Cinq super cultures qui créent de la richesse

Offert par Les Affaires


Édition du 18 Juin 2016

Cinq super cultures qui créent de la richesse

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Édition du 18 Juin 2016

[Photo : iStock]

Où sont au Canada les meilleures cultures de création de richesse pour les actionnaires ? Le stratège Matthew Barasch, de RBC Marchés des Capitaux, s'est récemment lancé à leur recherche.


Après réflexion et une série d'entretiens avec les analystes de la boîte, cinq organisations se démarquent à ses yeux : le Canadien National, Restaurant Brands International, Toromont Industries, Metro et Onex.


Toutes ces sociétés ont affiché une performance boursière remarquable au cours des 15 dernières années. La progression des cours ne s'est pas faite en ligne droite, les hauts et les bas du marché présentant plusieurs occasions d'ajouter aux positions. Il est cependant possible de constater que, si quelqu'un avait investi 100 $ au 1er janvier 2000 et qu'il avait ajouté 100 $ chaque fois que le titre reculait de 10 %, cet investisseur aurait en moyenne mis 2 075 $ dans chaque titre, un montant qui vaudrait aujourd'hui 10 000 $. Un rendement de près de 400 %, en excluant les dividendes. La même approche appliquée à l'indice S&P/TSX aurait procuré un rendement de 40 % au cours de la même période.


Toujours temps de jouer la culture ? Voyons-y de plus près.


Canadien National (CNR, 76,56 $)


La culture : l'analyste du secteur, Walter Spracklin, la qualifie de culture du modèle de précision. Elle a été mise en place par Hunter Harrison, Claude Mongeau y a collé, et le nouveau grand patron, Luc Jobin, ne devrait pas y déroger. Il s'agit de constamment focaliser sur l'efficacité, tout en ne perdant pas de vue la qualité du service à la clientèle.


La culture du CN n'est pas son seul avantage. L'industrie est largement déréglementée, elle dispose d'une barrière à l'entrée quasi insurmontable (construire un nouveau réseau de chemin de fer). Son coût par mille est trois fois moindre que celui de l'industrie du camionnage.


Son réseau est exceptionnel. D'ouest en est et du nord au sud, il rejoint plusieurs endroits auxquels la concurrence n'a pas accès. Seul le CN peut atteindre le port de Prince-Rupert, le plus rapproché de l'Asie à partir de l'Amérique du Nord. Idem pour celui de la Nouvelle-Orléans, où les volumes devraient augmenter dans l'avenir grâce à la transformation du canal de Panama.


Le problème en est cependant un d'évaluation. Les volumes sont plus faibles depuis quelques semaines, et le multiple est à 17 fois la prévision de bénéfice de 2016. C'est un niveau élevé, qui est à la hausse depuis quelques années (il était de 11 à 15 fois le bénéfice à venir au début des années 2000). Walter Spracklin croit que le titre pourrait un jour grimper à un multiple de 20 à 25 fois, un niveau d'évaluation que les investisseurs sont actuellement prêts à payer pour des investissements en infrastructures. Ces investissements sont à nos yeux assimilables, mais probablement surévalués dans plusieurs cas. On ne gagerait pas là-dessus.


On resterait en gare pour l'instant.


Restaurant Brands International (QSR, 54,00 $)


La culture : celle de 3G Capital qui, en 2010, a fermé le capital de Burger King et, en 2011, a acheté Tim Hortons, pour ensuite redevenir publique. Le secret du redressement de Burger King, dit l'analyste David Palmer, réside dans la capacité de 3G à rationaliser aux bons endroits et à amener les franchisés à investir davantage.


3G Capital a notamment donné des territoires exclusifs aux meilleurs exploitants, mais en leur demandant d'investir davantage et d'ouvrir un certain nombre de restaurants. Son bilan devient moins lourd, et les ventes croissent maintenant de 10 % par année. Pendant ce temps, les coûts d'exploitation des Tim Hortons ont aussi baissé.


Le risque de l'histoire est que la recette est désormais publique et que les autres franchiseurs seront enclins à y jeter un coup d'oeil. À 27 fois le bénéfice prévu de 2017, le multiple est très élevé et anticipe déjà une bonne croissance pour le futur. Il y a des rumeurs selon lesquelles l'entreprise s'intéresserait à Yum Brands (Taco Bell, PFK, Pizza Hut), mais la dette est encore élevée et quelque chose nous dit qu'il faudra encore quelques années.


Metro (MRU, 44,85 $)


La culture : bien connue, celle-là. L'analyste Irene Nattel parle d'une organisation de géologues, parce qu'il n'est pas une pierre que la direction refuse de retourner pour creuser et voir si elle ne pourrait pas gagner en efficacité.


L'épicier n'est pas prêt à faire trop de compromis sur le prix, mais travaille fort sur la fraîcheur et la qualité.


Personnellement, on trouve qu'à 17 fois le bénéfice de 2017, le titre de Metro est un peu cher. Mais c'est le cas depuis des années et la société ne cesse de surprendre. Mme Nattel note en outre que sa participation dans Couche-Tard représente près de 20 % de sa valeur, ce qui fait baisser le multiple considérablement.


Toromont (TIH, 37,50 $)


La culture : l'équipe de direction du détaillant d'équipements Caterpillar (Ontario, Terre-Neuve, Manitoba et Nunavut) est réputée pour gérer de façon serrée et être créative. Afin d'éviter que les prix ne grimpent trop lorsque le dollar américain s'est envolé, elle s'est ainsi tournée du côté du marché de l'occasion. Cela lui a permis d'offrir des options plus abordables à ses clients.


Le bilan de l'entreprise n'a pratiquement pas de dettes. Elle pourrait éventuellement y aller d'acquisitions intéressantes qui ajouteraient à son bénéfice. Financière Banque Nationale évoquait récemment la possibilité d'une entrée au Québec grâce à l'acquisition de Hewitt, une société privée qui aurait des ventes annuelles d'environ un milliard de dollars. Le marché de l'or va bien, ce qui est porteur pour la vente d'équipements. Mais on n'est pas sûr à 100 % de la durée de cette reprise, et en l'absence d'acquisition, le titre semble un peu cher.


Onex (OCX, 81,57 $)


La culture : celle de Gerald Schwartz qui a la réputation de transformer en or ce qu'il touche. Fondée en 1984, la société de Toronto a produit un taux de rendement interne annuel de 28 % de ses investissements.


L'entreprise aime bien les entreprises à restructurer. Elle vise aussi des divisions qui ne sont pas au coeur des activités de grandes sociétés et tente de leur donner un nouvel envol.


Ici encore, et comme pour toutes les sociétés précédentes, l'évaluation est cependant assez forte. Il est plus difficile pour Onex de trouver des cibles à prix intéressant dans le contexte actuel. Et M. Schwartz a 70 ans.

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot
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