RRQ: mine de rien, un changement énorme!

Publié le 03/11/2017 à 06:30

RRQ: mine de rien, un changement énorme!

Publié le 03/11/2017 à 06:30

a branlait dans le manche depuis des mois. Québec allait-il imiter Ottawa et son Régime de pension du Canada en bonifiant le Régime de rentes du Québec (RRQ)? On a maintenant la réponse: c’est un «Go»!


Le ministre québécois des Finances Carlos Leitao a déposé un projet de loi dans ce sens hier. La nouvelle ne fera certainement pas autant de bruit que l’arrestation de Guy Ouellette, mais je vous assure, celle-là aura un impact concret sur votre vie!


Allons-y par points:


Quelle est la nouvelle?


Le Régime de rentes du Québec sera bonifié. Autrement dit, les prestations de retraite seront plus élevées à l’avenir. Mais comme on n’a rien pour rien, les cotisations au régime seront elles aussi majorées. Cette augmentation sera assumée à parts égales entre l’employeur et l’employé. Le travailleur autonome va encaisser la hausse en entier.


De combien, de combien?


La mauvaise nouvelle d’abord: combien ça coûte de plus? La contribution augmentera graduellement de 2019 à 2025, et de deux façons. Aujourd’hui, l’employé et l’employeur se partagent une contribution qui correspond à 10,8 % du revenu de travail admissible, moins 3500 dollars. Le revenu considéré, qu’on appelle aussi gain admissible, est plafonné à 55 300 dollars (en dollars de 2017, utilisés partout dans le texte). La cotisation maximale, donc, s’élève à 2797,20 dollars (55 300 - 3500 x 10,8% / 2) par année. La contribution sera peu à peu augmentée à 12,8%, de 2019 à 2023. Cette année-là, l’employé qui contribue au maximum paiera 518 dollars de plus qu’actuellement.


Puis l'autre volet va s’enclencher. On relèvera alors le revenu maximum admissible: de 55 300 à 59 100 en 2024, puis à 63 000 l’année suivante. Sur cette tranche de revenu, l’employé et l’employeur devront se partager une contribution de 8%, soit 308 dollars chacun (63 000 - 55 300 x 8% / 2) par année.


En 2025, au total, celui dont le revenu dépasse 63 000 dollars paiera 826 dollars par année de plus que maintenant. Ce sera moins à mesure que le revenu baisse. Et c’est toujours le double pour le travailleur autonome, mais la partie «employeur» que doit assumer le travailleur autonome est déductible d’impôt.


Et qu’est-ce qu’on aura en retour?


C’est la bonne nouvelle: une rente plus élevée. Le taux de remplacement du revenu admissible passera de 25% à 33%. Au lieu d’avoir le quart du revenu de travail, le retraité aura le tiers. Dans le régime actuel, une personne dont le revenu admissible s’élève à 53300 dollars et plus au moment de prendre sa retraite à 65 ans a droit a une rente de 13400 dollars, maximum (j’arrondis pour simplifier, la rente est basée sur la moyenne de cinq années de salaire et le plafond est augmenté chaque année). Celui qui contribuera durant toute sa carrière au régime selon les nouveaux paramètres aura droit à une rente de près de 18000 dollars si son revenu admissible touche le plafond actuel de 55300 dollars. Sa rente grimpera à plus de 20300 dollars s’il atteint le nouveau plafond de 63000 dollars.


Autrement dit, un retraité dont le revenu était suffisamment élevé pourra recevoir une rente majorée de quelque 7000 dollars, indexée, la vie durant.


Oui, mais qu’est-ce que j’aurai si je suis à cheval entre l’ancien régime et le nouveau?


On parle des futurs retraités, ceux qui n'ont pas 20 ans aujourd'hui. Mais vous? Vous en profiterez partiellement, puisque vous n’y aurez contribué qu’en partie. Quelqu’un qui aura 60 ans quand les nouvelles modalités seront intégralement appliquées en 2025 verra sa rente bonifiée de moins de 1000 dollars annuellement, s’il a atteint le plafond. Celui de 10 ans son cadet touchera 2500 dollars de plus par année à sa retraite, et plus encore s'il est plus jeune.


Est-ce que les retraités à faible revenu seront pénalisés?


C’était la crainte de Québec. La réponse est non. La hausse de la rente du RRQ aura un effet sur le Supplément de revenu garanti d’Ottawa, une prestation pour les retraités à faible revenu. Mais le gouvernement fédéral a prévu un moyen pour annuler cet impact.


Y a-t- il matière à se plaindre?


Que je vous vois!


Il s’agit certes d’une épargne forcée. Et certains préféreraient l’investir eux-mêmes. Mais comment s’y opposer quand les gens s’inquiètent pour leur retraite et que les données sur l’épargne personnelle leur donnent raison? Surtout, vous auriez beau mettre un peu plus d’argent de votre REER, ça ne sera pas plus efficace que le RRQ.


Il faut bien comprendre de quoi il s’agit: d’une rente viagère, comme un régime de retraite à prestations déterminées. Ça vaut de l’or! Au contraire d’un REER qui s’épuise, le RRQ continue de vous envoyer un chèque aussi longtemps que vous êtes vivant. Son défaut est de ne pas être très avantageux pour les personnes qui s’éteignent à un jeune âge, mais il est largement compensé par la protection que la rentre procure aux autres contre le risque de longévité.


La rente occupe la portion à «revenus fixes» du portefeuille de retraite, la partie sécuritaire, donc. Ceux qui regrettent de ne pas avoir investi cet argent eux-mêmes plutôt que de l'envoyer à Québec n’auront qu’à prendre plus de risque avec la partie du portefeuille qu'ils contrôlent, s’ils le veulent.


Oui, mais, mon employeur pourrait-il décider d’être moins généreux en hausse de salaire, vu qu’il paie la facture lui aussi?


Les communiqués des organisations patronales n’ont pas mis de temps à sortir des fils de presse, hier. Évidemment, cette mesure coûtera plus cher aux entreprises, mais notons tout de même qu'il s’agit de dépenses déductibles. Carlos Leitao a promis de présenter des allègements fiscaux pour compenser. C’est à voir.


Cela dit, des employeurs pourraient décider de contrebalancer cette hausse des coûts du RRQ par une réduction des augmentations salariales. C'est du moins ce qu'on entendait hier. Mais bon… ce serait au pire un réaménagement de la rémunération globale. Dans le grand tout, il faut voir ça comme de l'épargne forcée.


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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