Acheter, vendre ou conserver vos titres éclopés ?

Publié le 21/01/2012 à 00:00

Acheter, vendre ou conserver vos titres éclopés ?

Publié le 21/01/2012 à 00:00

Par Marie-Claude Morin

Quand les marchés volent haut, les petites capitalisations planent encore plus haut. Mais quand les Bourses faiblissent, ils plongent davantage. C'est ce qu'ont fait plusieurs titres bien connus des Québécois en 2011. Que leur réserve la nouvelle année ?

Même pour quelqu'un qui suit régulièrement les nouvelles boursières, les variations en 2011 des titres de petite capitalisation, soit des entreprises ayant une valeur boursière de moins de 500 millions de dollars, étonnent par leur ampleur. Ce n'est vraisemblablement pas fini, puisque 2012 s'annonce cahoteuse.

Du 1er janvier au 31 décembre 2011, l'action de 5N Plus est passée de 7,00 $ à 5,32 $, Transat a perdu 63 % malgré l'annonce d'un plan de restructuration et le titre de Canam a glissé de 44 %. L'année n'a pas été plus rose pour Atrium (- 22 %), Garda (- 21 %), Mega Brands (- 36 %), Theratechnologies (- 49 %) ou Le Château (- 86 %).

Alors que l'indice S & P/TSX a perdu 11 % en 2011, les 400 titres composant l'indice de petites capitalisations de BMO ont en moyenne fondu de près de 20 %. On pourrait penser que les choses ne pourront que s'améliorer, mais ce n'est pas nécessairement le cas. «Quand on se réfère aux évaluations, plus qu'intéressantes, c'est difficile d'être pessimiste, mais comme pour n'importe quelle catégorie d'actifs, ce sont les facteurs macroéconomiques qui domineront en 2012», dit Christian Cyr, premier vice-président chez Natcan.

Avant l'été, les petites entreprises commandaient des multiples d'évaluation se rapprochant beaucoup de ceux des plus grandes sociétés. Depuis, l'Europe pèse sur les marchés comme un gigantesque nuage noir. Les investisseurs fuient le risque, ce qui nuit aux actions en général et aux titres de petite capitalisation en particulier. «Si les problèmes en Europe sont résolus en 2012, les actions performeront bien, et les titres des PME, encore mieux», estime Scott Carscallen, gestionnaire chez Mackenzie. Par contre, si les politiciens européens n'arrivent pas à s'entendre, les actions en général stagneront, tandis que les titres de petite capitalisation chuteront.

«La question est de savoir si les marchés sont prêts pour un rebond des actions», résume Jennifer Law, chez Gestion globale d'actifs CIBC. La gestionnaire préfère rester prudente. «Les évaluations sont attrayantes, mais nous attendons des signaux plus clairs avant de prendre des positions majeures, dit celle qui entrevoit une année sous le signe de la volatilité. On peut prendre une petite position, mais l'idée est surtout d'être prêts lorsque l'économie s'améliorera.»

Richard Fortin, gestionnaire chez Bissett Investment Management, prévoit aussi ses emplettes. La visibilité à court terme n'est pas très bonne, mais plusieurs des entreprises éclopées en ce moment ont déjà traversé avec succès des cycles semblables, indique-t-il.

D'autres achètent, mais seulement des entreprises solides. «Les évaluations boursières offrent un escompte, donc c'est un bon moment pour acheter ; il faut toutefois être sélectif», soutient Benoît Durand, vice-président de Van Berkom et associés.

Plus pessimiste, Hugo Lavallée, chez Fidelity, évite les titres de PME. Son portefeuille se concentre désormais sur des titres affichant une valeur boursière de 2 à 20 milliards de dollars. «Quand les petites capitalisations ont des problèmes, ça dure plus d'un an», dit-il. Côté secteurs, il privilégie les médias, la consommation essentielle et les télécommunications. Plus de prudence que de paris audacieux à son agenda en 2012.

MARIE-CLAUDE.MORIN@tc.tc

5N Plus (VNP, 4,98 $, - 26,71 % en 2011)

L'achat du groupe belge MCP pour 400 M$ en février 2011 avait propulsé le titre de 5N Plus à près de 10 $. Il a depuis fondu de moitié. «Le marché avait été enthousiasmé par l'acquisition, sans en comprendre la complexité», dit Christian Godin, gestionnaire chez Montrusco Bolton. Les métaux vendus par MCP, comme le bismuth, un substitut non toxique au plomb, génèrent des marges bénéficiaires inférieures à celles qu'engrange 5N Plus en vendant du tellurure de cadmium aux fabricants de panneaux solaires.

D'ailleurs, l'importance de l'industrie solaire a beaucoup décru avec la transaction. Les ventes à First Solar ne représentent plus qu'un dixième des revenus, par rapport à plus de 60 % avant l'achat de MCP. «5N Plus est désormais une entreprise industrielle, mais le marché réagit encore de façon disproportionnée aux annonces dans le secteur solaire», dit Keith Johansson, gestionnaire au Groupe Investors.

La direction, croit-il, n'a pas expliqué assez clairement comment MCP modifie le modèle d'entreprise, la saisonnalité et l'exposition aux prix des métaux. «En 2012, le marché tentera d'apprivoiser le nouvel animal», résume M. Godin, qui ne s'attend pas à une appréciation à court terme. De leur côté, les analystes s'inquiètent des marges en baisse et des stocks en hausse, mais voient le titre rebondir à près de 10 $ dans un an.

RECOMMANDATIONS1

3 CONSERVER

7 ACHETER

COURS CIBLE MOYEN : 9,38 $

1 Recommandations des analystes sondés par Bloomberg

Atrium Innovations

(ATB, 11,82 $, - 21,94 % en 2011)

La faible évaluation d'Atrium attire plusieurs gestionnaires. «L'entreprise a une belle rentabilité, même lorsque celle-ci est ajustée en fonction de la valeur économique ajoutée. Je suis surpris de voir comment son titre se comporte en Bourse», dit Stephen Gauthier, stratège et gestionnaire principal chez Fin-XO Valeurs mobilières. À moins de sept fois les bénéfices attendus, l'évaluation est intéressante à ses yeux. Seul bémol : il faudra surveiller les analystes, au cas où ils abaisseraient de nouveau leurs prévisions de bénéfices.

Werner Muehlemann, gestionnaire chez Intact, ne voit pas non plus de facteur majeur expliquant la mauvaise performance du titre. «Juste une légère déception. Les résultats étaient conformes ou inférieurs de 3 à 5 % aux attentes, alors qu'il n'y a pas eu vraiment de surprises positives», dit-il. Étant donné les fortes marges bénéficiaires et la faible évaluation, M. Muehlemann juge le titre attrayant, quoiqu'il n'entrevoie pas de catalyseur à court terme.

À long terme, Atrium offre de belles occasions de croissance, juge Keith Johannson, du Groupe Investors. «Mais plutôt que de réaliser d'autres acquisitions majeures, la direction doit se concentrer sur l'amélioration de son exploitation.»

1 CONSERVER

6 ACHETER

COURS CIBLE MOYEN : 17,00 $

Boralex

(BLX, 7,55 $, - 12,73 % en 2011)

Début novembre, Boralex a vendu pour 93 M$ US ses cinq centrales américaines produisant de l'énergie à partir de résidus de bois. «C'est vraiment un tournant», juge Jennifer Law, chez CIBC. Cette petite partie des activités était plus risquée et accaparait beaucoup de temps dans les discussions avec les investisseurs. De plus, la capacité de production sous contrat passe de 73 % à 96 % après la transaction. «On ne pourrait pas vraiment demander plus stable que ça ! À cela s'ajoutent en plus des projets de croissance très intéressants», estime Mme Law.

Le titre est selon elle pénalisé par l'absence d'un dividende. Or, verser un dividende est la norme dans le secteur des services publics. Cela pourrait toutefois changer une fois que le projet éolien de près de 400 mégawatts à la Seigneurie de Beaupré sera en voie d'être achevé. «Les conversations sur le dividende pourraient commencer dès 2014», croit la gestionnaire.

De son côté, Scott Carscallen, chez Mackenzie, s'attend à ce que les investisseurs réalisent la solidité et le potentiel des actifs de Boralex au cours de l'année. «C'est un titre peu cher qui présente de très bonnes possibilités de croissance.» D'ailleurs, le titre s'est légèrement redressé en fin d'année.

1 CONSERVER

11 ACHETER

1 VENDRE

COURS CIBLE MOYEN : 10,52 $

Garda

(GW, 7,78 $, - 20,89 % en 2011)

Les années noires de Garda sont choses du passé, mais le marché s'impatiente de voir des changements significatifs, dit Christian Godin. «Garda a décidé de poursuivre une croissance à bâtons rompus et a continué de réaliser des acquisitions. C'est ce qui a retardé l'amélioration de la marge et la réduction de la dette.» Comme le gestionnaire juge le fondamental sain, il s'attend à ce que la situation se redresse prochainement.

Une confiance qui trouve écho chez Werner Muehlemann. À ses yeux, les bons résultats financiers de Garda, ses économies d'échelle potentielles et son succès à ravir des parts de marché à ses concurrents permettent d'être positif. Par contre, le marché craint les entreprises endettées par les temps qui courent, ce qui pèse sur le titre. «Garda a beaucoup de dettes, mais elle les gère bien», nuance-t-il.

De son côté, Jessy Hayem est heureuse de constater que la direction se concentre sur l'exploitation, la gestion des coûts, le développement stratégique des unités d'affaires et la réduction de la dette. Ce qui lui fait croire que le titre pourrait rebondir à 13 $ d'ici un an.

MM. Godin et Muehlemann jugent aussi le titre intéressant. «Le multiple d'évaluation pourrait passer de 5,8 fois la valeur de l'entreprise sur le bénéfice avant amortissement, intérêt et impôt, à 6,5 ou 7 fois», estime M. Muehlemann, qui recommande fortement d'utiliser cette mesure plutôt que le ratio cours/bénéfice, étant donné l'endettement de Garda.

2 CONSERVER

2 ACHETER

COURS CIBLE MOYEN : 11,08 $

Mega Brands

(MB, 8,10 $, - 36,08 % en 2011)

Depuis qu'elle s'est recapitalisée il y a deux ans, Mega Brands affiche de meilleurs résultats. Au troisième trimestre, les ventes ont progressé de 4 %, atteignant 113 M$. Ce qui rassure investisseurs et analystes. Même si le bénéfice net de 17 M$ est légèrement inférieur à ses attentes, Gerrick Johnson, analyste chez BMO Marchés des capitaux, juge que le redressement est sur la bonne voie. Sa recommandation de performance supérieure au secteur et sa cible de 15 $ dépendent toutefois de la capacité du fabricant de jouets à commercialiser régulièrement de nouveaux produits, ainsi que des dépenses de consommation.

Richard Fortin, de Bissett Investment Management, aime bien le titre. Maintenant que les problèmes liés à l'acquisition de Rose Arts sont réglés et que le bilan est assaini, les frères Bertrand peuvent se concentrer sur ce qu'ils font de mieux, «créer des jouets novateurs avec lesquels les enfants aiment jouer».

Les contrats de licence signés récemment, par exemple avec la franchise Warcraft, donneront un coup de pouce à la croissance, apprécie Alain Chung, vice-président de Claret. En plus, les détaillants, dont Walmart et Toys R Us, accordent de plus en plus de place aux produits de Mega Brands sur leurs tablettes.

6 ACHETER

COURS CIBLE MOYEN : 14,50 $

Transat A.T.

(TRZ.B, 7,05 $, - 62,66 % en 2011)

Prix du carburant, concurrence féroce, capacité excédentaire. Des vents contraires qui n'ont rien de nouveau pour Transat, mais qui soufflent particulièrement fort en ce moment. Conséquemment, le voyagiste a annoncé l'abolition de 143 postes, une réduction de ses coûts généraux, une amélioration de ses systèmes informatiques et une révision de ses prix de vente. Des mesures qui devraient accroître la marge bénéficiaire de 20 ou 25 M$ l'an prochain et de 50 M$ lorsque le plan sera achevé en 2014.

Analystes et gestionnaires doutent que les mesures proposées soient suffisantes. Comme plusieurs concurrents prennent des mesures semblables, ils risquent d'éroder plusieurs des gains projetés par Transat, craint David Tyerman, analyste chez Canaccord.

«Actionnaire déçu», Christian Godin qualifie la restructuration de cosmétique. «Ce n'est clairement pas suffisant.» Pour faire bouger les choses, Montrusco Bolton demande aux actionnaires de scinder le poste de chef de la direction et de président du conseil, et d'adopter un vote consultatif sur la rémunération.

Pour sa part, Richard Fortin réitère sa confiance dans la direction - «qui fera tout le nécessaire pour que Transat survive» -, mais prévient qu'il faudra être patient pour voir la marge reprendre du poil de la bête.

4 CONSERVER

2 ACHETER

1 VENDRE

COURS CIBLE MOYEN : 8,46 $

«Le marché offre de belles occasions d'acquisition aux grandes entreprises et aux fonds privés, qui ont tous deux des liquidités disponibles. S'ils sont actifs, ça aiderait les petites capitalisations en fournissant une prime à très court terme à celles qui ont été achetées, et en donnant une valeur plancher aux comparables. À long terme, ça veut dire que nous vendrons à un cours déprimé des entreprises dont la valeur aurait pu doubler sur trois à cinq ans.»

- Christian Cyr, premier vice-président, Natcan

Canam

(CAM, 3,96 $, - 43,60 % en 2011)

Richard Fortin, gestionnaire chez Bissett Investment Management, est satisfait des décisions de la direction de Canam, qui se positionne bien, selon lui, pour profiter de la reprise éventuelle de la construction non résidentielle. «Marc Dutil est un des meilleurs pdg que nous ayons rencontré. Il sait comment allouer efficacement le capital.» M. Fortin juge le titre sous-évalué.

5 CONSERVER

2 VENDRE

1 ACHETER

COURS CIBLE MOYEN : 4,78 $

Le Château

(CTU.A, 1,55 $, - 85,65 % en 2011)

Changer de clientèle, alors même que les chaînes étrangères prennent le marché d'assaut, fait mal à Le Château. Après avoir vu ses ventes comparables diminuer depuis quatre ans, l'entreprise a aboli son dividende en décembre. Christian Godin a perdu confiante et a liquidé ses positions durant l'année. Quant au seul analyste à suivre le titre, il a haussé sa recommandation de vendre à conserver à cause de la faible évaluation. «C'est un investissement très spéculatif», dit Alain Chung, de Claret.

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COURS CIBLE MOYEN : 2,00 $

Theratechnologies

(TH, 2,40 $, - 48,99 % en 2011)

«La commercialisation suit son cours comme attendu. Il n'y a pas eu de surprises positives en 2011, mais pas de mauvaises surprises non plus.»

- Werner Muehlemann, Intact

1 CONSERVER

1 VENDRE

5 ACHETER

COURS CIBLE MOYEN : 6,20 $

GLV

(GLV.A, 3,99 $, - 52,71 % en 2011)

«Le titre peut être intéressant, mais le fort endettement le rend très risqué. Si ça va bien, il peut remonter à 15 $ dans trois à cinq ans, mais il peut aussi descendre à 1 $ si ça va mal.»

- Alain Chung, Claret

5 CONSERVER

4 ACHETER

COURS CIBLE MOYEN : 6,34 $

Groupe TVA

(TVA.B, 8,60 $, - 38,02 % en 2011)

«C'est sûr que le titre n'est pas cher à huit fois les profits futurs. Par contre, comme le rendement du capital est inférieur au coût du capital, ce titre n'est pas intéressant à mes yeux.»

- Stephen Gauthier, Fin-XO Valeurs mobilières

5 CONSERVER

COURS CIBLE MOYEN : 12,00 $

2011 LEUR A SOURI

Orbite Aluminae (ORT, 2,99 $, + 160,44 % en 2011)

Mines Richmont (RIC, 11,33 $, + 114,09 % en 2011)

Miranda Technologies (MT, 9,55 $, + 65,64 % en 2011)

Technologies Interactives Mediagrif (MDF, 15,95 $, + 47,88 % en 2011)

Hélicoptères Canadiens (CHL.A, 25,11 $, + 47,88 % en 2011)

TSO3 (TOS, 1,80 $, + 40,15 % en 2011)

DE GRANDES ENTREPRISES AUSSI ONT SOUFFERT

Semafo (SMF, 7,35 $, - 38,60 % en 2011)

Rona (RON, 9,55 $, - 31,02 % en 2011)

Vêtements de sport Gildan (GIL, 21,66 $, - 32,42 % en 2011)

Industrielle Alliance (IAG, 26,15 $, - 28,58 % en 2011)

Osisko (OSK, 11,57 $, - 32,23 % en 2011)

Bombardier (BBD.B, 4,41 $, - 18,96 % en 2011)

Industries Dorel (DII.B, 25,08 $, - 25,94 % en 2011)

Transcontinental (TCL.A, 12,35 $, - 21,19 % en 2011)

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