Courir après l'argent... ne mène nulle part!

Publié le 23/03/2018 à 06:06

Courir après l'argent... ne mène nulle part!

Publié le 23/03/2018 à 06:06

Une course qui débouche toujours sur une impasse... Photo: Boss

L'argent. Chacun de nous travaille pour en gagner. Et certains d'entre nous travaillent fort pour en empocher le plus possible, n'hésitant pas trop à changer le cap de leur carrière pour tirer profit des vents qui leur semblent les plus prometteurs en termes de fortune. Pas vrai?


La question saute aux yeux : est-il vraiment payant de courir ainsi après l'argent? Et ce, en particulier pour ceux qui s'attachent à courir plus vite que les autres dans l'espoir de décrocher des salaires de plus en plus gros?


Impossible à dire, pensez-vous sûrement. Eh bien, si tel est le cas, détrompez-vous. Car j'ai mis la main sur une étude passionnante à ce sujet, intitulée Superstar (and entrepreneurial) engineers in finance jobs et signée par : Nandini Gupta et Isaac Hacamo, tous deux professeurs de finance à l'École de commerce Kelley à Bloomington, en Indiana (États-Unis). Une étude qui montre qu'à force de ne penser qu'à l'argent, on finit immanquablement par... rater sa carrière. Regardons ça ensemble.


Les deux chercheurs ont noté un phénomène a priori curieux : ces derniers temps, le secteur de la finance avait tellement le vent dans les voiles que nombre de jeunes diplômés talentueux – tous domaines confondus – s'y ruaient; leur objectif était on ne peut plus évident : oeuvrer là où l'argent coulait à flots, dans l'idée de s'enrichir vite fait. Ils se sont intéressés à un cas en particulier, celui des ingénieurs. C'est que leurs compétences spécifiques (ex.: technologie de pointe, optimisation de système complexe, etc.) n'ont, à première vue, rien à voir avec les métiers de la finance (ex.: courtage, gestion de portefeuilles, etc.).


Ils ont considéré les 12 écoles les plus prestigieuses des États-Unis (ex.: MIT, Cornell, Carnegie Mellon, etc.) et ont scruté à la loupe la carrière de tous ceux qui en sont sortis diplômés en ingénierie entre 1998 et 2009. Le principe était simple : comparer la carrière de ceux qui avaient bel et bien utilisé leurs talents d'ingénieur dans le domaine de l'ingénierie à celle de ceux qui, eux, se sont lancés dans le domaine de la finance – entre 10 et 15% de l'ensemble des diplômés.


Résultats? Accrochez-vous bien :


> L'argent, rien que l'argent. Ceux qui ont commencé leur carrière dans la finance n'ont, pour la grande majorité d'entre eux, jamais utilisé leurs compétences spécifiques d'ingénieurs dans leur quotidien au travail. Leur job concernait exclusivement la finance, et rien d'autre (les talents d'un ingénieur peuvent être pertinents pour, par exemple, une banque qui souhaiterait fluidifier l'infrastructure de ses opérations; mais en l'occurence, les ingénieurs nouvellement recrutés travaillaient purement dans le domaine de la finance, en tant que courtiers et autres analystes). Autrement dit, seul leur salaire les intéressait.


> Surtout les majors de promotion. Une catégorie de jeunes diplômés s'est montrée plus sensible que les autres aux chants des sirènes de la finance : les majors de promotion, ceux qui sont considérés comme les étudiants les plus performants du point de vue des notes obtenues durant leur cursus universitaire. Autrement dit, les premiers de classe sont les plus portés à courir après l'argent, une fois leur diplôme obtenu.


> Une carrière sans relief. Ceux qui se vouent à la finance au lieu de l'ingénierie sont nettement moins susceptibles que les autres de lancer, un beau jour, leur propre entreprise. Et de manière plus générale, d'avoir à faire preuve de créativité et d'innovation durant leur carrière, alors que ce sont là des dimensions essentielles de l'épanouissement professionnel de ceux qui sont bel et bien devenus des ingénieurs. Autrement dit, ceux qui ont préféré courir après l'argent à la sortie de l'université ont eu, dès lors, une carrière plate, tandis que ceux qui ont usé au quotidien de leurs talents d'ingénieur ont évolué durant leur carrière de manière épanouissante, parfois-même jusqu'au point de créer leur petite entreprise.


Bref, courir après l'argent ne mène nulle part!


Ceux qui entrent d'emblée dans cette course-là après l'université empochent, certes, des salaires exceptionnels, pour ne pas dire mirobolants. Mais à un prix qui est carrément exorbitant : le sacrifice d'une carrière épanouissante; et ce, tout simplement parce qu'ils se privent d'exprimer et de cultiver leurs talents professionnels, voire personnels.


Maintenant, regardez autour de vous, pensez à vos connaissances qui affichent une carrière prestigieuse et souvenez-vous de cet ami qui, lors d'un party arrosé, s'est appuyé sur votre épaule pour vous confier qu'il s'ennuie à mourir au travail; qu'il peut, bien entendu, se payer ce qu'il veut, mais qu'il n'a plus envie de rien; qu'il a foutu en l'air sa vie professionnelle sans savoir pourquoi; etc. Je suis sûr que vous vous souvenez de cette scène on ne peut plus embarrassante, et que vous saisissez mieux à présent combien ses confessions étaient sincères. Si, si, sincères. Et donc, pathétiques.


À vous, donc, de choisir. Comptez-vous entrer dans la course à l'argent? Ou plutôt dans celle au talent? C'est un peu comme Néo lorsqu'il se doit de prendre la pilule bleue ou la pilule rouge. Il vous faut faire un choix, aujourd'hui-même si vous ne l'avez déjà fait. Car votre vie en dépend. Ni plus ni moins.


Que retenir de tout cela? Ceci, à mon avis:


> Qui entend avoir une carrière palpitante se doit de s'extraire de toute course à l'argent. Tout simplement parce que l'argent fait non pas le bonheur, mais le malheur professionnel. Il lui faut, donc, miser à fond sur l'expression et la culture de ses talents dans le cadre de son quotidien au travail. Car cela lui permettra d'évoluer, pour ne pas dire grandir, sur les plans professionnel et personnel; et ce, parfois-même jusqu'au point de voler de ses propres ailes.


En passant, le penseur américain Ralph Waldo Emerson aimait à dire : «L'argent coûte souvent trop cher».


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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