Ce capteur biométrique montréalais trace la voie pour Apple dans la santé connectée

Publié le 30/05/2018 à 08:48

Ce capteur biométrique montréalais trace la voie pour Apple dans la santé connectée

Publié le 30/05/2018 à 08:48

Carré Technologies est un nom peu connu à Montréal, mais l’entreprise de la rue St-Denis conçoit depuis 2012 le Hexoskin, un capteur biométrique qui pourrait lui ouvrir toutes grandes les portes du marché de la santé connectée, le jour où ce marché décollera réellement. Le mois dernier, la deuxième génération de ce capteur, le Hexoskin Smart, a été mis en marché.


C’est la deuxième génération «officielle», mais il s’agit de la cinquantième itération de ce capteur, dont l’original est débarqué sur le marché à une époque où les vêtements et accessoires connectés n’avaient pas encore réellement pris leur place dans le marché des produits électroniques. Fitbit, Apple et les autres n’avaient pas encore vu le potentiel de cette technologie, ni même le débouché qui, en fin de compte, pourrait bien leur donner une véritable raison d’être.


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«Nous vendons toujours au public, naturellement, mais nous travaillons beaucoup en partenariat avec des entreprises en pharmaceutique, en santé et sécurité du travail, ainsi qu’en défense et dans la sécurité», explique Marc Paquin, directeur du développement des affaires pour Carré Technologies.


L’entreprise montréalaise a des ententes avec l’Agence spatiale canadienne, aussi. Elle a mis au point un chandail, appelé Astro skin, qui permet de suivre à distance l’état de santé des astronautes. C’est d’ailleurs celui-là qui a intéressé le prince de Dubaï, qui en a finalement acheté un pour son propre usage.


À l’heure actuelle, la santé connectée est un créneau en émergence qui tarde à réellement éclore. Ça laisse du temps à Carré Technologies, et aussi à d’autres, comme Apple, qui semble avoir des visées particulières dans ce domaine avec son Apple Watch, d’affiner leur technologie afin d’être prêts le jour où ça décollera pour de bon.


«Nos activités sont grandement axées sur les services aux entreprises à l’heure actuelle, mais le marché grand public va s’ouvrir graduellement et nous serons là pour y répondre. Cette technologie sera transformative sur un horizon d’une dizaine d’années. Quand ça se produira, nous serons en avance sur la concurrence», assure M. Paquin.


Pour sportifs connectés avertis


Une chose devra se produire pour que le capteur Hexoskin devienne un succès grand public : son prix de détail devra baisser. Jumelé à une camisole d’exercice dotée des points de contact avec le corps permettant de suivre le rythme cardiaque et la fréquence respiratoire, notamment, il coûte actuellement 500 $US. Les coureurs, cyclistes, skieurs et autres athlètes en herbe qui songent à s’équiper d’un tel accessoire ont intérêt à s’assurer qu’il servira pour la peine…


Remarquez, on pourrait en dire autant des montres Garmin, Suunto et autres produits du genre qui coûtent tous au moins aussi cher que l’Hexoskin, et qui ne viennent pas livrés avec un chandail en prime!


Le Hexoskin Smart a tout de même quelques as dans sa manche pour le rendre plus attrayant D’abord, son autonomie est de 30 heures, ce qui permet de le porter toute la journée, et toute la nuit, au besoin. L’histoire veut que Pierre-Alexandre Fournier, cofondateur de Carré Technologies, a réglé ses problèmes de sommeil grâce à ce gadget.


Une fois le matin arrivé, on peut continuer de le porter, sous sa chemise, pour voir comment se passe la journée, côté activité physique. Une application mobile permet de le jumeler, via Bluetooth, au téléphone de son choix, afin de noter les activités précises qu’on effectuera durant la journée (course, vélo, soccer, entraînement en salle, etc.).


Pour être plus accessible, le nouveau capteur est compatible avec des applications tierces très populaires comme Strava et RunKeeper. L’application Hexoskin vient avec son service pour Apple Watch qui y affiche les données en direct provenant du capteur. Le fabricant assure qu’on peut le jumeler directement à l’Apple Watch pour voir son rythme cardiaque à l’écran de la montre, mais on n’a pas encore réussi à le faire.


Pour les coureurs qui n’aiment pas s’alourdir de trop de gadgets, une application native pour montre connectée, comme l’Apple Watch, justement, serait sans doute l’idéal.


Cela dit, sans montre ni téléphone, un bouton sur le boîtier du Hexoskin permet d’enregistrer les données captées durant l’exercice, et de les synchroniser plus tard sur son compte à partir d’une interface web.


Mettre l’intelligence artificielle à profit


Les ententes avec des partenaires permet à Carré Technologies d’accumuler des tonnes de données sur la santé de ses utilisateurs. L’entreprise garantit le plus haut respect de la confidentialité dans le traitement de ces données, dont elle se sert pour améliorer sa plateforme, ainsi que les outils d’analytique qui permettent d’en extraire une information possédant une certaine valeur.


Déjà, l’entreprise montréalaise travaille avec l’Institut de valorisation des données de l’Université de Montréal, IVADO, afin d’améliorer ses algorithmes d’apprentissage automatique, qui ont été développés bien avant que l’expression «intelligence artificielle» ne devienne à la mode.


Marc Paquin avoue avoir quelques autres idées de projets liés aux mégadonnées que possède son entreprise. «On a des centaines de milliers d’heures d’activité physique d’enregistrées, on peut s’en servir pour aller plus loin avec nos partenaires dans plusieurs secteurs», dit-il.


Chose certaine, en ayant mis au point le matériel, le logiciel et, au fil des dernières années, une expertise unique dans les capteurs biométriques suivant l’activité physique des athlètes professionnels autant que des sportifs en herbe, Carré Technologies se positionne à un endroit stratégique du marché de la santé connectée.


Tandis que des géants comme Apple et Google investissent des centaines de millions de dollars dans ce créneau, il ne manque qu’un déclencheur pour que ce créneau prenne un essor qui sera tout autant profitable pour l’entreprise montréalaise que pour les deux géants californiens. 


 


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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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