Entrevue n°237: Hervé Sérieyx, auteur et conférencier

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Février 2015

Entrevue n°237: Hervé Sérieyx, auteur et conférencier

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Février 2015

Par Diane Bérard

Tour à tour entrepreneur, homme politique puis auteur à succès, le français Hervé Sérieyx scrute les organisations depuis le début des années 1980. Malgré les modes et les tendances, son message demeure : humaniser les entreprises, mobiliser l'intelligence des travailleurs. Il donnera deux conférences à Montréal prochainement : devant l'Ordre des CPA, en mars, et au Sommet international de la confiance dans les organisations, en mai.


DIANE BÉRARD - Vous avez écrit, entre autres, Le Big Bang des organisations, L'entreprise du troisième type et La nouvelle excellence : réussir dans l'économie nouvelle. Vous êtes donc spécialiste des chocs ?


HERVÉ SÉRIEYX - Qu'y a-t-il d'autre ? L'économie se renouvelle constamment. Et elle prend des formes parfois étonnantes qu'on n'aurait jamais pu prédire. Prenez l'économie circulaire, les déchets d'une industrie deviennent la matière première d'une autre. Les usines de méthanisation produisent de l'énergie à partir des déchets agricoles. Dans mon coin de pays, en Bretagne, des éleveurs de poulets traitent les plumes de leur volaille pour qu'elles servent d'adjuvants.


D.B. - Vous avez vécu et commenté le choc numérique pour constater aujourd'hui que cette révolution était bien plus puissante que vous ne le croyiez à l'époque. Expliquez-nous.


H.S. - J'ai cru, nous avons tous cru, que la révolution numérique apportait une nouvelle conception du temps, de l'espace et du réel. Nous étions dans l'instantanéité. Le numérique, pensions-nous, allait nous permettre de produire plus, plus facilement. On n'a jamais imaginé que le numérique allait nous permettre de produire plus... sans nous ! Pensez à toutes ces universités qui ne savent pas quoi faire de leurs professeurs parce que les MOOC [massive open online course] exigent moins de personnel.


D.B. - Qu'est-ce que les «Gafanomics» ?


H.S. - Ce sont les nouvelles règles de l'économie dictées par les Gafa : Google, Apple, Facebook et Amazon. Et par toutes les entreprises nées de la révolution numérique.


D.B. - Donnez-nous un exemple de Gafanomics.


H.S. - La disparition des emplois intermédiaires. Amazon, par exemple, n'a pas besoin de beaucoup de cadres. Par contre, il lui faut une armée de téléphonistes et de préparateurs de colis. L'OCDE évoque la polarisation des emplois qui aura lieu au cours des 20 prochaines années et la réduction massive des emplois de conception et de management. Le problème ? Les systèmes éducatifs ne se sont pas ajustés. Les écoles de gestion continuent de former de futurs cadres. En France, on a longtemps parlé de l'ascenseur social. Eh bien, cet ascenseur est devenu horizontal.


D.B. - Jusqu'où se manifeste l'influence de la révolution numérique ?


H.S. - Elle altère, entre autres, la notion de PIB et sa pertinence. Comment calculer la valeur de ce qui est produit dans chaque État lorsque des millions de personnes font du troc ? Et tout ça sans recette pour les gouvernements, puisque ces citoyens ne paient ni TVA ni TPS.


D.B. - En fait, nous sommes en train de découvrir l'impact d'une tendance prolongée...


H.S. - En effet. Pour l'instant, les suppressions d'emplois du monde d'hier ne sont pas compensées par des emplois neufs. On fabrique surtout du chômage. Et la formation professionnelle est encore tournée vers des métiers du passé qui n'existeront plus. Quant à la formation continue, elle existe trop peu. En France, certaines entreprises, dont Air Liquide, Total et Essilor, se soucient du fait que leurs employés soient plus compétents en quittant le soir qu'ils ne l'étaient le matin à l'arrivée. Il faut saluer aussi les efforts du Centre des jeunes dirigeants d'entreprise, un réseau de patrons de PME de moins de 45 ans. Ils ont placé la transition professionnelle au coeur de leurs enjeux.


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