Ceci pourrait sauver les prochaines Athena Gervais

Publié le 15/03/2018 à 11:50

Ceci pourrait sauver les prochaines Athena Gervais

Publié le 15/03/2018 à 11:50

La mort d’Athena Gervais m’est entrée dans le corps comme un dix-roues. Parce que je suis une mère, tout simplement.

Je n’ai pas réagi à chaud, ce n’était ni nécessaire ni pertinent.

Aujourd’hui, je réagis. Pas comme une mère, comme une journaliste économique qui a interviewé des centaines d’entrepreneurs et de PDG au cours de sa carrière.

La mort d’Athena Gervais incarne la plus grande faille du monde des affaires: le faible niveau de conscience de ceux et celles à qui on accorde le pouvoir.

Ce constat, je le porte en moi depuis longtemps. Hier, il m’est apparu comme une évidence lors du panel de clôture de Global Summit for Conscious Leadership. Un événement organisé par Stéphane Leblanc, ex-cadre chez Bombardier, et Jeanne Rahilly.

Le capitalisme conscient et le leadership conscient sont à la mode. Forcément, ils attirent une pléthore de consultants. Certains sont authentiques et compétents. D’autres sont opportunistes.

Les dirigeants du panel de fin de journée, hier, étaient authentiques. Ils ont tous atteint un stade de conscience qui les pousse vers certaines décisions et qui les empêche d’en prendre d’autres.

C’est donc à eux que je laisse le soin de vous expliquer ce qu’est le leadership conscient.

Tony Loffreda, vp du conseil, gestion de patrimoine, RBC

«Le leadership conscient repose sur la curiosité. Celle-ci vous pousse à vouloir mieux vous comprendre et mieux comprendre les autres. Si vous êtes curieux, vous allez en arriver à savoir ce qui importe pour les autres et vous prendrez des décisions qui en tiennent compte.»

Lorsqu’on a atteint un stade de conscience supérieur, on ne peut pas retourner en arrière. Quand on sait, on ne peut plus ignorer.

Le meilleur contre-exemple est le suivant: les acteurs (fabricants, distributeurs, marketeurs, etc.) de la chaîne des boissons sucrées alcoolisées tel Four Loco et FCKDUP. Ces gens d’affaires sont tous à un stade de conscience inférieur, sinon il leur aurait été impossible d’ignorer les conséquences de leur choix et d’aller de l’avant. De rendre archi-accessible (logistiquement et financièrement) un produit aussi toxique à une clientèle aussi vulnérable. Les décideurs de la chaîne des boissons sucrées alcoolisées sont au stade de conscience que Frédéric Laloux (auteur de Reinventing Organizations) nomme le stade rouge, celui de l’impulsion et de la survie, du « Je gagne, tu perds ».

Julian Giacomelli, cofondateur, Rise Kombucha

«Le leadership conscient consiste à créer des conditions afin que les gens qui composent une organisation se développent techniquement et personnellement. Que nous devenions tous meilleurs à ce que nous faisons et meilleurs à nous connaître nous-mêmes. C’est une combinaison de performance et de conscience.»

Natalie Volland, fondatrice Gestion Quo Vadis et Salon 1861

«Diriger une entreprise consciente c’est refuser d’abandonner nos valeurs parce qu’on appartient à un secteur qui ne le partage pas. C’est vouloir changer le monde à travers ses compétences. Si j’ai réussi à créer une entreprise immobilière consciente, toutes les sindustries peuvent y arriver!»

Éric Filion, vp clientèle, Hydro-Québec Distribution

«Devenir un leader conscient exige du travail, c’est un voyage. À 27 ans, j’ai quitté Montréal pour travailler chez Bombardier, en Grande-Bretagne. C’était exigeant. J’ai développé des attaques de panique. Cela m’a confronté à mes limites. J’ai appris à me connaître, j’ai développé ma résilience.(…) Et puis, à force de se connaître, de développer sa conscience, on fait des choix. J’ai quitté une organisation où je servais des clients riches (Bombardier), pour joindre une autre qui sert la société (Hydro-Québec).»

Le truc de Christina Ornstrand

«Je demande aux dirigeants que je coache de s’imaginer tenir un bébé dans leur bras lorsqu’ils ont une décision importante à prendre. En quoi cela influencerait-il leur choix?» La Danoise Christina Ornstrand a fondé NEW, une organisation qui développe des programmes de leadership pour les femmes.

Des leaders conscients, mais surtout des organisations conscientes


Ces femmes et ces hommes ont atteint des niveaux de conscience élevés. Cela se reflète dans leurs décisions. Mais soyons réalistes, ce sont des gens d’exception. Comme l’a dit si justement l’auteur et conférencier Tim Kelly auteur de True Purpose), «C’est fou l’immense pouvoir que les organisations accordent à des individus alors que très peu de gens ont la capacité de gérer de telles responsabilités.»

Tim Kelly poursuit, «On ne peut pas se contenter de travailler avec les individus. Il faut s’attaquer au système. Les organisations doivent installer des biais dans leurs systèmes et leur processus qui poussent les dirigeants vers un leadership conscient.»

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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