Étudier en ville et s'installer à la campagne

Offert par Les Affaires


Édition du 13 Juin 2015

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Édition du 13 Juin 2015

Originaire de Saint-Hyacinthe, Vincent Lemonde a toujours vécu en ville, mais il a choisi de s’installer à Sainte-Camille, en Estrie, pour lancer son entreprise d’arboriculture. [Photo: Stéphane Lemire]

Après des décennies d'exode rural, les régions ont de nouveau la cote auprès des jeunes. La tendance est au retour, et nombreux sont ceux qui reviennent pour créer leur entreprise. Emmenant leur famille et imprimant un vent nouveau, ils font revivre des zones désertées et leur façonnent un visage différent.


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Les nouvelles sont bonnes pour les régions. Les jeunes sont de plus en plus portés vers l'entrepreneuriat, révèle le dernier indice entrepreneurial de la Fondation de l'entrepreneurship. En effet, plus du tiers des jeunes de 18 à 34 ans (36,6 %) ont l'intention d'entreprendre, et ils sont plus nombreux qu'en 2014 (33,6 %), révèle l'enquête réalisée pour établir l'indice. De surcroît, près de 70 % des répondants souhaitent créer ou reprendre une entreprise dans leur région.


Les conditions sont là pour voir augmenter les taux de création d'entreprises par les jeunes à l'extérieur des grands centres. Une tendance observée déjà depuis quelques années sur le terrain. «On voit de plus en plus de relève. Il y a une dizaine d'années, les jeunes étaient attirés par les grands centres pour les spectacles et la vie urbaine. Aujourd'hui, ils retrouvent un goût pour la qualité de vie qu'offrent les régions, d'autant plus que leur vie culturelle est maintenant intéressante aussi», constate Normand Gauthier, président de la Chambre de commerce et d'industrie du Centre-Abitibi, à Amos. L'essor des nouvelles technologies permettant de travailler à distance accentue également ce phénomène pour certains professionnels.


La quête d'un meilleur équilibre de vie


«Le discours sur les régions a beaucoup évolué positivement», reconnaît Mathieu Vigneault, directeur général de Place aux jeunes en région, un organisme parapublic qui favorise la mobilité des jeunes professionnels dans les milieux ruraux ou périurbains. «Avant, seuls les ruraux d'origine étaient parfois intéressés par un retour en région», se souvient M. Vigneault. Selon lui, «20 % seulement des migrants vers les régions sont des ruraux d'origine, le reste est composé de jeunes urbains en quête d'un mode de vie qui réponde à leurs valeurs».


Vincent Lemonde, 33 ans, fait partie de ces jeunes urbains venus entreprendre en région. Originaire de Saint-Hyacinthe, il a toujours vécu en ville. Mais au moment de fonder une famille, lui et sa conjointe ont préféré s'installer dans la nature, en Estrie. L'arboriculteur a lancé son entreprise il y a une dizaine d'années avec un associé. Après avoir servi une clientèle de particuliers, Le monde des arbres 09 inc. développe une clientèle institutionnelle plus lucrative.


Vincent Lemonde a fait partie des premiers participants de l'aventure de Sainte-Camille, qui a vu de jeunes familles venir s'établir sur 300 acres de terrain et fonder leur «coin de paradis» selon des principes de développement durable. Le village, qui s'éteignait, s'était donné comme objectif d'augmenter sa population de 10 % en 10 ans. Il compte aujourd'hui 525 habitants. «Avec ce projet, l'objectif a été atteint en trois ans, et c'est en venant avec nos jeunes enfants qu'on a réussi à sauver l'école», se réjouit Vincent Lemonde. Par contre, la station-service et la Caisse Desjardins ont fermé leurs portes l'année dernière.


Des défis particuliers


Si l'entreprise de Vincent se porte bien et a de belles perspectives de croissance, les défis restent présents. Il doit par exemple parcourir de nombreux kilomètres pour aller vers ses clients, habitant souvent dans les centres urbains ou périurbains. De plus, la main-d'oeuvre formée dans son domaine n'abonde pas. Ce dernier écueil est d'ailleurs celui qui est le plus souvent évoqué par les entreprises implantées en région. «Les entreprises boudent encore parfois les régions parce qu'elles ont peur de ne pas avoir accès à un bassin de main-d'oeuvre qualifiée suffisant», poursuit le directeur de Place aux jeunes en région.


Les autres défis de la région tiennent pour l'essentiel à l'éloignement. «Souvent, les entreprises sont proches de la ressource mais loin de leur marché, ce qui engendre des coûts supplémentaires. Mais ça se surmonte bien en étant créatifs, en utilisant la vente en ligne, par exemple», souligne Mathieu Vigneault. Les coûts de construction sont souvent plus élevés, les matériaux pas toujours disponibles. L'étroitesse de la population peut aussi poser problème, selon M. Vigneault : «Pour une entreprise, c'est important d'avoir un premier marché de proximité. Or, en région, la densité de population ne permet pas toujours d'avoir les premiers utilisateurs de son produit sur place».


Toutefois, si «ce sont les métropoles qui détiennent la palme du taux d'intentions entrepreneuriales le plus élevé avec 24,2 % [...], le taux de démarcheurs dans les métropoles (11,6 %) est [...] presque à égalité avec celui des villages (11,1 %). Quant au taux de propriétaires, le rapport de forces s'inverse. Les métropoles affichent un taux de propriétaires de 7,5 % alors que les villages se situent à 10,2 %», indique l'Indice entrepreneurial. Bref, les régions se défendent bien.


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