C2 Montréal: pas de Snoop Dogg pour moi. Je préfère les huîtres

Publié le 25/05/2018 à 16:36

C2 Montréal: pas de Snoop Dogg pour moi. Je préfère les huîtres

Publié le 25/05/2018 à 16:36

Crédit: 123rf

C2 Montréal se termine ce soir par un gigantesque party propulsé par le roi du pot, le célébrissime Snoop Dogg. Je n’y serai pas, parce que la vie m’appelle ailleurs. Je profite de mon voyage en train pour vous raconter deux autres découvertes de cette conférence. L’une parle d’huîtres et l’autre de culture. Et elles ont un point commun : la circularité. Ce concept qui vise à réduire le gaspillage en multipliant les vies de matériaux qui au départ n’en avaient qu’une.

Une histoire de pêche

La jeune designer et artiste française Pauline Mure, de l’entreprise Raw Material, s’est avancée timidement sur la scène. Elle ne parlait pas très fort et n’avait rien de flamboyant. Pourtant, ses propos m’ont captivée dès les premières minutes. Raw Material se trouve dans le sud de la France. Là où il y a la mer. Là où on consomme des tonnes d’huîtres qui produisent des tas de déchets organiques. Pauline et sa complice Laureline de Leeuw ont réussi à valoriser ces coquilles, c’est-à-dire à les réintroduire dans le cycle de production pour en tirer un produit qui a une valeur économique. Les coquilles récupérées auprès des restaurateurs locaux sont broyées puis mélangées à un liant pour produire deux matériaux: un béton, utilisé pour des céramiques pour le sol et un plastique, employé dans la fabrication de jouets.

On évoque souvent l’économie circulaire pour parler de ce qu’elle permet de réduire. Ses vertus seraient principalement environnementales. À C2, on a insisté sur l’impact social de la circularité. «Valoriser les coquilles d’huîtres c’est aussi valoriser le métier de ceux qui élèvent les huîtres, les ostréiculteurs, insiste Pauline Mure. Leur travail devient partie intégrante d’une nouvelle chaîne de production que nous sommes en train de créer.» À ses propos j’ajouterais ceux d’une autre conférencière qui nous a parlé de circularité, Kelsy Hanning, vp ventes de Thread International, «Les gens connectent à d’autres gens, pas à des bouteilles de plastique, dit-elle. Il faut montrer les humains derrière les chaînes d’approvisionnement. Ceux qui perdent lorsque cette chaîne est dysfonctionnelle. Ceux qui gagnent lorsque celle-ci est équitable.»

Une histoire de culture

Peut-on faire de l’économie circulaire en culture? Si vous m’aviez posé la question, il y a deux jours j’aurais été bien embêtée. Désormais, je peux vous diriger vers le site français synapsae.org. Je l’ai découvert grâce à Sophie Païta, responsable de la communication et du numérique chez Aquitaine culture, l’entreprise solidaire d’utilité sociale qui a lancé de site en novembre 2017. Synapsae favorise «le mécénat en nature entre les acteurs économiques et les opérateurs professionnels de la culture.» On parle de mécénat en nature par opposition au mécénat financier.

Concrètement, cela signifie que si une entreprise a des locaux vides, par exemple, elle peut les afficher afin qu’une troupe de théâtre puisse y tenir ses répétitions. Ou que des objets ou des matériaux dont une entreprise souhaite se délester puissent devenir la matière première de la prochaine création d’un sculpteur.

Pourquoi « synapsae »? « (…) c’est la zone entre deux neurones où se fait la transmission des informations à laquelle nous avons ajouté les lettres « a » d’artiste et « e » d’entreprise (…) »

La plateforme synapsae.org a été développée en collaboration avec des spécialistes du numérique et du mécénat. Ainsi, les entreprises mécènes signent des contrats et on s’assure qu’elles aient accès aux avantages fiscaux liés à leur don.

Sophie Païta m’a confié que organisations québécoises ont manifesté de la curiosité et de l’intérêt pour le modèle synapsae.org. C’est une bonne nouvelle.

 

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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