Cette entrepreneure montréalaise veut révolutionner la santé par l’extérieur

Publié le 12/07/2018 à 09:49

Cette entrepreneure montréalaise veut révolutionner la santé par l’extérieur

Publié le 12/07/2018 à 09:49

Depuis le temps qu’on parle de la révolution numérique et technologique qu’on souhaite apporter au secteur de la santé pour l’aider à être plus performant, on se dit qu’une start-up de plus ou de moins n’y changera pas grand-chose.


Si vous ne vous esclaffez pas de rire en entendant l’expression «dossier médical en ligne», vu les déboires répétés et les tentatives avortées d’en créer un pour tous les patients québécois, vous esquissez probablement un sourire, à tout le moins.


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Créée par un médecin issu des cliniques privées, qui a un point de vue extérieur du phénomène, Carebook pense être celle qui fera enfin la différence. Son astuce : plutôt que de transformer le système de santé par l’intérieur, elle veut le faire par l’extérieur, en créant un outil de santé sur-mesure qui attirera, dans l’ordre, le public, les employeurs, les assureurs, le pharmaciens, les docteurs et, ensuite, l’ensemble du secteur de la santé. Au Québec, ailleurs au Canada, et pourquoi pas, ailleurs dans le monde.


«Je suis issue du monde du jeu vidéo, alors j’ai d’abord une vision technologique des choses», commence Pascale Audette, la PDG de Carebook qui a roulé sa bosse un peu partout sur le continent avant de revenir à Montréal pour s’occuper de ce projet. C’est d’ailleurs à elle qu’incombe le mandat de développer le «B2B» qui distinguera Carebook d’autres applications de mise en forme pour Android et iOS.


Car, il faut se le dire, il en existe une tonne, et on attend toujours la bonne.


Cibler le noeud du problème


Prenant une (grosse) bouchée à la fois, Carebook s’attaque au noeud du problème : les maladies chroniques.


Une grosse partie des engorgements du système de santé québécois est provoquée par ces maladies, qui comptent pour 80% de ses coûts d’opération. Des maladies, qui vont du diabète à la dépression, dont le développement peut être anticipé et prévenu, si on s’en occupe suffisamment tôt.


À partir d’une simple application mobile (et d’une arrière-boutique un tantinet plus sophistiquée que cette simple interface), Carebook cible donc principalement ce problème. «Nous ne sommes pas des spécialistes dans la prévention du diabète, mais nous avons une plateforme qui aidera les gens, les aidants naturels et les travailleurs à entrer en contact avec les bons professionnels pour prévenir, ou à tout le moins mieux gérer ces problèmes de santé», explique Mme Audette.


Assureurs, pharmacies et entreprises recherchées


Ce dossier médical en ligne vise à simplifier l’interaction avec les spécialistes, en permettant notamment de numériser les prescriptions du médecin, puis de les transmettre à un pharmacien ou un autre spécialiste directement. L’employeur et l’assureur peuvent aussi consulter le tout, pour accélérer les prises de décision.


«C’est un modèle SaaS pour le secteur de la santé», poursuit Mme Audette. «On s’est dit qu’on irait là où se trouve l’argent pour développer le service, et l’argent, il se trouve du côté des professionnels, comme les pharmaciens. Ce qu’on leur présente, c’est un moyen d’améliorer leur service afin de se démarquer de leurs concurrents et d’attirer plus de clientèle.»


Même chose pour les employeurs, qui peuvent sauver des sommes «énormes» en sachant d’avance les coûts liés à la mise en place de leur assurance collective, puis de l’absentéisme, etc.


«On peut envoyer des statistiques en temps réel à l’employeur qui lui permet de savoir combien d’employés sont pré-diabétiques, susceptibles d’avoir des troubles cardiaques, ainsi de suite, afin de prévoir une gestion mieux adaptée de la situation.»


Pas juste le QuébecQuand on parle de santé, on simplifie souvent la situation à une opposition bête entre le système public, lent, sclérosé et coûteux, aux sociétés privées, efficaces, productives et modernes. C’est évidemment un peu trop caricatural pour être réaliste, et c’est oublier de regarder au-delà des frontières de la province, puisque les enjeux liés à la santé sont les mêmes dans la plupart des pays industrialisés, qu’ils aient un régime public, privé ou mixte.


«C’est surprenant à quel point la planète entière vit la même problématique. Notre solution est applicable partout, que le système soit public ou privé. Il y a des employeurs, des employés et des assureurs partout», résume Pascale Audette, qui voit son équipe d’une trentaine d’employés croître rapidement pour partir à la conquête du monde.


Carebook devrait d’ailleurs annoncer prochainement des ententes majeures, avec au moins un assureur majeur aux États-Unis, dans les prochaines semaines. Qui sait, c’est peut-être le début d’une petite révolution dans la santé qui, quand on regarde ce que font Apple, Google, Amazon et les autres, semble résolument destinée à se moderniser.


Souhaitons que l’effet souhaité se concrétise et que l’accès aux soins soit plus simple pour tous. Car au-delà des plateformes mobiles et des dossiers en ligne, c’est ça, l’objectif.


À tout le moins, c’est le pari pris par Carebook.


À ce propos, voici l’entrevue réalisée avec Pascale Audette, PDG de Carebook, à l’occasion de la balado Une Tasse de Tech du vendredi le 6 juillet 2018 (ça débute à 30m14s) :




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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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