Les firmes de génie de nouveau optimistes

Offert par Les Affaires


Édition du 23 Septembre 2017

Les firmes de génie de nouveau optimistes

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Édition du 23 Septembre 2017

L’Association des firmes de ­génie-conseil du ­Québec constate une stabilisation du nombre d’emplois, déjà entamée en 2016. [Photo : Getty Images]

DOSSIER LES GRANDS DE L'INGÉNIERIE AU QC - Des grandes comme des petites voient dans le ­Québec une possibilité de développer leurs activités hors de leurs frontières. La consolidation de l’industrie suite au scandale de la corruption et le regain d’activité économique attirent les firmes de génie étrangères. Elles sont tout de même prudentes et arrivent souvent d’abord sur la pointe des pieds.


La britannique ­Arup, aujourd’hui présente dans le monde entier, a pris un pied à terre à ­Montréal en 2013. En plein scandale de la corruption dans le milieu du génie. Même pas peur : la décision était réfléchie. La firme testait le territoire depuis quelque temps. Elle est spécialisée dans le bâtiment, les infrastructures et les ­services-conseils. Ses projets préférés : « ­Ceux qui demandent de l’audace, pour lesquels les autres refusent parce que ça semble infaisable », dit fièrement ­Martin ­Landry, directeur du bureau de ­Montréal. Arup, c’est la société qui a fait la conception de l’opéra de ­Sydney, en ­Australie, et qui a aussi travaillé sur les plans du ­Centre ­Pompidou, à ­Paris.


Implantée au ­Canada depuis 2000, la société, qui compte 14 000 employés dans une quarantaine de pays et 92 bureaux, avait déjà fait quelques contrats au ­Québec avec son équipe de ­Toronto. Dans la ville reine, ­Arup s’est développée en acquérant une petite firme spécialisée dans le génie appliqué aux infrastructures aéroportuaires. Dès l’éclosion des premiers projets en partenariat ­public-privé au ­Québec, elle a dépêché des ingénieurs de ­Toronto dans la province. L’autoroute 25, l’autoroute 30, le pont ­Champlain, la participation au volet acoustique de la nouvelle salle de l’Orchestre symphonique de ­Montréal (OSM). Elle a multiplié ses participations à divers degrés à des projets au ­Québec. « Ça nous a permis de bien comprendre le fonctionnement du marché et de voir ce qui pourrait représenter un intérêt pour nous », explique le québécois ­Martin ­Landry.


Quand ­Arup a vu que la firme pouvait se développer au ­Québec, une équipe de quatre personnes a emménagé dans des bureaux loués. Mais très vite, des locaux plus grands ont été trouvés. Prochainement, ­Arup va encore déménager pour s’installer dans un lieu qui pourra accueillir les 35 employés actuels.


Complémentarités


Le chemin d’Arup pour trouver sa place au ­Québec est souvent celui suivi par les firmes étrangères intéressées par des marchés locaux. Souvent, les premiers pas se font en partenariat avec des firmes québécoises. Pour mieux connaître le marché mais aussi par obligation : un ingénieur doit être inscrit à l’Ordre des ingénieurs du ­Québec (OIQ) pour pouvoir pratiquer sa profession dans la province et signer des plans et autres papiers qui engagent sa responsabilité professionnelle.


SIAF, une firme de génie française de 10 employés, a mis les pieds au ­Québec en 2013. « C’est d’abord l’élan du cœur qui m’a amené ici », raconte ­Cédric ­Michel, ­PDG de ­SIAF. Le ­Lyonnais a découvert le ­centre-ville de ­Lac-Mégantic dévasté quelques semaines après l’explosion du train, lors d’un voyage professionnel. Il avait ­lui-même vu ses bureaux ravagés quelque temps plus tôt par un incendie. Il s’est alors impliqué dans l’équipe de reconstruction. Il est aujourd’hui le ­vice-président de ­Colibri, l’OBNL chargé de la réalisation du projet de reconstruction de la capitainerie de ­Lac-Mégantic. Parallèlement, ­SIAF, spécialisé dans les infrastructures avec une expertise environnementale poussée, a noué des partenariats avec des firmes de génie locales et a pu participer à des projets à ­Montréal et ­Québec. Il a aussi introduit ses partenaires sur le marché français, où les ingénieurs québécois peuvent travailler sans contrainte.


« Ça nous a pris quatre ans pour comprendre le marché et créer un réseau », affirme ­Cédric ­Michel. Il est actuellement en discussion avec un partenaire québécois. Son but ultime est de créer un bureau au ­Québec avec des ingénieurs locaux. « ­Je suis favorable à un modèle d’acculturation. Ce qui me motive, c’est le partage de cultures », confie ­Cédric ­Michel.


Apport en environnement notamment


Expertise poussée en ­Europe où les habitudes en la matière sont en avance sur le ­Québec, la gestion environnementale des projets est un marché de choix pour les firmes étrangères. Aquale, société belge de génie spécialisée dans la gestion environnementale dédiée à des industriels et à des collectivités et en géothermie, a aussi étudié le marché québécois de près. Elle a d’abord participé à des missions commerciales puis rencontré des firmes locales avec lesquelles « nous avons pu identifier de belles complémentarités », indique ­Vincent ­Dardenne, ingénieur hydrogéologue et responsable de projets chez ­Aquale.


Par exemple, dans le cadre du développement du projet de la cimenterie ­McInnis à ­Port-Daniel, la firme a développé un partenariat avec une société québécoise. ­Celle-ci était chargée des investigations de terrain tandis qu’Aquale assurait la modélisation mathématique de l’approfondissement de la fosse de la carrière. « ­Cette synergie s’est révélée gagnante/gagnante. C’est notre compétence pointue en modélisation mathématique qui a permis de nous démarquer des bureaux québécois », ajoute ­Vincent ­Dardenne.


Pourtant, ­Aquale n’a pas l’intention de s’installer au ­Québec. Elle préfère continuer à trouver des partenaires pour faire jouer sa complémentarité grâce à son expertise pointue.


Intérêt en hausse


L’environnement, les mines, l’industrie 4.0, les infrastructures, la ville intelligente, les secteurs dans lesquels les entreprises étrangères peuvent apporter leur expertise et voir un intérêt à se développer ici sont nombreux. Avec la reprise de l’activité dans plusieurs secteurs au ­Québec, le nombre de firmes étrangères intéressées par notre marché risque même d’augmenter.


D’ailleurs, des compagnies de génie locales sont parfois sollicitées pour faire apposer leur sceau afin de rendre leurs plans légaux puisque signés par des ingénieurs inscrits à l’OIQ. « ­Mais il y a là un risque de sceau de complaisance, lance un dirigeant de firme, qui souhaite rester anonyme. Nous refusons donc ces demandes mais comme elles augmentent, on est en train de réfléchir à des solutions –évidemment légales- pour transformer ça en opportunité en offrant, par exemple, un service plus complet aux compagnies étrangères. »


Régulièrement, des firmes étrangères posent leurs valises pour sonder le marché québécois. L’occasion de nouer des partenariats riches.


Top 25 des firmes d’ingénierie au Québec


 


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