Pourquoi j'investis dans une campagne de financement participatif

Publié le 19/07/2018 à 11:30

Pourquoi j'investis dans une campagne de financement participatif

Publié le 19/07/2018 à 11:30

Capture d'écran. [Hardbacon]

Nathalie Leboeuf travaille dans la distribution de meubles et de fournitures scolaires. Louis Murray, dans le secteur de la construction. Jonathan Guibert, dans celui de la technologie. Et Bruno Desjardins, dans l’affichage numérique.


Ils partagent une caractéristique: ils ont tous acheté des actions par l’entremise d’un portail de financement participatif en capital (dans ce cas-ci, ce portail est Gotroo.com). Ils font partie des 229 investisseurs qui ont misé sur la Québécoise Hardbacon, qui veut démocratiser l’investissement par le biais d’une application qui se connecte à votre compte d’investissement, analyse votre portefeuille et vous aide à devenir un meilleur investisseur.



Ce matin (18 juillet), on apprend que Hardbacon a dépassé son objectif de financement: elle comptait amasser 150 000$. Depuis le 21 juin, elle en est à 160 254,90$.


À ce jour, quatre entreprises québécoises ont utilisé un portail de financement participatif en capital pour amasser des fonds. Ensemble, elles ont recueilli plus de 345 000$.


Qu’est-ce qui pousse des investisseurs à choisir ce type de placement non conventionnel?


Pour trouver la réponse, je me suis adressée à mon ex-collègue, Julien Brault, qui a fondé Hardbacon. Je lui ai demandé de piger quelques investisseurs au hasard pour que je les sonde.


Mais avant de faire la connaissance de Nathalie, Louis, Jonathan et Bruno, allons-y avec quelques informations de base.



Qu’est-ce que le financement participatif?


«Le financement participatif est un processus permettant à une personne ou à une entreprise de recueillir de petites sommes auprès d’un grand nombre de personnes, généralement par Internet. L’objectif est de réunir des fonds suffisant pour réaliser un projet précis. Il existe différents types de financement participatif, notamment le don, a prévente de produits ou le financement participatif en capital. Il s’agit de financement participatif en capital lorsqu’une entreprise réunit des fonds par l’émission de titres de créance (comme des obligations) ou de titres qui donnent droit à une participation aux profits éventuels (comme des actions) », peut-on lire sur le site de l’Autorité des marchés financiers (AMF).


De toutes les formes de financement participatif, seul le financement en capital est encadré par l’AMF.


Au Québec, il existe deux régimes de financement participatif en capital: la dispense pour entreprises en démarrage et la dispense pour financement participatif (règlement 45-108). Pour le premier régime, l’investissement maximal par personne est de 1500$. Quant à l’entreprise, elle peut solliciter au maximum 250 000$, deux fois par an. Il n’y a pas d’obligation de publier les états financiers. Pour le second régime, l’investissement maximal par personne est de 2500$. Quant à l’entreprise, elle peut réunir 1,5M$ au maximum. Et elle doit publier des états financiers.


Comment les portails de financement participatifs sont-ils encadrés?


«L’AMF s’assure de la probité des administrateurs des portails, explique Marc-Olivier St-Jacques, analyste expert à la direction de l’encadrement des intermédiaires, à l’AMF. Les portails nous transmettent de l’information et des renseignements personnels sur leurs membres de la direction. De plus, les portails doivent respecter des règles de gestion de fonds. L’argent doit être détenu en fidéicommis tant que le minimum demandé par l’entrepreneur n’a pas été atteint. Si ce minimum n’est pas atteint, l’argent doit être retourné aux investisseurs. »


L’investisseur peut-il poursuivre le portail?


«Lorsque le placement se fait sans dépôt de prospectus, ce qui est le cas des deux régimes présentés plus haut, le portail n’a pas de responsabilité. La protection de l’investisseur est donc limitée. Le client devra porter sa cause au civil», poursuit Marc-Olivier St-Jacques.


Revenons à nos investisseurs.


Nathalie a investi 1499$, «Je voulais investir le maximum, 1500$, mais j’ai appuyé sur la mauvaise touche!»


Bruno a investi 100$, «C’est peu, mais je tenais à participer à ce projet. En investissant, j’ai un accès privilégié aux progrès de Hardbacon. Et puis, si je peux débourser 100$ pour un souper gastronomique, je peux bien investir le même montant dans une jeune pousse québécoise.»


Jonathan a investi 1000$. «J’ai envie de contribuer au succès d’une petite société québécoise. On dit que les grandes entreprises travaillent pour les actionnaires. Je crois qu’une petite société comme Hardbacon est beaucoup plus proche de ses actionnaires. L’information qu’on nous communique me paraît plus accessible et plus compréhensible que celle que dispensent les grandes entreprises. Il ne faut pas confondre la quantité d’information à la disposition d’un investisseur et la qualité de celle-ci.»


Louis a investi 1000$. «C’est mon deuxième investissement en financement participatif. J’avais investi 1500$ dans une autre société québécoise, Ubios, démarrée par un de mes amis.»



Mettre l’orteil à l’eau


Le succès d’une campagne de financement participatif repose sur le bruit que l’entrepreneur a su faire autour de son entreprise avant de solliciter des investisseurs. Julien Brault avait une liste de 10000 adresses courriels amassées depuis le démarrage de Hardbacon. «Je ne recommande à aucun entrepreneur de lancer une telle campagne sans ce type d’information», prévient-il.


Ceci est la seconde campagne de financement participatif de Hardbacon. La première en était une avec récompense. Pour une somme de 100$ ou 200$ vous aviez accès à la formation «Pas un autre cours plate sur l’investissement», version régulière ou premium.


Bruno, Louis et Nathalie ont participé à cette première campagne de financement participatif. Ils ont tous suivi ce cours en ligne. Ça leur a permis de mettre l’orteil à l’eau. «La formation en ligne m’a donné une idée des valeurs de Julien et de son entreprise, explique Nathalie. Moi j’ai été élevé avec des cours traditionnels de finance, j’aime son approche démocratique de l’investissement.»



Le facteur proximité


Jonathan, quant à lui, suivait avec assiduité le fil Facebook Hardbacon. Il attendait la campagne de financement participatif en capital pour y contribuer.


«Au moment du lancement de la campagne, j’ai échangé plusieurs messages textes avec Julien. Il a répondu à toutes mes questions. Cet accès direct me plaît. Se faire expliquer l’entreprise par son fondateur, c’est très différent de se la faire présenter par un conseiller financier.»


Bruno aussi apprécie cette proximité, «Nous sommes un nombre restreint d’actionnaires, je m’attends donc à un accès privilégié à la direction.»


Participer à un projet dans sa région


«Mon portefeuille chez Disnat se compose d’entreprises canadiennes, dit Louis. L’investissement dans Hardbacon ajoute encore plus de proximité. Pour moi, c’est extrêmement important de contribuer à la croissance d’une entreprise d’ici. Le Québec est innovant, il faut offrir d’autres sources de financement aux promoteurs locaux.»


Prendre un pari


«Mon argent, je travaille dur pour le gagner. Pour le faire fructifier, il faut sortir des sentiers battus, poursuit Louis. Avant, je laissais Investors décider de ma politique d’investissement en fonction de mon profil d’investisseur. Hardbacon c’est une fusée que je lâche dans le cosmos.»


La réaction de l’entourage


«J’en ai parlé à ma famille et à mes amis, raconte Nathalie. Les réactions sont toujours positives. On trouve ça beau de contribuer à la communauté. Mais… on voudrait plus de garanties.» Elle ajoute, «Ce type d’investissement n’est pas pour tout le monde. Mais c’est important qu’il soit disponible. C’est moderne et adapté au 21e siècle. Cette expérience fait de moi une investisseuse active. Maintenant, je cherche d’autres portails. Je lis sur les entreprises qu’on y trouve. Je vais aider d’autres organisations québécoises, c’est certain.»


Un message aux entrepreneurs


Pour les entrepreneurs qui souhaitent utiliser ce type de financement, voici quelques informations juridiques: les investisseurs qui souscrivent à la campagne Hardbacon achètent des actions non votantes. La société a créé une classe d’actions non votantes où on confie les droits à un tiers. Ce tiers est le fondateur, Julien Brault. Son devoir de fiduciaire l’oblige à faire les efforts nécessaires pour s’informer de ce que souhaitent les actionnaires avant de prendre une décision importante concernant l’organisation.


 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueuse au journal Les Affaires et a dirigé le magazine Commerce pendant sept ans. Elle est régulièrement invitée à commenter l'actualité économique dans les médias. Auteure de trois livres (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi et J'ai perdu ma montre au fond du lac), elle emploie son énergie débordante à transmettre sa passion du monde des affaires et de l'économie. «Le fil de Diane» vous aidera à trouver votre chemin à travers la masse d'informations économiques disponibles sur Internet.

Diane Bérard

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