Nos déchets, ce nouvel or brun

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Juillet 2018

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Par Alain McKenna

Carbon ­Engineering a mis au point un procédé qui récupère le gaz carbonique dans l’air, et le combine, notamment à de l’hydrogène, afin de produire du carburant pour les véhicules routiers et les avions. [Photo: Carbon ­Engineering]

L’économie de marché ­peut-elle sauver la planète ? ­Oui, répond d’emblée l’Alliance canadienne pour l’innovation dans le secteur des sables bitumineux (COSIA), qui pense qu’en démontrant le potentiel du gaz carbonique comme matériau de base pour une foule de produits industriels, commerciaux et grand public, elle réglera le problème de la pollution atmosphérique.


Exploiter les sables bitumineux pour leur contenu énergétique est une activité polluante. La plus polluante au pays, en fait. L’Alberta est au courant du problème depuis longtemps, et les entreprises impliquées dans cette exploitation investissent depuis 20 ans dans la capture et la séquestration du carbone afin de l’empêcher de se répandre dans l’atmosphère. Si la capture ne semble pas trop poser problème, trouver un endroit où le stocker indéfiniment, lui, embête cependant depuis le début.


Doté d’une bourse de 20 millions de dollars qui sera remise à la technologie jugée la plus prometteuse pour régler ce problème, le ­Carbon X ­Prize, créé en 2015 par la ­COSIA, s’attaque à la question sous un autre angle. « ­Nous comptons réduire les émissions de ­CO2 en les transformant en divers matériaux qui seront à la fois utiles, abordables et durables », assure ­le Dr ­Marcius ­Extavour, qui supervise ce X ­Prize.


La solution au problème ? ­Faire du problème… la solution


Le printemps dernier, la Fondation X Prize, conjointement avec la ­COSIA et la société énergétique américaine ­NRG Energy, a dévoilé les dix projets qui lutteront pour cette bourse, qui sera octroyée au printemps 2020. « ­Ces projets sont des exemples étonnants d’une conversion du carbone qui transforme complètement notre relation avec ce dernier », poursuit le ­Dr ­Extavour. « ­La diversité de ces technologies est une vision inspirante d’une nouvelle économie du carbone. »


L’Alberta n’est pas la seule à vouloir transformer nos déchets en un nouvel or brun. En regroupant des gens d’affaires, des entrepreneurs et des chercheurs canadiens de divers horizons professionnels, l’Université d’Ottawa a créé l’Institut pour l’IntelliProspérité le printemps dernier. Anciennement connu comme l’Institut pour la ­Prospérité durable, l’organisme a revu son mandat afin de « mettre à profit les nouvelles idées pour accélérer la transition du Canada vers une économie plus forte et plus propre ».


Cet institut s’appuie sur une étude du ­Forum économique mondial, qui prévoit que le marché encore tout jeune des technologies propres atteindra une valeur de 2 500 milliards de dollars d’ici 5 ans, plus d’une fois et demie le ­PIB du Canada. « C’est maintenant que le Canada doit agir s’il compte prospérer », explique ­Dominic ­Barton, directeur général international de ­McKinsey & ­Company et membre de l’Institut ­IntelliProspérité. « ­Le Canada n’a jamais eu une telle occasion de se positionner comme leader mondial. »


Carburer au ­CO2 pour croître


Le Canada compte actuellement 55 000 emplois liés au secteur des technologies propres. C’est beaucoup, mais en même temps, c’est bien peu, car dans la plupart des cas, il s’agit de travailleurs de petites entreprises à un stade crucial de leur développement. C’est le cas de ­Carbon ­Engineering, une jeune pousse qui a mis au point un procédé qui récupère le gaz carbonique dans l’air, et le combine notamment à de l’hydrogène afin de produire du carburant pour les véhicules routiers et les avions.


Carbon ­Engineering est peu connue au Canada, mais elle a déjà attiré l’œil du richissime ­Bill ­Gates et d’autres investisseurs étrangers. Jean-François ­Béland, vice-président de ­Carbon ­Engineering, souhaiterait sans doute plus de reconnaissance au pays. « ­Nous sommes au bord de la ­vallée de la ­Mort », ­dit-il, pour illustrer son statut financier précaire.


Pour devenir une réussite commerciale, ­Carbon ­Engineering aura besoin des bons investissements rapidement. Un investissement qui fait défaut, actuellement, au pays. Le fédéral a accru de 2 G$ le budget d’organismes comme la ­Banque de développement du Canada plus tôt cette année, mais c’est bien peu, jugent les experts.


« ­Il faudra prendre des décisions axées sur le long terme pour attirer plus de capital privé pour faire croître des technologies propres canadiennes prêtes à se mesurer aux meneurs mondiaux. Car les concurrents du Canada s’organisent pour capter d’importantes parts du marché des technologies, des ressources et des produits propres. Nous devons suivre au même rythme et saisir cette occasion avant qu’elle ne nous échappe », résume l’Institut pour l’IntelliProspérité.


En un mot donc, il faut cesser de traiter le ­CO2 comme une émission polluante. Pour les entreprises du secteur des technologies propres, il s’agit plutôt d’une ressource vitale pour croître et assurer leur succès tant commercial qu’environnemental pour le siècle à venir.


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