Comment faire subtilement évoluer les mentalités?

Publié le 24/05/2018 à 09:32

Comment faire subtilement évoluer les mentalités?

Publié le 24/05/2018 à 09:32

Le «Serment de Palaos» est une idée aussi originale que géniale... Photo: DR

L’inespéré découle fort souvent de l’inattendu, et j’ai pu le vérifier une fois de plus hier, lors de C2 Montréal. Très précisément lorsque deux étudiants en communication créative de l’École danoise de média et de journalisme à Copenhague sont montés sur la scène principale, circulaire comme une piste de cirque. Alexander Keblow Kofoed et Christian Skjøtt, un peu éberlués d’être les vedettes d’un événement d’envergure internationale, ont pris leur courage à deux mains et ont présenté au public une idée que je trouve géniale. Oui, simple et géniale.


Les deux étudiants danois avaient planché sur un pitch, dont l’intitulé était le suivant : «Que faire pour que les chefs d’État et autres décideurs mondiaux fassent du changement climatique leur priorité numéro 1?» Pas évident, n’est-ce pas? Pourtant, ils ont su trouver une solution originale, qui se déroule en trois temps :


Répertorier les îles les plus à risque d’être ensevelies par la montée des eaux parmi toutes celles des îles Fidji.


Les renommer de manière symbolique, par exemple : Trump Island ou Toyota Island.


Et en faire une actualité récurrente dans les médias, du genre : «L’île Trump sur le point de sombrer à tout jamais?» et autres «L’île Apple bientôt submergée par les flots!».


Le principe est simple : miser sur la fameuse règle journalistique de la proximité, qui veut que l’on ne se soucie que de ce qui est proche de nous (ex.: l’accident de voiture de notre voisin nous frappe beaucoup plus que l’accident de bus qui fait 55 blessés en Ohio); or, quoi de plus personnel que notre propre nom? D’un coup d’un seul, les leaders politiques et économiques se sentiraient interpellés par l’avenir de l’île qui porte leur nom, et donc, par les périls occasionnés par le changement climatique. Tout comme nous nous mettons à redoubler de vigilance au volant parce qu’un proche a eu un accident de voiture, alors même qu’un lointain accident gravissime n’a, en vérité, aucun impact sur notre propre comportement au volant. CQFD.


Bon. J’entends d’ici vos pensées profondes, plus précisément vos doutes quant à l’efficacité réelle de l’idée des deux étudiants danois. Laissez-moi vous en convaincre, à l’aide d’un exemple lumineux quant à la possibilité de changer la mentalité des gens…


Connaissez-vous Palaos? Il s’agit d’un petit coin de paradis situé en Micronésie, composé de plusieurs centaines d’îles dont seulement une poignée sont habitées. La mer y est turquoise, les coraux, multicolores, et les poissons, tropicaux.


Ce qui attire les touristes comme des mouches… Et produit, nécessairement, des détritus, des déchets, de la pollution. Et ce, par simple inconscience, pour ne pas dire bêtise : le gobelet en plastique qui décolle de la plage sur un simple coup de vent, et qui coule dans la mer; etc.


Comment arrêter le saccage d’un tel paradis? En interdisant le tourisme? Et plaçant un policier derrière chaque touriste? Non, rien de tout ça. Les habitants de Palaos se sont dit qu’il fallait plutôt de changer la mentalité des touristes, de tous les touristes, sans exception.


Mission: Impossible? Avec l’aide de l’agence de publicité australienne Host/Havas, il a été trouvé une idée qui frôle le génie : le «Serment de Palaos».


Palaos est une république indépendante, si bien que chaque touriste doit présenter son passeport et y faire apposer un tampon de la douane. Normal. D’où l’idée d’ajouter systématiquement un autre tampon, qui, lui, présente le serment que doit faire le détenteur du passeport, en le signant sous les yeux du douanier. Ce serment est le suivant:


Enfants de Palaos,


Je fais le serment


De préserver et de protéger votre île aussi belle qu’unique.


Je jure de marcher avec légèreté, d'agir avec bonté et d'explorer avec respect.


Je ne prendrai pas ce qui n'est pas donné.


Je ne ferai pas de mal à ce qui ne me nuit pas.


Les seules traces que je laisserai seront celles qui ne se voient pas.


Le texte - tenez-vous bien! - a été conçu et rédigé par les enfants de Palaos. C’est ce qui lui procure, je pense, une telle puissance. Et même, une telle poésie.


Ce n’est pas tout. Dans l’avion, les touristes sont invités à regarder une vidéo que voici:



 


L’opération a été lancée en 2017, et elle dépasse d’ores et déjà toutes les espérances. Les habitants de Palaos n’en reviennent pas du changement immédiat de mentalité des touristes, qui ne se prennent plus depuis pour des rois à qui tout est dû, mais se considèrent désormais comme des invités privilégiés de découvrir une telle richesse naturelle. Et les prix se mettent à pleuvoir, tant le coup est ingénieux : la campagne du «Serment de Palaos» vient d’ailleurs de recevoir l’un des prix publicitaires les plus prestigieux du monde, le Black Pencil du D&AD de Londres; et fiez-vous à ma petite prédiction, il y a également du Lion dans l’air pour le prochain festival de Cannes…


Comme quoi, il est bel et bien possible de changer les mentalités. Y compris celles des gens parfois obtus comme peuvent l’être les touristes. Il suffit, pour ce faire, d’user d’ingéniosité et même, ai-je envie de dire, de poésie. Oui, il suffit de parler au coeur des gens, à la petite corde sensble qui leur est la plus chère, et le tour est joué!


Comme quoi, l’inspiration est partout,vraiment partout. Sur une scène circulaire de C2 Montréal comme sur une plage paradisiaque de Micronésie. À nous d’en tirer la substantifique moelle, et de trouver nos porpres astuces pour faire changer d’idée ceux qui d’habitude freinent des quatre fers lorsqu’ils entendent le mot «changement». Qu'il s'agisse de collègues au travail ou de politiciens à la tête du gouvernement...


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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