Un placard ça se loue? Intact croit que oui

Publié le 11/07/2018 à 09:20

Un placard ça se loue? Intact croit que oui

Publié le 11/07/2018 à 09:20

Jessie est un hôte Sharebee. Il valorise son sous-sol en le louant à la pièce. Intact a créé une assurance sur mesure pour les locateurs comme lui.

Louer son placard, ça se peut?

Hé oui! Le site québécois Sharebee permet à un particulier de louer un espace d’entreposage aussi petit qu’un placard ou aussi grand qu’un entrepôt de 25 000 pieds carrés. On peut remiser ses papiers d’impôts ou son véhicule. Espace inutilisé d’un côté, déficit d’espace de l’autre, c’est la quintessence de l’économie collaborative.

Petit hic: l’assurance. Les polices d’assurances sont conçues pour une économie de possession: j’achète un bien, j’en suis le propriétaire et l’utilisateur unique, je l’assure en mon nom. Mais si ma voiture ou mon climatiseur sont entreposés chez monsieur Tremblay, qui réside à trois rues de chez moi, qu’en pense mon assureur? Ça déclenche chez lui une poussée d’urticaire!

Le rapport de Groupe de travail sur l’économie collaborative (Québec), déposé il y a quelques semaines, identifie l’absence de polices d’assurances adéquates comme un des principaux freins au déploiement de cette industrie au Québec.

«Notre courtier a appelé tous les joueurs de l’assurance au Québec, raconte Maxime Villemure, fondateur et PDG de Sharebee. La réaction générale fut : on ne touche pas à ça, c’est trop compliqué! Il n’y a pas assez de données historiques, on ne peut pas évaluer le risque et construire un modèle d’affaires.» Seul Intact a rappelé. «Je me suis présenté à la rencontre avec des copies de polices européennes, poursuit l’entrepreneur. Axa et le Maif assurent tous deux des biens partagés et les espaces qui y sont associés.»

Intact a confié le dossier à ses actuaires et à l’équipe légale. De nombreux courriels ont été échangés avec Sharebee. «Ils voulaient comprendre le risque d’opération liés à notre plateforme, s’assurer que les locateurs sont des personnes de confiance, par exemple», confie Maxime Villemure.

Intact semble décidée à devancer ses pairs dans le dossier de l’économie collaborative. Le produit qu’elle a imaginé pour Sharebee est le second lié à ce secteur. Intact offre déjà une police pour les autos partagées sur le site québécois Turo. Si utilisez ce site pour louer votre auto pendant que vous ne vous en servez pas, Intact assure votre véhicule pendant la livraison et l’utilisation du véhicule par un tiers. Il faut aviser votre courtier de cette pratique, bien sûr.

Revenons à l’entreposage. Celui qui propose son espace sur Sharebee bénéficie d’une couverture de 250 000$ pour l’espace et 250 000$ pour la responsabilité civile. Celui qui le loue voit ses biens entreposés assurés pour 10 000$ et il jouit d’une responsabilité civile de 250 000$.

Sharebee a été lancée en décembre 2016. Cette couverture d’assurance, Maxime Villemure l’attendait avec impatience. «Ça change tout! Ça crée la confiance chez les clients. On a vu un impact direct sur les inscriptions sur le site.» Il poursuit, «Nous avons mis notre couverture d'assurance en évidence sur notre plateforme. Et une campagne publicitaire avec Intact est planifiée. Faire connaître cette alliance, c’est bon pour nous et c’est bon pour eux.»

Armée de sa couverture d’assurance sur mesure, Sharebee procédera au lancement «officiel» de sa plateforme au cours des prochaines semaines.

«Notre offre comble plusieurs enjeux. La densité urbaine, l’espace se fait rare. Les gens vivent dans des espaces plus petits, car l’immobilier est cher. Les revenus d’appoints sont populaires. Et puis, les entrepôts sont souvent situés dans des lieux excentrés, les femmes ne s’y sentent pas toujours en sécurité.»

On surveille donc cette campagne qu’Intact compte lancer à l’automne à propos de sa police entreposage et la réaction de ses pairs.

Décidément, les institutions financières – banques et assurances – se font bousculer par l'économie collaborative. Entre les investisseurs qui flirtent avec le financement participatif en capital et les citoyens qui veulent partager leurs biens entre eux, combien de temps l’industrie pourra-t-elle s’en tenir à son offre de produits traditionnelle?

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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