Voici Impact Hub, le nouveau concurrent de McKinsey

Publié le 29/06/2018 à 11:19

Voici Impact Hub, le nouveau concurrent de McKinsey

Publié le 29/06/2018 à 11:19

Les 24, 25 et 26 juin, Montréal a accueilli le Makers Festival, la rencontre annuelle des membres du réseau mondial Impact Hub.

Le Suisse Christoph Birkholz est diplômé de l’école de gestion INSEAD. Il effectue des mandats de consultation auprès de grandes sociétés comme Swisscom, Google, Axa, Crédit Suisse et le détaillant Migros. En compagnie de son équipe, il accompagne ces organisations dans leur transformation numérique et le développement de nouveaux produits. Et ces entreprises le paient bien. Chacun de ces mandats rapporte entre 800 000$ et 1,5M$CAD par année, par entreprise.


La Philippine Ces Rondario réalise aussi des mandats de consultation auprès des grandes sociétés. Elle travaille, entre autres, avec Citibank. Sa spécialité c’est le design thinking, cette approche qui consiste à innover en se plaçant dans la peau du client. On crée le produit ou le service avec lui.


Le Brésilien Joao Vitor Caires a développé des sessions de formation immersives pour les cadres des grandes sociétés de son pays. Il les jumelent avec de jeunes pousses du même secteur pendant quelques jours pour les aider à développer des réflexes entrepreneuriaux. Plusieurs mandats de Joao proviennent souvent du département des ressources humaines de ces organisations qui cherchent à faire basculer la culture pour générer davantage d’innovation. Pour une de ces mandats, Joao a jumelé des cadres d’une grande banque avec des entrepreneurs du secteur fintech.


Le hic c’est que Christoph, Ces et Joao ne travaillent pas pour des boîtes de consultants. Ils sont tous cofondateurs d’une antenne du réseau Impact Hub. Christoph a cofondé l’Impact Hub de Zurich. Ces, celui de Manille. Et Joao, celui de Sao Paulo.



Ce réseau, lancé en 2005, compte plus d’une centaine de lieux dans 50 pays, dont un à Montréal depuis le printemps 2018. Ensemble, les Impact Hub comptent 16 000 membres.


Ces membres sont d’abord des entrepreneurs. Car Impact Hub est un espace de travail partagé et un accélérateur, avec un fort penchant pour les organisations qui génèrent un impact sociétal positif à travers leur mission. Plus de 60% des membres accordent autant d’importance aux retombées sociales et environnementales de leur projet qu’à son rendement financier. Plusieurs d’entre eux contribuent à l’atteinte d’un des 17 objectifs de développement durable (ODD) des Nations-Unies à travers leur modèle d’affaires.


Si Impact Hub sert la communauté des entrepreneurs sociaux, pourquoi Christoph, Ces et Joao réalisent-ils des mandats de consultations chez les Google de ce monde?


Parce que la communauté Impact Hub compte aussi de grandes entreprises. La relation a souvent débuté par une commandite. C’était purement pragmatique de la part d’Impact Hub. C’était une source de financement. Rapidement, Christoph, Ces, Joao et leurs homologues ont découvert l’appétit des grandes sociétés pour l’innovation. Et leur quête d’autres avenues pour y arriver.


«Le secteur de la consultation traditionnelle est dépassé (outdated), estime Ces Rondario. Les consultants ont le même profil que leurs clients des grandes sociétés. Ils emploient les mêmes méthodes et ils ont probablement les mêmes enjeux bureaucratiques internes. Sachant cela, les boîtes de consultation traditionnelles sont-elles vraiment les mieux placées pour aider les grandes entreprises à innover? Peut-être pas. Ces sociétés ont besoin d’un regard neuf. C’est ce qui explique leur attrait pour l’expertise des membres du mouvement Impact Hub.»



Elle poursuit, «Nos préoccupations pour l’impact apportent aux entreprises une perspective plus vaste et, du coup, de nouvelles occasions d’affaires. Et puis, on leur amène de nouveaux joueurs autour de la table. De ces rencontres improbables, mais pertinentes, naissent souvent de nouveaux projets clés pour la stratégie de différenciation de l’entreprise.»


«De nombreuses entreprises nous approchent, car elles désirent se classer dans le palmarès Great place to work», explique Claudia Valladares, cofondatrice d’Impact Hub Caracas, au Vénézuéla. Elles ont identifié leurs points faibles et souhaitent qu’on les aide à les corriger.»


L’attractivité et la rétention de la main-d’œuvre passent de plus en plus par l’offre d’un travail davantage porteur de sens. Et ça, c’est une des spécialités des entreprises à impact. Les grandes sociétés sont en train de le réaliser Ce qui explique pourquoi elles se tournent de plus en plus vers des lieux comme Impact Hub pour développer leur «marque employeur».


«Au cours des premières années, nos mandats provenaient des départements de la responsabilité sociale (RSE), raconte Christoph Birkholz. Aujourd’hui, on ne les rencontre presque plus. Ce sont les RH, la R-D, le développement des affaires ou carrément le bureau du PDG qui sollicitent nos services.»


Impact Hub Zurich a reformulé sa mission ainsi: «Prototyper le futur des affaires ».


La méthode Greepeace ou la méthode WWF?


« Si nous voulons changer le monde, encourager les jeunes pousses est important, dit Christoph, mais imaginez l’impact si Swisscom modifie 5% de ses pratiques. Pour nous, les grandes sociétés constituent un outil pour influencer le futur de l’économie.»


Il poursuit, «Je suis conscient que ces sociétés peuvent se servir de nous pour se limiter à des activités de socioblanchiment ou d’écoblanchiment. Mais entre la méthode Greenpeace et l’approche WWF, je choisis la seconde. Greenpeace intervient contre les grandes sociétés. Et elle remporte des victoires. WWF, quant à elle, a choisi de «danser avec le diable». Elle collabore avec les grandes sociétés. Elle les accompagne, entre autres, dans leur processus d’assainissement de leur chaîne d’approvisionnement.»


Et les résultats?


Les mandats de consultation d’Impact Hub auprès des grandes entreprises changent-ils vraiment le visage de l’économie? «Nous déclenchons des changements auprès de certains individus. Mais avons-nous changé les institutions pour lesquelles ces intrapreneurs travaillent? Ce serait naïf de penser que les points d’acupuncture que nous pratiques suffiront. Nous n’y arriverons pas seuls. Il faut d’autres consultants qui partagent nos valeurs et qui incitent les entreprises à placer l’impact sociétal au cœur de leur modèle d’affaires. »


Je termine en partageant le comanifeste (Comanifesto) d’Impact Hub Zurich, soit les principes guidant ses actions. Vous y trouverez peut-être une étincelle pour donner un nouvel élan à vos équipes, votre département ou votre entreprise.



 


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À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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