Ce que personne au Québec n'a encore compris à propos d'Uber

Publié le 16/05/2016 à 14:43

Ce que personne au Québec n'a encore compris à propos d'Uber

Publié le 16/05/2016 à 14:43

(Photo: Bloomberg)

BLOGUE. Alors, Uber, c'est du taxi? Du commerce en ligne et mobile? De l'économie de partage? Et si ce n'était rien de tout ça?


Le cas Uber est tellement vaste que tout le monde et son voisin a une opinion sur le sujet. Le cas Uber est tellement vaste, mais à Québec, c'est le ministère du Transport qui gère le dossier. C'est comme si, parce qu'on peut préciser l'endroit géographique d'où on publie des photos sur Facebook, ce site web relevait du ministère du Tourisme…


Inutile de dire que dans les technos québécoises, on secoue la tête de gauche à droite d'incompréhension, d'abord, puis de résignation ensuite. Le mot à la mode dans les technos c'est évidemment «perturbation» («disruption»). Uber en est le meilleur exemple et Québec vient essentiellement de dire «non merci».


Car Uber n'est pas une société de taxi. Elle n'a pas de licence…


Uber n'est pas la «nouvelle» économie, ni même une économie de partage. Elle récolte le gros des revenus de ses sous-traitants, l'envoie dans un paradis fiscal aux Bahamas, et laisse ses chauffeurs aux prises avec le gros de leurs problèmes.


La «nouvelle» économie s'est traduite dans les sociétés technos par des salaires très élevés pour des boulots somme toute techniques. Par des parts dans la société pour plusieurs employés. Par des tables de babyfoot en guise de tables de conférence.


L'économie de partage, c'est le partage collectif et direct de certaines ressources entre individus, plutôt que de passer par une industrie lourde et coûteuse. C'est presque du troc.


Ce n'est pas Uber, ça.


La quatrième révolution


Mais, Uber, ça englobe un peu tout ça. Et plus encore. Donc, ça dérange. C'est ce qu'on appelait, dans un billet précédent, la fameuse Quatrième Révolution Industrielle: une transformation dans la façon de faire des affaires qui sort les entreprises d'un champ d'affaires précis.


CAE, c'est un concepteur de logiciel? Un fabricant d'appareils électroniques? Un service de formation et d'éducation? Et Tesla? C'est du transport ou de l'énergie?


CAE et Tesla sont tout ça en même temps.


Uber aussi, c'est cette quatrième révolution. Application mobile? Taxi? Quoi d'autre? Uber, c'est le nouveau Facebook. Le nouvel Amazon. L'entreprise qui, sous apparence d'innovation, chamboule un peu toutes les autres: des industries sont terrassées, des taxes ne sont pas payées, des travailleurs sont un peu plus précaires, des droits individuels et collectifs sont bafoués.


Et à Québec, on laisse un ministre du Transport dépassé par les événements gérer Uber. Un dossier totalement numérique qui, on le voit bien, va finir par toucher toutes les sphères de l'activité économique et sociale de la belle province.


Se préparer au prochain Uber


On n'a toujours pas réglé les dossiers de Facebook et d'Amazon et là, on va chasser Uber. Que va faire Québec, dans un an, dans six mois, quand le nouvel Uber va débarquer?


Vendredi, Dominique Anglade et Philippe Couillard vont dévoiler leur Stratégie numérique. Une stratégie que les experts prédisent périmée d'avance, puisqu'elle cantonnera l'activité numérique dans des silos. Uber? Du transport. Amazon? Du commerce. Facebook? C'est quoi Facebook, au juste?


L'erreur est prévisible: on prendra les dossiers au cas par cas, silo par silo, alors que le numérique n'a pas de frontière (propre comme figurée). Le potentiel pour innover, même au niveau du gouvernement, est grand. Qu'il s'agisse de favoriser les Uber québécois. Ou de percevoir des taxes sur des biens et services achetés ici à partir de sites web étrangers.


Mais on va laisser ça dans les mains d'un seul ministère à la fois.


Ce n'est pas Uber, le problème. Du point de vue de l'économie numérique, Uber est l'arbre qui cache la forêt. Coupez cet arbre et il en repoussera cent.


Aussi bien confier ça au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs… 


 

À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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