Nouvelle concurrence, nouvelles stratégies

Publié le 17/11/2012 à 00:00, mis à jour le 15/11/2012 à 10:47

Nouvelle concurrence, nouvelles stratégies

Publié le 17/11/2012 à 00:00, mis à jour le 15/11/2012 à 10:47

Les pharmaciens propriétaires du Québec voient d'un oeil inquiet l'arrivée dans la province, l'automne prochain, de Target, la chaîne américaine de grandes surfaces qui vend de tout, y compris des médicaments.


«Il reste de la place en région, mais le marché est en passe d'être saturé dans les grandes villes», constate JoAnne Labrecque, professeure agrégée en commerce de détail à HEC Montréal.


Concurrence féroce, marges compressées, charges qui s'alourdissent : les défis sont déjà nombreux pour les 1 900 pharmaciens propriétaires du Québec, qui doivent s'adapter sans cesse à l'évolution de leur industrie pour faire croître leurs résultats.


Dans ce contexte très concurrentiel, et au moment où les pharmaciens vont devoir s'adapter aux mesures prévues par la Loi 41, qui élargit leur rôle, tout nouvel acteur est redouté. Surtout quand il est de la taille des Walmart et Target. «Il faut se préparer à cette nouvelle concurrence, car on fait face à des machines énormes», estime Albert Falardeau, président de Familiprix.


Aiguillonnée, Familiprix va se lancer dans la rénovation de plusieurs de ses succursales. La chaîne Jean Coutu a quant à elle annoncé qu'elle allait être encore plus rigoureuse sur l'approvisionnement de ses magasins pour rester dans la course.


La proximité, un atout


L'atout des pharmacies reste le service individualisé. «Notre concept de proximité a toujours sa place. On ne se voit pas menacés», assure François J. Coutu.


Les personnes âgées - une population en croissance - continuent à préférer leur pharmacie de quartier, dont elles connaissent les employés et qui sont faciles d'accès, aux grandes surfaces plus anonymes.


La concurrence de Target ajoute néanmoins un sujet de préoccupation à une liste déjà longue. Car, si le marché des pharmacies au Québec se porte bien, les rendements augmentent moins vite.


«Le chiffre d'affaires des pharmacies communautaires est en croissance, mais ce taux a beaucoup diminué», constate Daniel Larouche, président de Larouche Consultant.


Le revenu se maintient


Selon l'expert, la marge brute des officines est passée de 50 % dans les années 1970 à 25 % . La chaîne Jean Coutu a quant à elle accusé une baisse de 22,9 % de ses profits au deuxième trimestre 2012.


Cela n'empêche pas les pharmaciens propriétaires de continuer à bien vivre de leur activité : leur revenu annuel s'échelonne de 80 000 à 120 000 $, et il est bien supérieur pour les propriétaires de pharmacies à grande surface.


La croissance des volumes vendus (+ 5 % par an), les gains en efficacité dus aux nouvelles technologies, l'agrandissement des pharmacies et l'allongement des heures d'ouverture contribuent à gonfler le chiffre d'affaires.


Charges en hausse


Revers de la médaille : les charges sont en hausse et les marges diminuent. Au bout du compte, il ne reste «que» 15 à 20 % de profits nets sur la vente d'un médicament, selon l'AQPP. La première dépense demeure la rémunération. Le salaire des pharmaciens a bondi de 22,1 % depuis 2007 et celui des pharmaciens remplaçants, de 39,2 % .


Les allocations professionnelles ont été plafonnées à 15 % en avril 2011 par le gouvernement provincial, alors qu'elles atteignaient 25 % auparavant. La baisse du prix du médicament générique, qui est passé de 50 % en 2010 à 25 % du prix de l'original en avril, a coûté 9 M$ à Familiprix, selon son président.


Plusieurs ajustements sont donc à prévoir dans l'industrie. «À l'avenir, la rémunération du pharmacien devra tenir compte des services professionnels, qu'il offre souvent gratuitement, et de ses investissements», estime Jean Thiffault.


44,5 Âge moyen des pharmaciens propriétaires. | Source : AQPP


1 900 pharmaciens propriétaires


38 537 employés


12 G $de dollars versés en salaire


8,6 % augmentation moyenne de la superficie des pharmacies de 2005 à 2010.


27 Nombre de pharmacies indépendantes


Source : AQPP

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