Montréal va lancer un LinkedIn pour les itinérants

Publié le 19/11/2015 à 14:56

Montréal va lancer un LinkedIn pour les itinérants

Publié le 19/11/2015 à 14:56

Émile Roux a quitté la techno pour le communautaire et lancera un Linkedin pour les sans-abris.

En 2016, la Société de développement social de Montréal (SDM) lancera un LinkedIn pour les itinérants. La plateforme, nommée destinationemploi.ca en français et jobfirst.ca en anglais, est une idée du dg. Émile Roux. Je l’ai rencontré au lancement de «Je fais Montréal», mercredi le 18 novembre.

La SDM se définit comme un courtier social. Elle sert d’intermédiaire entre le monde communautaire et le monde des affaires.

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Prenons le cas de l’itinérance. Plus un individu est éloigné longtemps du marché du travail, plus son employabilité diminue. Ainsi débute le cercle vicieux, moins on est employable, moins on est employé. La SDM veut briser ce cercle. Chaque année, elle vient à bout de trouver un emploi à 200 sans-abri."Mais chaque emploi est décroché à l’arraché, confie Émile Roux. Nous y arrivons au prix de nombreux efforts. Il faut augmenter notre impact sans augmenter les ressources requises."

L’idée d’un Linkedin pour itinérants est inspirée de plateformes comme 100Kopportunities.org, à Chicago. Lancée en août 2015, cette initiative se donne jusqu’en 2018 pour mettre au travail 100000 jeunes de 16 à 24 ans qui ne sont ni à l’école ni au travail. destinationemploi.ca s’inspire aussi de HandUp.org un Kickstarter pour les sans-abris, propulsé par la Fondation Google.

«Mon raisonnement est simple, 90% des emplois sont comblés grâce à des recherches Internet, dit Émile Roux. On ne peut pas prétendre favoriser l’employabilité et ne pas être sur internet. Comment voulez-vous que les itinérants trouvent un emploi s’ils n’ont aucune présence internet?» Il faut ajouter qu’Émile Roux vient du secteur de la technologie. Jusqu’au printemps 2015, il travaillait pour la firme Metix. Le rapprochement des univers technologique et social constitue d’ailleurs une tendance. «On développe tout le temps de la techno pour le secteur lucratif, dit le dg de la SDM. Il serait temps qu’on utilise la techno pour maximiser l’impact du secteur social.»

Comment fonctionnera le LinkedIn des itinérants?

Les intervenants des différentes ressources communautaires qui inscriront les candidats à la plateforme. Ils identifieront d’abord leurs talents pour les mettre en valeur. Valoriser le profil de ces candidats au parcours atypique posera un défi, la SDM en est consciente. Et puis, il faut gérer le risque, s’assurer que les candidats sont prêts à faire le saut. Ce sont les intervenants qui recevront les offres des employeurs et les transmettront aux candidats.

Les défis de ce projet

Ce LinkedIn pour itinérants est une idée audacieuse qui comporte sa part de risque. De plus, elle exige une plus grande communication entre les intervenants communautaires. «Il faut avouer que ces ressources fonctionnent beaucoup en silos, reconnaît Émile Roux. Un itinérant peut croiser trois intervenants de trois organismes différents au cours de la même journée. Et le détail de l’intervention de chacun n’est pas partagé ni comptabilisé dans une base de données unique. C’est à bâtir. Et cela doit se réaliser sur le mobile.»

Malgré ces obstacles, la SDM compte persévérer. D'ailleurs, Émile Roux imagine déjà le jour où il exportera son LinkedIn dans d'autres villes pour en tirer des revenus qui financeront les services de la SDM. «Pour un itinérant, l'emploi est le point de bascule. C"est le déclencheur qui change lsa vision de lui-même. Il se dit 'wow!' Je travaille, je peux être normal.»

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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