais vous l’indiquer, et je suis sûr que cela va vous parler. Mais auparavant, j’aimerais partager avec vous le fruit d’une étude passionnante, intitulée Individual performance in team-based online games et signée par cinq chercheurs en mathématiques et en informatique de l’Université de Californie du Sud : Anna Sapienza, Yilei Zeng, Alessandro Bessi, Krisitna Lerman et Emilio Ferrara. Regardons ensemble de quoi il retourne…


L’équipe pilotée par Mme Sapienza s’est plongée dans la base de données d’un autre jeu multijoueurs qui se joue en ligne, League of Legends (LoL, pour les amateurs). Elle a analysé la performance de chacun des joueurs lors de – tenez-vous bien ! – 242.000 parties jouées en équipe par un total de 16.665 joueurs assidus. Ce qui lui a permis de découvrir ceci :


> Dégringolade de la performance individuelle. Plus un joueur joue de parties d’affilée, plus sa performance baisse, et – par la force des choses – plus celle de l’équipe dans laquelle il évolue diminue. L’écart entre le début de la séance de jeu et la fin de celle-ci correspond, en général, à une chute de la performance individuelle de 8 à 10%. Ce qui est énorme, et est fortement dommageable pour son équipe.


> Avantage à l’expérience. Une caractéristique du joueur peut atténuer la baisse de la performance individuelle : son expérience. Plus il est chevronné, moins sa performance tend à diminuer au fil des parties ; cela étant, elle va toujours en déclinant. À noter qu’à l’inverse, plus un joueur est novice, plus on assiste alors à un effondrement de sa performance individuelle.


> Deux facteurs explicatifs. La diminution de la performance individuelle au sein d’une équipe semble avoir deux origines principales :


– L’expérience vécue – si le joueur va de ratage en ratage, ne parvient pas à briller aux yeux des autres, ou encore se sent mis à l’écart par ses chums plus doués que lui, alors sa motivation – et avec elle, sa performance – va vite s’émousser.


– Le «budget cognitif» – à mesure que le temps s’écoule, le cerveau du joueur érode inexorablement sa capacité à se concentrer et à réagir au quart de tour ; ce qui, bien entendu, se paye très cher lorsque la moindre erreur peut se révéler «fatale».


Que retenir maintenant de ces trouvailles ? Les cinq chercheurs en sont arrivés à la conclusion qu’ils étaient capables de prédire lorsqu’un joueur allait décrocher d’une séance de jeu : dès lors que sa performance se met en berne d’environ 8%, il y a toutes les chances pour qu’il abandonne. Il n’en peut plus, il laisse tout tomber.


La question saute aux yeux : y aurait-il moyen d’éviter ça ? De faire en sorte qu’un joueur – ou un employé – n’épuise pas sa motivation, et continue de donner son 110% au fil du temps ?


La réponse est claire et nette : oui, il y a moyen d’y parvenir. Comment ? «En adoptant une politique d’incitatifs personnalisés», avancent les cinq chercheurs, sans donner davantage de précisions à ce sujet, cela sortant du cadre de leur étude.


C’est justement là qu’intervient ma propre expérience via PUBG Mobile. Je me suis bel et bien retrouvé au sein d’équipes de champions qui, pourtant, ont lamentablement échoué, vraisemblablement parce que l’un d’eux n’en pouvait plus. J’ai été dans des équipes de débutants qui ont été couronnées de succès, vraisemblablement parce chacun était frais et willing. Et j’ai dû faire des pieds et des mains pour inciter des joueurs moyens et usés à donner malgré tout le meilleur d’eux-mêmes, en donnant à celui-ci une arme d’exception, en indiquant à celui-là une cible requérant tous ses talents de sniper, ou encore en proposant au dernier de conduire le bolide à même de nous extraire d’une embuscade.


Bref, j’en suis arrivé au constat que la performance individuelle au sein d’une équipe – qu’elle soit virtuelle ou réelle – reposait avant tout sur le principe de la «connexité». Un principe qui veut que les êtres humains n’évoluent sainement qu’à condition de nouer des liens fructeux entre eux.


Autrement dit, à partir du moment où chacun comprend qu’il se trouve au sein d’un réseau de connexions – en l’occurrence, le mini-réseau de l’équipe de quatre – et que sa performance dépend directement de la qualité des échanges qui s’y produisent, il est possible de donner son 110%. De manière durable. Et ce dernier point est crucial.


Pourquoi crucial ? Parce que l’étude montre que la motivation et la performance s’émoussent à mesure que le temps passe. Et ce, en raison du simple fait que la personne concernée a la sensation de vivre une expérience de moins en moins tripante, qui de surcroît gruge inexorablement son «budget cognitif».


Ça y est, vous avez maintenant compris ! Vous sentez que votre équipe flanche, et vous ne savez pas comment corriger le tir ? Eh bien, il vous suffit de vous inspirer des enseignements tirés de l’analyse des jeux multijoueurs en ligne comme Apex Legends, Fortnite et autres PUBG Mobile. Oui, vous n’avez qu’à procéder comme suit :


1. Identifiez le membre de votre équipe dont la performance va en diminuant, et évaluez la baisse en croisant les doigts pour qu’elle ne soit pas déjà de l’ordre de 8 à 10%.


2. Trouvez l’incitatif particulier qui ferait en sorte que son intérêt serait réveillé d’un coup d’un seul. Point important : il est impératif que cette incitatif fasse vibrer une corde sensible spécifique, en lien avec ce qu’on appelle la motivation intrinsèque. Oubliez une prime en argent, ou toute autre récompense matérielle (ex. : un ordinateur neuf, etc.), car cela n’aura jamais l’impact désiré. À la place, identifiez le talent propre de la personne concernée qui n’est pas assez mis en œuvre dans l’atteinte de l’objectif commun, et faites en sorte que celui-ci soit désormais exploité à fond.


3. Observez. Car vous devriez dès lors voir cet employé triper comme jamais, vu que celui-ci devrait gagner en satisfaction et en engagement, presque du jour au lendemain. Pour le plus grand bénéfice de l’équipe. (Il va de soi que si rien ne se produit, c’est sûrement parce que vous n’avez pas su faire vibrer la corde sensible idoine. Il convient alors de recommencer l’étape 2.)


Voilà. C’est aussi bête que ça. Comme quoi, on peut bel et bien apprendre des choses utiles en jouant aux jeux vidéos…


En passant, le philosophe allemand Friedrich Nietzsche disait : «Chaque homme cache en lui un enfant qui veut jouer».


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À propos de ce blogue

EN TÊTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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