Comment justifier le rebond spectaculaire des bourses?

Publié le 12/06/2020 à 09:19

Comment justifier le rebond spectaculaire des bourses?

Publié le 12/06/2020 à 09:19

Des courtiers sur le plancher de la Bourse de New York.

(Photo: Getty images)

BLOGUE INVITÉ. Les bourses mondiales ont enregistré des gains exceptionnels depuis le creux du 23 mars dernier. Propulsés, entre autres, par les titres technologiques, le Nasdaq est à un niveau record et le S&P 500 a récupéré l’ensemble de ses pertes. Le marché canadien a quant à lui subi un peu plus les foudres de  la chute du prix du pétrole et n’a pas encore récupéré toute la baisse depuis le sommet de février.

Évidemment, les perspectives quant à la propagation du COVID-19 se sont grandement améliorées, mais aucun traitement ou vaccin n’est en vue à court terme et l’économie mondiale tourne encore au ralenti. Cette semaine, la FED et l’OCDE ont annoncé des prévisions plutôt sombres quant à la croissance économique. Alors pourquoi un tel rebond aussi spectaculaire? À mon avis, il y a deux facteurs qui prédominent : l’aide gouvernementale et la baisse des taux d’intérêt.

Ce qui n’avait pas été anticipé par les marchés au mois de mars, c’est l’ampleur de l’aide gouvernementale. Clairement, plusieurs de ces mesures étaient requises afin de permettre à plusieurs ménages de subvenir à leurs besoins de base.

À lire aussi : Le présent marché baissier sera-t-il le plus court de l'histoire?

Toutefois, cette aide, combinée à l’injection de liquidités records par les banques centrales, a aussi eu comme effet de sauver les marchés financiers. Il y a eu un transfert massif de fonds gouvernementaux publics destinés à soutenir les marchés financiers, et, par conséquent ceux qui détiennent le  plus d’actifs financiers, soit généralement les mieux nantis.

Les investisseurs qui acceptent normalement de prendre des risques en investissant dans des actions ou des obligations de grandes entreprises ont réalisé qu’en temps de crise, les gouvernements venaient à leur rescousse. Ainsi, au lieu d’exiger par exemple 15% de rendement sur un investissement donné, un investisseur est peut-être prêt à accepter maintenant un rendement de 10%, car les probabilités de pertes ou de faillites sont maintenant plus faibles. Pour un même actif, les investisseurs sont maintenant prêt à payer plus cher. Ainsi, les investisseurs pensent maintenant que les gouvernements seront toujours là pour leur venir en aide. C’est un dangereux précédent!

La valeur d'une entreprise

En finance, la valeur d’une entreprise est essentiellement la somme des profits futurs anticipés, actualisés à un certain taux d’intérêt. Or, aux États-Unis, l’aide se chiffre, et ce n’est qu’un début, à plus de 3000G$, soit 50% de plus que la totalité des profits corporatifs de 2019 tels que calculés par le BEA (Bureau of Economic Analysis). Si le gouvernement vient compenser la perte de profits prévue pendant 1 ou 2 ans, il est alors normal que la valeur d’une entreprise ne soit pas trop affectée. Si, en plus, le taux d’actualisation des profits est réduit parce que les risques de pertes sont plus faibles, on peut facilement justifier des valorisations plus élevées qu’avant la crise. Et, c’est sans compter l’impact de la baisse des taux obligataires qui, à son tour, fait gonfler la valeur de la plupart des actifs financiers.

Bref, malgré une baisse importante de l’activité économique, il est possible de justifier des niveaux boursiers plus élevés, même si ça ne veut pas dire que c’est raisonnable ou acceptable d’un point de vue sociétal compte tenu des iniquités encore plus grandes que cela crée.

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À propos de ce blogue

Ian Gascon est président de Placements Idema (www.idema.ca), un gestionnaire de portefeuille qui propose des solutions de placements personnalisées, à faible coût et utilisant des fonds négociés en bourse (FNB). «Les FNB démystifiés» est le premier blogue francophone dédié aux fonds négociés en bourse au Canada et Placements Idema est la première société au Canada à avoir lancé un service en ligne de gestion de portefeuille, maintenant mieux connu sous le terme «robot-conseiller».

Ian Gascon

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