Intel Canada : la Loi de Moore en a encore pour au moins 50 ans

Publié le 06/07/2018 à 13:29

Intel Canada : la Loi de Moore en a encore pour au moins 50 ans

Publié le 06/07/2018 à 13:29

Cette année, Intel fête son cinquantième anniversaire. Sa filiale canadienne, établie à Toronto et à Vancouver, n’a pas le même âge, mais ses quelque 1000 employés jouent un rôle clé dans l’évolution de ses produits, qui tournent toujours autour des processeurs et des circuits informatiques.


Intel n’a pas de présence formelle à Montréal, mais son directeur national au Canada, Denis Gaudreault, dit passer la plupart de son temps dans la métropole québécoise. Au-delà de son investissement dans des entreprises locales, comme celle qui a permis à Element AI de récolter 135M$ l’été dernier, ça laisse sous-entendre que cette situation pourrait être appelée à changer dans un horizon pas trop éloigné, admet le gestionnaire québécois. 


IA et 5G : en attendant l’informatique quantique…


Si un géant comme Nortel était toujours de ce monde, Montréal aurait accueilli Intel bien plus tôt, mais si la ville continue de jouer un rôle de chef de file dans le développement des technologies d’intelligence artificielle, comme c’est le cas présentement, ça pourrait toujours se concrétiser. Car il y a un lien direct entre l’IA, les réseaux 5G et Intel.


«L’intelligence artificielle, c’est l’interprétation des énormes quantités de données qu’on accumule et qu’on traite présentement dans des centres de données, mais qui se fera bientôt de façon encore plus décentralisée, en partie grâce aux futurs réseaux sans fil 5G», résume M. Gaudreault.


Une des promesses de cette future génération de réseaux sans fil est un temps de réaction («latence») frôlant l’instantanéité (à peine quelques millisecondes). Un moyen d’y arriver est de traiter l’information localement, le plus près possible de l’utilisateur, soit à même les points d’accès au réseau. Pour le faire, les antennes devront pouvoir effectuer une partie du boulot informatique que font actuellement des serveurs se trouvant dans des centres de données un peu plus éloignés. Ça signifie qu’il faudra les équiper de l’équivalent mobile et compact d’un centre de données local.


C’est, pour ainsi dire, du «edge computing extrême», en confiant des tâches d’IA à la périphérie du réseau informatique…


Pour Intel, ça tombe drôlement bien, puisqu’un standard qui semble être développé par des équipementiers comme Nokia, Ericsson et Huawei pour ces futures antennes repose sur son architecture informatique x86. «Harmoniser le matériel et rivaliser seulement sur les composants logiciels réduit leurs coûts de déploiement et accroît leur agilité», explique Denis Gaudreault. «Pour nous, ça ouvre un énorme nouveau marché.»


La technologie 5G va coûter cher, mais elle est décrite, tour à tour, comme l’avènement de la télé en couleurs, le passage de l’analogique au numérique, et ainsi de suite. On peut comprendre l’intérêt d’Intel pour ce créneau. C’est un peu grâce à ca si Intel peut penser prolonger la pertinence de la Loi de Moore, qui est évidemment intimement liée à son modèle d’affaires depuis un demi-siècle.


À condition de l’adapter aux composants du 21è siècle et de l’interpréter sous l’angle de la puissance informatique et non du point de vue de la miniaturisation des circuits imprimés… «On intègre de plus en plus des éléments de photonique directement au niveau du processeur, pour remplacer certains circuits, ce qui accélère le traitement des données», illustre M. Gaudreault. «En attendant l’informatique quantique…»


L’importance d’avoir une avance


Pourtant, tout n’est pas rose pour la société californienne dans la mobilité informatique. Des rivales comme la britannique ARM Holdings et la californienne Qualcomm ont une mainmise sur ce marché. Plus d’un investisseur souhaiterait voir Intel occuper une plus grande place dans la mobilité.


Pour mieux se positionner, le fabricant élargit donc sa définition de ce qu’est la mobilité. Il ne s’agit plus seulement de téléphones et de tablettes, mais de tous ces appareils pour la maison, dans la voiture et ailleurs auxquels on peut greffer une composante informatique. Dans ce contexte élargi à tous les appareils connectés, la part du lion n’est pas encore assurée à personne.


«Notre stratégie est de voir plus large que la téléphonie. Tout ce qui se connecte, des appareils, à l’infrastructure réseau aux centres de données, fait partie de notre vision», dit le directeur national d’Intel Canada. «Des processeurs pour PC aux processeurs pour tout ce qui génère des données, incluant les voitures autonomes, ça ouvre des portes. La saisie de ces données et son traitement par l’IA, ça va être majeur. Ça va changer des modèles d’affaires et créer de nouveaux marchés. C’est important d’être un chef de file dans ce secteur.»


L’effet transformateur des réseaux 5G est assez important pour être un enjeu national. Beaucoup de R-D reste à faire à ce niveau, beaucoup de propriété intellectuelle qui permettra de générer des revenus pour les centres de recherche qui seront les plus avancés en la matière.


À ce jeu, le Canada n’est pas le mieux placé, à l’heure actuelle. La Chine, la Corée et d’autres pays asiatiques ont pris les devants. Chez nous, certains déplorent qu’une bonne partie de la recherche universitaire soit financée notamment par des sociétés étrangères, comme Huawei, qui récupère ainsi les brevets et les rapatrie chez elle, en Chine.


Denis Gaudreault travaille avec toutes ces sociétés, et reconnait que c’est un enjeu important auquel le Canada devra faire face plus tôt que tard s’il souhaite tirer son épingle du jeu. «L’économie mondiale repose beaucoup sur le savoir. Si nous, on vient au Canada, c’est pour le talent qu’on y trouve et la propriété intellectuelle qui s’y crée. Le savoir, c’est un peu comme une ressource naturelle, ça prend le bon cadre réglementaire en place pour le protéger.»


La logique est limpide : dans le secteur technologique, le succès est intimement lié à l’innovation. Intel semble l’avoir réalisé à nouveau et comme plusieurs, elle voit son avenir dans l’émergence des réseaux 5G.


Le Canada pourrait certainement en tirer ses propres leçons…


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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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