Comment Trump et Clinton peuvent vous faire perdre de l'argent

Offert par Les Affaires


Édition du 01 Octobre 2016

Comment Trump et Clinton peuvent vous faire perdre de l'argent

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Édition du 01 Octobre 2016

Par Stéphane Rolland

[Photo : 123RF/Carsten Reisinger]

Les investisseurs de Wall Street souffrent de déprime électorale lorsqu'ils voient Donald Trump ou Hillary Clinton aux bulletins de nouvelles télévisés. Peu importe qui succédera à Barack Obama, le nouveau locataire de la Maison-Blanche fera vraisemblablement la promotion de politiques qui freineront la croissance des bénéfices des sociétés américaines - à un moment où les évaluations sont étirées et où la croissance reste modeste. Quels sont les risques ? Peut-il quand même y avoir des occasions ?


Le verdict semble approcher de l'unanimité : Hillary Clinton est la meilleure candidate - ou plutôt le moindre mal - pour les marchés boursiers. «Je pense que les investisseurs préféreraient une victoire de Hillary», commente en entrevue Sam Stoval, stratège pour les actions américaines chez S&P Global Market Intelligence, dont le bureau se trouve à quelques pas de la Bourse de New York. «Elle est plus connue, poursuit-il. Elle assurera une certaine continuité avec l'administration Obama. Il y aura moins de surprises avec elle. Avec Trump, disons que le propos est inquiétant lorsqu'il parle des partenaires commerciaux des États-Unis.»


Angelo Katsoras, analyste géopolitique à la Financière Banque Nationale, croit lui aussi que Mme Clinton est le meilleur choix d'un actionnaire. «Les politiques de Trump sont plus favorables à certains secteurs, nuance-t-il. Mais il sera beaucoup plus agressif dans son opposition au libre-échange. Une victoire de Trump rendrait les marchés très nerveux.»


L'incertitude que suscite le magnat immobilier républicain survient au moment où le marché haussier montre des signes d'essoufflement. L'évaluation de l'indice S&P 500 se trouve à un seuil supérieur à sa moyenne historique. «Si on adopte des politiques plus protectionnistes, les investisseurs se questionneront sur les conséquences que de telles orientations auront sur la croissance des bénéfices, analyse Pierre Trottier, gestionnaire de portefeuille pour les actions américaines chez l'Industrielle Alliance. Cela pourrait avoir un impact sur les ratios cours/bénéfice, soit le prix que les actionnaires sont prêts à payer.»


Pour cette raison, M. Trottier s'est protégé de ce risque en achetant des options de vente. Moyennant le prix d'achat, ce produit dérivé permettrait à M. Trottier de vendre ses actions à un prix déterminé si les marchés devaient baisser en dessous du prix d'exercice. Cette stratégie, qui peut être reproduite par un investisseur autonome, revient à payer une prime d'assurance pour son portefeuille.


Une victoire de Hillary Clinton est toutefois plus probable, juge M. Trottier. «Mais après le Brexit, on a vu que rien n'est impossible», nuance-t-il. Malgré l'incertitude, il ne veut pas passer à côté des dividendes versés par les grandes sociétés américaines. Au moment de l'entrevue, il estimait que la prime à payer pour se protéger était abordable dans un contexte de faible volatilité. Il est possible que vous ne puissiez pas conclure un aussi bon marché au moment où vous lirez ces lignes, car la volatilité a fait un grand retour sur les parquets.


«La moins pire»


Même si Donald Trump soulève plus d'inquiétudes, une présidence Clinton apporterait quelques nuages au-dessus des Bourses, d'après M. Katsoras. Celle qui a occupé les fonctions de secrétaire d'État durant le premier mandat d'Obama a promis qu'elle serait plus protectionniste que son patron. «Elle a aussi présenté des projets de réglementation plus sévères dans le secteur financier et celui de l'énergie», poursuit l'analyste.


La position de Hillary Clinton par rapport au libre-échange est ambiguë depuis des années. Son époux et ex-président des États-Unis, Bill Clinton, a fait adopter l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) avec le Canada et le Mexique en 1994. Durant les primaires démocrates de 2008, elle a critiqué l'accord signé par son mari. Le camp Obama l'accusait alors de revenir sur son appui, mais des biographes de la candidate avaient mentionné qu'elle avait fait connaître son opposition dans les coulisses du pouvoir pendant le mandat de son mari. En tant que secrétaire d'État, Mme Clinton a travaillé à l'élaboration de l'Accord de partenariat transpacifique (PTP) auquel elle s'objecte désormais.


Tout ça n'est-il que paroles en l'air pour séduire la faction syndicale de son parti ? Bien des observateurs de la scène politique pensent que c'est le cas, mais Angelo Katsoras ne voit pas les choses du même oeil. Selon lui, Mme Clinton s'adapte à un changement idéologique important au sein de la population américaine. Il cite un sondage effectué en mars par la chaîne économique CNBC qui démontrait que 43 % des Américains pensaient que le libre-échange a fait mal à leur pays, par rapport à 27 % qui croyaient le contraire. Un autre sondage effectué par Bloomberg montre que 65 % des Américains voudraient plus de restrictions sur les biens importés, comparativement à seulement 22 % qui souhaiteraient qu'il y en ait moins.


Ce désaveu du libre-échange se fait entendre, dans les rangs tant républicains que démocrates. «Peu importe qui remporte l'élection, l'opinion publique forcera le gouvernement américain à se montrer plus protectionniste», prévient l'analyste.


Pas sans mon Congrès


L'attention accordée au futur président ne doit pas éclipser le rôle fondamental que jouera le Congrès au cours du prochain mandat présidentiel. Le bras législatif du gouvernement aura un droit de vie ou de mort sur la plupart des promesses formulées. Les élus auront le loisir de bloquer ou de diluer les politiques proposées par la Maison-Blanche.


Ce contrepoids remet le risque politique en perspective, nuance Vasilios Tsimiklis, économiste chez Sectoral Asset Management, une firme de gestion de placements spécialisée dans le secteur de la santé. Il donne l'exemple de la réforme de la santé adoptée par Barack Obama. Même avec un congrès contrôlé par le Parti démocrate (pendant les deux premières années du mandat), il a dû faire des compromis afin de faire adopter l'«Obamacare». «Pour réformer le système de santé ou les politiques de prix des médicaments, vous devez obtenir l'appui du Congrès, dit-il. Autrement dit, il faut un soutien des membres des deux partis. Le président joue un rôle moins important. Dans le contexte politique actuel, il y a peu de chances qu'une grande réforme aboutisse.» Le commentaire de M. Tsimiklis concerne le secteur de la santé, mais il peut être transposé à d'autres risques réglementaires.


Même sans l'appui du Congrès, un président a toutefois une marge de manoeuvre pour faire avancer ses idées, ajoute Angelo Katsoras. Un président ne peut pas renégocier les ententes de libre-échange sans l'appui du Congrès, mais il peut prendre des mesures spécifiques «d'urgence» contre l'importation de biens et services, en particulier. Hillary Clinton pourrait également renforcer l'application de la réglementation existante. C'est vrai pour le secteur financier, notamment.


Les sondages s'orientent vers une victoire de la démocrate Hillary Clinton, mais les républicains devraient conserver la majorité des sièges à la Chambre des représentants. Le Sénat, pour sa part, semble à la portée des démocrates, mais la partie n'est pas jouée. Pour les marchés, ce serait le meilleur scénario, note M. Katsoras. Hillary Clinton est expérimentée et prévisible, mais une Chambre des représentants républicaine contrera ses politiques plus interventionnistes.


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