Mesdames, oubliez les sites de rencontres!

Publié le 24/04/2018 à 06:09

Mesdames, oubliez les sites de rencontres!

Publié le 24/04/2018 à 06:09

Chacun rêve d'y trouver l'âme soeur. En vain, presque tout le temps... Photo: DR

Elitesingles, Be2, eHarmony... Les sites de rencontres amoureuses pullulent au Québec, comme un peu partout en Occident. Et nous connaissons tous un ou une proche qui s’en est servi au moins un temps, dans l’espoir de dénicher - enfin - l’âme soeur.


La question, c’est de savoir si ça marche vraiment, ou pas, n’est-ce pas? Impossible à dire, pensez-vous sûrement. Comme moi, d’ailleurs, jusqu’à ce que j’assiste à la conférence d’ouverture de l’événement CHI 2018, qui se tient toute la semaine au Palais des Congrès de Montréal. Le conférencier était nul autre que Christian Rudder, cofondateur d’OkCupid, un site de rencontres américain qu’il a vendu en 2011 à IAC, détenteur du site Match.com, pour la somme de 90 M$ US. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il avait des données renversantes à partager avec nous...


M. Rudder est un matheux diplômé de Harvard. Sa passion, ce sont les statistiques et le savoir qu’on peut en tirer. Dès 2003, il s’est penché sur le cas des sites de rencontres qui, à l’époque, se contentaient de questionnaires en ligne pour suggérer différentes personnes a priori dignes de mention. «Je ne voyais pas comment de simples réponses à des questions pouvaient présenter la moindre fiabilité statistique. Ces données-là me semblaient clairement insuffisantes pour être exploitées», a-t-il dit.


D’où son idée d’un site qui, lui, proposerait davantage qu’un questionnaire : les personnes inscrites seraient incitées à faire des commentaires sur des billets de blogue, ou encore à poser des questions à la communauté. Car toutes les données qui en ressortiraient permettraient, elles, d’avoir un vrai profil de la personnalité de chacun.


Grâce à cette approche, OkCupid a vite rencontré le succès. Quant à Christian Rudder, il s’est mis à jubiler avec toutes les précieuses données qu’il récoltait ainsi : il se disait qu’il pourrait désormais rendre davantage de gens heureux, peut-être même de manière durable.


Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sauf que… Sauf que les nouvelles données l’ont amené à déchanter. «J’ai fini par découvrir que même un aussi bon site que le nôtre ne pouvait pas réaliser les rêves amoureux que j’espérais», a-t-il confié.


Sa démonstration était éloquente, chiffres à l’appui. Un exemple lumineux me suffira pour vous convaincre, à savoir deux graphiques qui montrent les préférences des membres d’OkCupid en matière d’âge:


> Le même âge. Lorsqu’on recoupe toutes les données disponibles (pas seulement les réponses au questionnaire, mais aussi les profils sur lesquels elles cliquent, ou encore leur façon d’en parler en ligne), on voit clairement que les femmes ont un faible pour les hommes qui ont à peu près leur âge. Ex.: une femme de 25 ans cherchera avant tout un homme de 26 ans; une femme de 30 ans, un homme de 30 ans; une femme de 40 ans, un homme de 38 ou 39 ans.


> 20 ans, ou rien. Du côté des hommes, la donne est totalement différente : qu’ils aient de 20 à 50 ans, tous les hommes cherchent avant tout une femme… de 20 ou 21 ans! Oui, vous avez bien lu. Elle doit avoir 20 ans, et rien d’autre. À une exception près, toutefois : ceux qui ont entre 22 et 27 ans ont également un faible pour les femmes qui ont entre 40 et 45 ans, «l'effet Cougar vérifié», selon M. Rudder.

Tous les hommes cherchent, en vérité, une femme de 20 ans! Photo: O.Schmouker


Résultat? Le coup de foudre est statistiquement impossible : «Comment voulez-vous qu’une femme de 35 ans divorcée et mère d’une fillette rencontre en ligne son prince charmant, quand on sait que les hommes qu’on peut lui présenter ne cherchent, en vérité, qu’une nymphe de 20 ans?», a-t-il illustré.


Autrement dit, sauf rare exception, la déception est nécessairement au rendez-vous…


Bon. Vous me direz que ces hommes-là disposent, maintenant, de Tinder et d’autres applications de rencontres à caractère sexuel. Et que s’ils veulent vraiment une nymphette, ils n’ont qu’à s’en servir pour trouver ce qu’ils cherchent.


Le hic, c’est que ce n’est pas aussi simple que ça. Là encore, la déception est au rendez-vous, comme l’a montré l’expert en rencontres amoureuses en ligne.


M. Rudder s’est en effet amusé à regarder les statistiques de Tinder, en particulier les notes d’attractivité accordées par les membres aux profils qui leur étaient soumis. Voici ce qu’il a découvert:


> 4 sur 10. La moyenne des notes des hommes attribuées aux femmes suggérées sur Tinder est d’environ 4 sur 10. À noter que les notes sont largement distribuées, allant de 1 à 8.


> 0 sur 10. Du côté des femmes, les notes sont toutes autres : dans 40% des cas, les femmes attribuent une note de 0 sur 10 aux hommes. Oui, vous avez bien lu : 0 sur 10. Ce n’est pas tout. Dans 27% des cas, la note est de 0,5. Dans 14% des cas, de 1. Pour faire bref, elle n’atteint jamais 2 sur 10!


Autrement dit, les hommes sur Tinder sont tous des «horreurs immondes» aux yeux des femmes. En conséquence, ce n’est pas sur Tinder qu'ils vont  pouvoir rencontrer la nymphette de leurs rêves, celle qui illuminera leur vie à tout jamais…


«Cela fait maintenant des années que j’ai creusé toutes les données disponibles concernant les sites et les apps de rencontres, et j’en suis arrivé à la conclusion que le plus important pour trouver le véritable amour, ce ne sont pas les démarches online, mais les démarches off line. L’étincelle amoureuse ne peut pas être provoquée par l’analyse de données. Elle provient nécessairement de la rencontre aussi inespérée qu’inattendue de deux âmes», a résumé M. Rudder.


À ces mots, j’ai entendu quelques soupirs émus à mes côtés. Des cordes sensibles venaient visiblement de vibrer à l’unisson. Cela m’a fait réaliser combien les statistiques, savamment maniées, pouvaient être magiques. Et surtout, combien la technologie ne pouvait être le remède à tous nos maux. Loin de là.


*****


Espressonomie


Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui, quitte à renverser quelques idées reçues.


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ESPRESSONOMIE est le blogue économique d'Olivier Schmouker. Sa mission : éclairer l'actualité économique à la lumière des grands penseurs d'hier et d'aujourd'hui. Ce blogue hebdomadaire présente la particularité d'être publié en alternance dans le journal Les affaires (papier/iPad) et sur Lesaffaires.com. Olivier Schmouker est chroniqueur pour Les affaires et conférencier.

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