La révolution du plastique

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Juillet 2018

La révolution du plastique

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Édition du 28 Juillet 2018

Par Alain McKenna

Un bateau de touristes naviguait à Bruges en juillet dernier près de la baleine de 12 mètres constituée entièrement de déchets de plastique retrouvés dans l’océan Pacifique. [Photo : Getty Images (baleine de plastique)]


On en trouve partout. L’océan en est rempli. La plupart des pays développés veulent en bannir l’usage. Mais qu’on le veuille ou non, le plastique existe sous tellement de formes différentes qu’il est là pour rester. Il existe toutefois des moyens d’en faire un matériau plus durable que jetable.


Au début juin, à l’occasion du sommet du ­G7 à ­Charlevoix, la plupart des chefs d’État espéraient signer une déclaration commune incitant leurs pays respectifs à passer au recyclage de 100 % des plastiques qu’ils consomment au plus tard en 2030. En fin de compte, le ­Japon et les ­États-Unis ont retiré leur appui à cette mesure, refusant de s’engager sur des chiffres fermes.


De plus en plus, le plastique, surtout celui à usage unique, est présenté comme l’ennemi public numéro un pour les cours d’eau, petits et grands, et pour la pollution terrestre. L’Union européenne s’inquiète tout particulièrement des rejets de plastique dans l’océan, qui menace l’écosystème marin tant du côté ­Pacifique que du côté ­Atlantique. L’UE veut bannir les bouteilles en plastique jetables d’ici 2025, alors que certains de ses membres, dont l’Angleterre, ont déjà décidé de bannir des articles plus polluants que réellement utiles, comme les pailles, aussi tôt que l’an prochain.


« Pour 100 kilos de plastique qu’on reçoit, on génère plus de 98 kilos d’un plastique “pur” qui peut être retourné dans la production des mêmes produits dont ils sont tirés», raconte Solenne ­Brouard ­Gaillot, fondatrice et ­PDG de ­Polystyvert.

Pourtant, ce ne sont pas les pays européens ni l’Amérique du ­Nord qui produisent le gros des déchets de plastique déversés dans l’océan. Selon les analyses indépendantes, les pays en développement sont responsables de 80 % de ces déchets. Chez nous, la question du plastique a ressurgi lorsque la ­Chine a annoncé qu’elle cessait d’accepter nos déchets sur son territoire.


Vers une économie circulaire du plastique...


Alors, que faire ? « ­On parle beaucoup de l’élimination du plastique à usage unique, mais c’est loin d’être le seul plastique en circulation. On ne pourra pas bannir tous les plastiques, mais on pourra les recycler », assure ­Solenne ­Brouard ­Gaillot, fondatrice et ­PDG de ­Polystyvert, une jeune entreprise montréalaise qui a mis au point un procédé de recyclage du polystyrène, un plastique parmi les plus difficiles à recycler. À l’aide d’un procédé à basse température très innovateur, ­Polystyvert peut non seulement recycler ce plastique à faible coût, mais elle le fait avec un tel degré d’efficacité qu’elle peut en assurer la réutilisation presque infinie !


« ­Pour 100 kilos de plastique qu’on reçoit, on génère plus de 98 kilos d’un plastique “pur” qui peut être retourné dans la production des mêmes produits dont ils sont tirés », ajoute ­Mme ­Brouard ­Gaillot. En d’autres mots, ­Polystyvert a trouvé le moyen de créer un modèle d’économie circulaire autour du polystyrène : qu’il s’agisse d’un gobelet de yogourt, d’une glacière à isolation thermique ou de souliers de course, il est donc possible d’en produire de nouveaux exemplaires à partir de vieux articles jetés avec une perte très minime.


Seul bémol : l’entreprise doit maintenant convaincre les administrations municipales au ­Québec, au ­Canada, et éventuellement en ­Chine et en ­Inde, d’inclure ce plastique dans le bac de recyclage. Ce qui n’est pas gagné d’avance… C’est pourquoi le site de démonstration que ­Polystyvert vient d’ouvrir dans l’arrondissement d’Anjou, ainsi qu’une nouvelle ronde de financement de 11 millions de dollars conclue au début de l’été, tombe à point. « ­L’Europe montre beaucoup d’intérêt, mais on voit aussi de belles occasions en ­Chine et dans les pays en développement, où on pourrait offrir sous licence notre technologie à des tiers. Nous sommes une ­start-up, notre spécialité est d’innover et de développer de nouvelles solutions. Il y a des entreprises qui sont mieux équipées que nous pour gérer les usines », explique la fondatrice.


... et un recyclage systématique 


Polystyvert n’est pas la seule entreprise au ­Québec à avoir développé une solution qui promet de recycler le polystyrène. Pyrowave est elle aussi spécialisée dans ce domaine. La méthode diffère, mais l’objectif est le même : réutiliser ad infinitum le même plastique afin d’en tirer une économie circulaire plus durable.


Pyrowave a déjà des ententes de partenariat aux ­États-Unis afin de démontrer que son procédé de pyrolyse par ­micro-ondes et reconversion vers le monomère, la substance de base permettant de créer des polymères (du plastique), est à la fois fonctionnel et abordable. La particularité de cette technique est qu’elle a été conçue de façon modulaire afin d’être intégrée simplement et rapidement aux centres de tri et de recyclage actuellement en service, peu importe où ils se trouvent. « ­On voit une volonté de l’industrie d’améliorer le cycle de vie de ses polymères », assure ­Jocelyn ­Doucet, ­PDG de ­Pyrowave.


Lui non plus ne croit pas à la disparition du plastique dans un horizon prévisible. « ­Nous croyons qu’il continuera d’être présent dans nos vies puisqu’il est à la source d’usages bénéfiques tout au long de sa vie utile. Mais il faut lui trouver une meilleure fin de cycle. C’est pourquoi nous pensons que le futur du plastique sera circulaire. »


C’est la révolution du plastique, quoi. Au propre comme au figuré.


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