L'exportation culturelle, nouveau tremplin des gens d'affaires

Publié le 28/05/2012 à 11:23, mis à jour le 06/06/2012 à 13:41

L'exportation culturelle, nouveau tremplin des gens d'affaires

Publié le 28/05/2012 à 11:23, mis à jour le 06/06/2012 à 13:41

Par Valérie Lesage
Le Cirque du Soleil est une puissante locomotive pour bien d'autres entreprises de création québécoises. Pour le spectacle du Super Bowl, visionné par 111 millions de téléspectateurs, le chorégraphe de Madonna a communiqué avec le Cirque, et c'est ce dernier qui a fait appel au génie multimédia de Moment Factory, qui s'était déjà illustrée avec Céline Dion et Arcade Fire.


«Depuis le Super Bowl et depuis notre participation le lendemain aux spectacles du rappeur Jay-Z à New York, le volume d'occasions qui se présentent à nous est sans précédent. Chaque semaine, de 15 à 20 projets nous sont offerts en provenance du monde entier», ajoute Éric Fournier, l'ancien vice-président du Cirque du Soleil qui est maintenant partenaire et producteur exécutif de Moment Factory.


Cinéma


Au cinéma, nos films d'auteur ne rapportent peut-être pas des dizaines de millions comme les films d'Hollywood ; la langue française reste une barrière, mais les succès répétés de nos cinéastes aux oscars, aux césars, aux génies, à Cannes et à d'autres festivals internationaux commencent à susciter un intérêt particulier. On surveille les Philippe Falardeau, Denis Villeneuve, Xavier Dolan et Jean-Marc Vallée.


«On sent un engouement, disent les producteurs d'Incendies Luc Déry et Kim McCraw, de Micro_Scope. Les gens du milieu demandent ce qui s'annonce, ils sont intéressés par la variété de ce qui sort. Depuis deux ou trois ans, autant de titres qui s'illustrent dans des festivals majeurs et qui sont vendus dans 20 à 25 pays à de vrais distributeurs, avec de vraies sorties en salles, c'est une performance exceptionnelle.»


La créativité de nos cinéastes stimule l'expertise de nos techniciens, dont le savoir-faire est de plus en plus recherché. Le Québec vient de connaître deux années records pour l'accueil de tournages étrangers. En 2011, c'étaient 3 650 emplois et 253 M$ en retombées directes, presque quatre fois plus qu'en 2009, et pour la première fois, le Québec dépassait l'Ontario.


«Pour promouvoir le savoir-faire québécois, je parle de la créativité québécoise. Le Cirque du Soleil, ce n'est pas que des acrobaties, c'est une expertise sur le plan de la mise en scène et de l'art du costume. Nous avons cela, et en plus, nous avons des films qui s'exportent, nous avons des firmes comme Moment Factory, nous avons le Festival de jazz. Séparément, c'est cute, mais dans son ensemble, tout cela reflète une grande créativité», juge Hans Fraikin, du Bureau du cinéma et de la télévision. Il souligne que Montréal, grâce à sa trentaine de sociétés de production d'effets visuels, dont plusieurs négocient avec Hollywood, est le septième centre en importance à l'échelle mondiale dans ce domaine et le troisième centre pour le jeu vidéo, qui a de plus en plus d'affinités avec le cinéma.


Une image de marque


L'exportation de notre culture remonte à Félix Leclerc. Depuis, le Québec a toujours eu des figures de proue ; pensons à Gilles Vigneault, aux cinéastes Gilles Carle et Denys Arcand, à Luc Plamondon et à Starmania, à LaLaLa Human Steps, à l'Orchestre symphonique de Montréal ou à Michel Tremblay. Mais l'effervescence des dernières années est sans précédent.


«En France, c'est presque un plus d'être québécois en ce moment, remarque le producteur Paul Dupont-Hébert, qui a été à l'origine des succès de Notre-Dame de Paris, Pascale Picard, The Lost Fingers et Gilles Vigneault. C'est devenu plus facile aujourd'hui de vendre nos artistes en France parce que les Roch Voisine et Isabelle Boulay ont enfoncé des portes. Maintenant, quand j'arrive avec un artiste québécois, on prend le temps de l'écouter.»


Paul Dupont-Hébert reconnaît d'emblée que le modèle québécois en matière culturelle a porté ses fruits. Car ce qui a permis l'éclosion et l'exportation des talents, c'est une offensive tous azimuts depuis la Révolution tranquille pour stimuler la création, la diffusion et l'édition. Sans Télé-Québec, Radio-Canada, la SODEC et le Conseil des arts et des lettres du Québec, on ne parlerait sans doute pas de la culture québécoise à l'étranger.


«Il y a eu une volonté des gouvernements d'investir dans la culture. Il en a fallu des ministres des Affaires culturelles qui ont bien compris le système ni privé ni entièrement public et qui ont soutenu les organismes. Maintenant que le système est bien établi, les vagues se succèdent et la culture s'est intégrée dans la société», estime François Macerola.


Non seulement elle est intégrée dans la société, mais l'industrie culturelle est en croissance et son apport dans l'économie du Québec, 10 milliards de dollars (4,1 % du PIB), est plus important que celui du secteur minier (1,6 % du PIB). Selon la SODEC, au Québec, 130 000 emplois dépendent de la culture, dont 70 % sont concentrés à Montréal. Et la culture ne rapporte pas qu'à ses créateurs et à ses diffuseurs, elle est aussi un atout important pour les milieux d'affaires.


«Je pense qu'elle crée un espace relationnel qui est bon pour l'économie, parce que les gens se disent que si nous sommes créatifs sur le plan culturel nous le serons dans d'autres secteurs. Notre économie repose sur les ressources naturelles, ça nous colle à la peau, mais aujourd'hui, nous voulons vendre des technologies, alors nous avons besoin de nos créateurs contemporains pour en rendre compte», soutient Simon Brault, président de Culture Montréal et auteur du livre Le facteur C. Il ajoute qu'une culture forte contribue aussi à attirer chez soi les travailleurs les plus éduqués, sensibles à l'aura d'une nation, à l'image de liberté et d'ouverture véhiculée par la culture québécoise.


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