L'industrie devra prendre le virage vert

Publié le 20/02/2010 à 00:00

L'industrie devra prendre le virage vert

Publié le 20/02/2010 à 00:00

Par Claudine Hébert

"Un événement carbo quoi ? Carboneutre ? " Tourisme Montréal avoue avoir été pris par surprise lorsque le comité du Meeting Professionnal International lui a demandé quelles étaient ses dispositions en matière d'événements carboneutres, c'est-à-dire qui compensent par l'achat de crédits de carbone les émissions polluantes émises par la tenue de l'événement. Ce regroupement international de planificateurs d'événements, qui étudiait sérieusement la candidature de Montréal pour la tenue de son méga congrès en 2007, souhaitait compenser ses émissions de GES.


" Un petit nombre de nos employés savait de quoi il s'agissait, mais nous avons compris qu'il fallait réagir vite. Il n'était pas question de perdre cet événement international de 3 700 délégués au profit d'une autre destination. Nous sommes donc passés à l'ère du carboneutre et nous avons remporté notre pari ", raconte Pierre Bellerose, vice-président aux relations publiques à Tourisme Montréal. Cette expérience a persuadé l'organisme que l'adoption de mesures éco-responsables devenait un impératif pour continuer à évoluer dans le marché du congrès et des événements.


Croissance de la demande


Ceci dit, la demande pour les événements carboneutres reste encore marginale. En revanche, plusieurs autres pratiques vertes (recyclage, compostage, achat local...), elles, sont de plus en plus recherchées par les organisateurs d'événements. Plusieurs font désormais partie des critères de sélection de nombreux organisateurs d'événements.


Le Centre de congrès de Saint-Hyacinthe et celui de Québec peuvent en témoigner. Leurs pratiques d'éco-gestion constituent des avantages solides face à leurs concurrents. " Un avantage qui nous a fait bénéficier d'une publicité nationale et internationale qui n'a pas de prix ", souligne Ann Cantin, directrice des communications au Centre des congrès de Québec.


L'Hôtel des Seigneurs et son centre de congrès décrochent 10 % d'événements annuels de plus grâce aux forfaits écolos qu'elle a mis en place il y a quatre ans. " L'établissement recrute même des clients qui ne venaient jamais à l'hôtel auparavant ", rapporte fièrement Bill Churma, directeur de l'établissement maskoutain.


Tourisme Sherbrooke commence, elle aussi, à récolter les retombées de son tournant vert. Son guide de fournisseurs éco-responsables, mis à la disposition des organisateurs, vient de lui permettre de décrocher un événement d'envergure nationale. Le congrès annuel de la fibrose kystique aura lieu en 2011.


Pression sociale et obligations réglementaires


Depuis janvier 2008, tous les organismes liés à l'administration publique gouvernementale sont assujettis à la Loi sur le développement durable au Québec. Ce que cela veut dire ? Qu'il s'agisse d'un congrès, d'une réunion, d'une formation... tout ce beau monde, y compris les sociétés d'État, doivent opter pour des établissements qui recyclent, compostent, se préoccupent de leur consommation d'énergie...


La machine gouvernementale n'est pas seule à agir ainsi. Les associations et les entreprises liés au secteur de l'environnement, tout comme les grandes organisations et les sociétés soucieuses de leur image, se montrent davantage pointilleuses sur le comportement éco-responsable des lieux où ils tiennent leurs rendez-vous d'affaires. " Depuis trois ans, au moins un congrès sur 10, de 1 000 participants et plus, est présenté sous une bannière éco-responsable ", soutient Marie-Claude Dubois, présidente de l'Association des bureaux de congrès du Québec (ABCQ), responsable du dossier environnement.


En somme, prendre le virage vert ne profite pas qu'à la planète et à ses habitants. Il fait vendre, constatent les précurseurs éco-responsables de l'industrie du congrès et événements d'affaires au Québec. Ceux qui veulent continuer de croire qu'un événement éco-responsable constitue une source d'ennuis, qu'il nuit à l'expérience du participant et surtout qu'il coûte plus cher à organiser risquent de sentir bientôt la soupe chaude.


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