Ce populiste anti-Europe se rêve à la tête des Pays-Bas

Publié le 11/03/2017 à 09:28

Ce populiste anti-Europe se rêve à la tête des Pays-Bas

Publié le 11/03/2017 à 09:28

Le leader de l'extrême droite néerlandaise, Geert Wilders (Source photo: Getty)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE - Les Pays-Bas seront-ils le prochain épicentre de la révolution populiste lors de l'élection du 15 mars dans ce pays? Après le Brexit et la victoire de Donald Trump, plusieurs observateurs le craignent. Or, même si l'extrême droite y est de plus en plus influente, les probabilités qu'elle accède au pouvoir sont très minces.

Dans une récente note géopolitique à ce sujet, la Financière Banque Nationale rappelle que le système électoral néerlandais réduit grandement cette éventualité, car il s'agit d'un système avec une représentation proportionnelle.

Ainsi, le pourcentage des voix obtenues par les partis est transposé dans la répartition des sièges au parlement néerlandais.

Comme l'assemblée compte 150 sièges, il faut donc au moins 76 sièges pour former le gouvernement. Or, à lui seul, le parti pour la liberté (PVV), la formation du leader d'extrême droite Geert Wilders, est loin d'avoir le soutien populaire pour former à lui seul le gouvernement.

Le deuxième parti le plus populaire

Les derniers derniers sondages montrent que le parti actuellement au pouvoir, le parti de la liberté et de la démocratie (VVD, centre droit), est juste devant le PVV.

Selon les projections, le premier récolterait de 24 à 28 sièges (avec 16% des intentions de vote), tandis que le second en aurait de 21 à 25 (avec 15% des intentions de vote).

Par conséquent, l'extrême droite doit absolument -comme, du reste, tous les gouvernements du pays- former un gouvernement de coalition afin d'accéder au pouvoir.

Or, presque tous les partis des Pays-Bas, incluant le VVD, refusent de gouverner avec l'extrême droite en raison de son programme politique, souligne l'analyse géopolitique de la FBN, Angelo Katsoras.

Le PVV veut par exemple tenir un référendum afin que les Pays-Bas quittent la zone euro et l'Union européenne. De plus, Wilders propose de stopper l'immigration musulmane, de fermer toutes les mosquées et de bannir le Coran.

L'influence de l'extrême droite dans le débat public

Même si le parti pour la liberté est loin du pouvoir, il commence à influencer le discours public aux Pays-Bas, écrit Angelo Katsoras. «Il a déjà réussi à pousser les partis de gouvernement beaucoup plus vers la droite sur un certain nombre d’enjeux. Celui de l’immigration, notamment.»

Par exemple, pour tenter d'effriter la popularité de l'extrême droite, les leaders du parti travailliste et des chrétiens démocrates (deux partis centristes) se sont récemment prononcés en faveur d’une limitation importante de l’immigration, rapporte Bloomberg.

Selon The Economist, le premier ministre Mark Rutte a quant à lui publié une lettre ouverte dans laquelle il déplore que les immigrants «abusent de la liberté conférée par notre pays pour fomenter des troubles, alors qu’ils sont venus dans notre pays précisément pour cette liberté».

Il leur a même demandé «d'agir normalement ou partir».

L'«eurospecticisme» est aussi en progression dans le pays, selon Angelo Katsoras. «À l’égard de l’Union européenne, l’opinion publique s’est dégradée», écrit-il.

Par exemple, l'analyste estime que le futur gouvernement aura de la difficulté à faire approuver les réformes qui seraient nécessaires pour surmonter bon nombre des défis de la zone euro.

Il donne cite le cas de la création d’un mécanisme de transfert financier pour assurer un financement stable des régions plus pauvres, un système qui existe dans pratiquement tous les pays développés.

Même si l'extrême droite semble loin de gouverner ou de participer au pouvoir aux Pays-Bas, ses idées font tranquillement leur chemin dans le débat public. Ce qui fait dire à certains analystes que la formation de Geert Wilders a déjà en partie gagné dans un pays reconnu historiquement pour sa tolérance.

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand