Le coeur à l'ouvrage

Publié le 20/10/2012 à 00:00, mis à jour le 22/10/2012 à 13:56

Le coeur à l'ouvrage

Publié le 20/10/2012 à 00:00, mis à jour le 22/10/2012 à 13:56

Nahid Aboumansour n’est pas le genre de femme qui peut rester assise à la maison à ne rien faire. Cette architecte de formation travaille depuis l’âge de 18 ans.


Cette volonté de gagner sa vie ne l’a jamais quittée depuis qu’elle a laissé derrière elle son Liban d’origine pour venir s’installer au Québec avec son mari et ses trois enfants fin 1989. Même lorsqu’elle découvre que son diplôme n’est pas reconnu ici.


Alors qu’elle possédait son propre bureau d’architecte à Beyrouth et qu’elle enseignait à l’université, elle doit repartir de zéro. « J’ai appris le français, fait du bénévolat, visité des femmes âgées à leur domicile », raconte-t-elle.


Un jour, dans le métro, elle ouvre le journal. Elle y lit l’annonce d’un organisme communautaire à la recherche de bénévoles pour aider les familles immigrantes au sein d’un comptoir alimentaire du quartier Côte-des-Neiges, à Montréal. Elle décide de s’y engager.


« Une soixantaine de familles venaient chaque semaine, se souvient-elle. Comprendre leurs difficultés, leurs problèmes, qui me touchaient aussi, c’était très intéressant pour moi. »


C’est là qu’elle rencontre Sœur Denise Arsenault, une religieuse de Sainte-Croix aujourd’hui décédée. « Nous partagions la même philosophie : il ne faut pas habituer les gens à tendre la main tout le temps, mais les rendre autonomes financièrement afin qu’ils puissent gagner leur vie », dit-elle.


Rapidement, elle se rend compte que plus que de la nourriture et des sacs d’écoles, les femmes qu’elle croise veulent un travail afin de pouvoir retrouver leur dignité.


En 1995, la religieuse et l’architecte décident de fonder Petites-Mains, une entreprise d’insertion professionnelle spécialisée en couture industrielle qui œuvre auprès des femmes immigrantes. « Il y avait alors de grands besoins de main-d’œuvre dans ce domaine à Montréal », dit Nahid Aboumansour.


Un mois de loyer devant elles


Avec 600 $ en poche, offerts par la communauté religieuse de Sainte-Croix, les deux femmes louent un petit local dans le quartier. Elles ont juste assez d’argent pour payer le premier mois de loyer.


Au départ, ce sont six à sept femmes qui commencent à apprendre la couture, et pas grand monde qui croit à leur projet. « Nous y sommes allées avec notre conviction. Ce projet venait de nous, c’était notre idée, notre solution. Nous voulions que ces femmes puissent, après une période chez nous, aller sur le marché de travail. Leur donner cet espoir-là. »


En 1998, les efforts des deux femmes sont récompensés. Le Fonds de Lutte contre la pauvreté leur attribue 100 000 $ de subvention pour un an. Un montant qui les a « sauvées ».


Dix ans plus tard, c’est l’achat d’un immeuble de 30 000 pieds carrés, boulevard Saint-Laurent, dans le quartier Villeray. Le local abrite désormais un café-resto, un service de traiteur et un comptoir de vente. On y fabrique des vêtements de travail, des uniformes et des t-shirts associés à certains événements.


Aujourd’hui, Petites Mains forme chaque année environ 60 femmes en couture industrielle et accompagne 600 à 700 personnes dans leur parcours d’intégration. L’organisme bouillonne d’initiatives.


En plus de la formation aux métiers du textile, l’organisme offre des cours de français et un service de placement. Petites-Mains a aussi créé le projet À la découverte de nouveaux métiers, parrainé par le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, qui offre un parcours d'insertion sur mesure à de nouvelles arrivantes prestataires de l'aide sociale.


Une formule gagnante : l’entreprise d’insertion place entre 70 et 80 % de ses participantes.


La force de la volonté


Finalement, la force et le succès de Petites-Mains tiennent essentiellement à cela : deux femmes qui ont cru en d’autres femmes.


« Lorsque je commence quelque chose, je ne m’arrête pas avant d’avoir fini. Je ne suis pas le genre de personne à abandonner devant les obstacles. » Une volonté qui fait de Nahid Aboumansour un modèle inspirant de réussite pour toutes les femmes et qui lui a valu d’être lauréate dans la catégorie Femme d’influence des Prix Desjardins Entrepreneurs 2012.


« Chaque jour, je vois des femmes qui ont besoin de notre aide. Cela me donne le courage et l’énergie nécessaires pour continuer », dit-elle. Un des principaux défis : concilier son combat pour les femmes et les exigences de production inhérentes à toute entreprise. À l’instar de nombreuses PME, Petites-Mains répond à des appels d’offres. L’un de ses derniers contrats ? Une commande de 25 000 tee-shirts pour les pompiers de Montréal.


Grâce à cet équilibre nécessaire entre production et insertion, et à une formation qui répond aux exigences du marché, les femmes immigrantes trouvent des emplois stables chez les manufacturiers montréalais avec lesquels Petites Mains est partenaire, comme m0851, un fabricant de sacs et de manteaux en cuir de luxe.


Un partenariat, simple et efficace, qui a également donné de la force à l’entreprise d’insertion. Au départ, les manufacturiers ont aidé Petites-Mains à monter son plan de formation et lui ont fourni gratuitement des machines. En retour, ils disposent ainsi de main-d’œuvre pour combler leurs besoins.


Pas évident de faire recette dans un secteur d’activité aussi difficile que celui de la confection. « Au début, lorsqu’on parlait de notre projet, explique la directrice générale de Petites-Mains, on nous répondait : il n’y a pas de marché, c’est un secteur mou et saisonnier, vous ne réussirez pas. » Au fil du temps, elle est parvenue à faire taire les sceptiques.


Mais le combat n’est pas terminé. Malgré les défis - une liste d’attente de 200 femmes et des aides financières limitées - cette battante continue de lutter. « Certains pourraient le vivre comme une frustration. Moi, cela me donne envie d’aller plus loin. »


Activité de l’entreprise : Couture


Année de fondation : 1995


Siège social : Montréal


Effectifs : 23 employés

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