Faut-il mettre les établissements de santé en concurrence?

Publié le 05/10/2015 à 09:41

Faut-il mettre les établissements de santé en concurrence?

Publié le 05/10/2015 à 09:41

Jeudi soir dernier, Gaétan Barrette était conférencier à la soirée d’ouverture de la saison 2015-2016 de l’Institut des administrateurs de sociétés. Le ministre de la Santé du Québec nous a présenté sa vision de la gouvernance pour son ministère de la santé. Une présentation fort bien articulée où le ministre a semblé en parfait contrôle de la situation. Pourtant, je l’avoue, la vision de la gouvernance du ministre Barrette m'inquiète. Elle repose sur des critères éthiques et moraux des plus élevés, sans compter une totale indépendance d’esprit et un jugement à toute épreuve de la part des administrateurs et des présidents de conseil des 32 établissements de santé regroupés. Et, j’ajouterais, une très grande humanité. Les femmes et les hommes que le ministre de la Santé a nommé à ces 32 conseils auront-ils la latitude et les compétences pour remplir ce mandat et le faire en tenant compte du bien commun?


« Les présidents nommés par Gaétan Barrette pour ses établissements de santé seront-ils aussi exceptionnels que le mandat qu'il leur a confié? »

Gérer le secteur de la santé en s'inspirant du secteur privé

Revenons sur le but de la réforme du ministère de la santé, tel qu’expliqué par Gaétan Barrette jeudi soir. Le secteur privé, dit-il, peut compter sur le marché pour se réguler. La concurrence force constamment les entreprises à s’améliorer. Le secteur public, par contre, ne connaît pas de concurrent. Il appartient donc au ministre de la Santé de s’assurer que son secteur est efficace (qu’il produise l’effet escompté) et efficient (qu’il produise de bons résultats avec un minimum de dépenses et de ressources). « Avant le printemps 2015, (date à laquelle le ministre Barrette a dissout les ca des 182 établissements de santé du Québec) les présidents de conseil ne disposaient d’aucune donnée pour jauger de la performance relative de leur établissement, a dit Gaétan Barrette. Je veux une gestion de la santé qui tienne compte de la performance.» Il a ajouté, «Nous allons comparer les établissements entre eux. Je vais les mettre en concurrence les uns avec les autres.»

Le risque de comparer les établissements de santé entre eux

Voici pourquoi je m'inquiète. Peut-on vraiment comparer un établissement de santé avec un autre? Parfois oui, parfois non. Les établissements de santé ont tous la même métamission. Mais à celle-ci vient se greffer une réalité particulière, celle de sa clientèle et de son tissu socio-économique. Qui en tiendra compte?

Il faudra des présidents et des présidentes de conseil drôlement présents sur le terrain pour être en mesure de juger de la pertinence et de l’équité des mesures de performance et des cibles que le ministre de la Santé leur attribuera.

Les 32 présidentes et présidents des ca des établissements de santé du Québec devront aussi se montrer courageux et oser dire la vérité à leur ministre. Cela ne sera possible que si ces femmes et ces hommes tiennent plus au bien commun qu’à leur poste de présidente et de président. de conseil.

Je ne dis pas que c’est impossible. En fait, un tel comportement est celui qu’on attend généralement d’un président de conseil. Mais, dans la vie, entre ce que l’on attend et ce qu’il est réaliste d’attendre, il y a souvent une distance. Bref, pour tous les bénéficiaires du secteur de la santé ainsi que pour tous les employés, je souhaite que les 32 présidents de conseil que Gaétan Barrette a nommé jeudi dernier pour ses établissements de santé soient aussi exceptionnels que le mandat qu’il leur a confié.

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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