Pourquoi le gestionnaire Dominique Bokor-Ingram aime l'Argentine

Offert par Les Affaires


Édition du 22 Avril 2017

Pourquoi le gestionnaire Dominique Bokor-Ingram aime l'Argentine

Offert par Les Affaires


Édition du 22 Avril 2017

Par Dominique Beauchamp

[Photo: 123rf]

N.D.LR. Leur appellation officielle est "marchés frontières", mais il s'agit en réalité des futurs marchés émergents. Des pays comme le Nigéria, les Philippines, le Vietnam, dont les économies ne se sont pas encore véritablement mises en route. Faut-il y investir? Comment y investir? Notre journaliste Dominique Beauchamp fait le point.


Les marchés frontières offrent un énorme potentiel, mais ne sont pas de tout repos et comportent des risques importants. Nous avons demandé à des experts comment les aborder, de même que leurs pays préférés.


Dominique Bokor-Ingram, gestionnaire chez Charlemagne Capital, filiale de Fiera Capital, Londres


Même s'il ne faut pas voir les marchés frontières comme un tout, ils ont certains mérites de placement en commun, affirme le gestionnaire.


Ces pays croissent à un rythme de plus de 5 %, comparativement à la cadence de 3 à 4 % des marchés émergents et à celle de 1 à 2 % des marchés développés. Ils évoluent aussi davantage en fonction de facteurs internes plutôt qu'en fonction des flots de capitaux, puisque les investisseurs étrangers ne détiennent que 5 % des marchés frontières. Cette proportion atteint 50 % pour les marchés émergents. Même au pire de la crise de 2008, le taux de corrélation entre les marchés frontières n'a jamais dépassé 70 %, assure M. Bokor-Ingram.


Cela dit, la dispersion entre les marchés est énorme. En 2016, par exemple, le Pakistan a explosé de 50 %, tandis que le Nigeria a plongé d'autant.


Le potentiel des réformes


M. Bokor-Ingram guette les réformes, car les pays qui libéralisent leur commerce, leur monnaie et leur marché des capitaux offrent le meilleur potentiel d'appréciation. Le processus est souvent laborieux et impopulaire, mais le pays et sa Bourse en récoltent tôt ou tard les fruits.


«Dans les pays où de vraies réformes politiques et économiques progressent, la performance des Bourses se colle à la croissance économique», explique le gestionnaire.


C'est pourquoi l'Argentine est un pays de prédilection pour le fonds qu'il gère depuis Londres pour des investisseurs européens.


Le nouveau gouvernement élu en novembre 2015 a rapidement instauré un train de réformes majeures qui renversent 12 ans de protectionnisme du couple Kirchner.


Après une récession majeure en 2016, l'Argentine pourrait croître de 3 % en 2017, estime le Fonds monétaire international.


«L'inflation et les taux sont encore extrêmement élevés, mais les entreprises locales sont bons en affaires et le gouvernement comprend bien les rouages du système financier», soutient-il.


Malgré un bond de 53 % depuis un an, la Bourse Merval de Buenos Aires n'a pas fini de s'apprécier, car elle est encore peu chèrement évaluée, soit de six à huit fois les bénéfices, estime le spécialiste des marchés émergents et frontières. Il possède en Argentine un producteur de sucre et des fournisseurs d'électricité qui devraient bénéficier de l'élimination des subventions qui déformaient le rendement financier de ces deux industries.


Le Pakistan s'est aussi réformé depuis la venue au pouvoir du premier gouvernement non militaire, en 2013. Le pays a rebâti ses réserves monétaires et a privatisé des sociétés d'État.


Sa Bourse n'est plus une aubaine et les attentes de croissance de profits sont élevées (20 %), mais ce qui compte, c'est la nouvelle trajectoire empruntée.


«Les réformes rapportent en même temps que son secteur manufacturier ravit des parts de marché à la Chine», dit-il.


Dans ce pays, M. Bokor-Ingram a porté son choix sur un cimentier, un producteur agricole et un fournisseur d'électricité.


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