Comment être hyper productif pendant une heure?

Publié le 17/01/2018 à 06:06

Comment être hyper productif pendant une heure?

Publié le 17/01/2018 à 06:06

Le truc, c'est d'apprendre à faire respirer notre cerveau... Photo: DR

Qui d'entre nous n'a jamais rêvé de boucler le travail d'une matinée en une seule heure? Chacun de nous en a rêvé, bien sûr. Et c'est resté du domaine du rêve...


Or, il se trouve que j'ai une grande nouvelle à vous annoncer! Tenez-vous bien, il existe un moyen de vous montrer hyper productif au bureau durant une heure entière, oui, d'être plus efficace que jamais dans votre travail. Et le plus beau, c'est que ce moyen-là vous demandera... moins d'efforts que d'habitude!


J'ai déniché ce truc incroyable dans une étude intitulée Brief and rare mental "breaks" keep you focused: Deactivation and reactivation of task goals preempt vigilance decrements. Elle est signée par deux professeurs de psychologie: Atsunori Ariga, de l'Université d'Hiroshima (Japon); et Alejandro Lleras, de l'Université de l'Illinois à Urbana-Champaign (États-Unis). Regardons ça ensemble...


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Les deux chercheurs ont eu une drôle d'idée, qui prenait le contre-pied de tout ce qu'on croyait à propos du cerveau depuis des décennies: ils sont partis de l'hypothèse que la faculté d'attention du cerveau n'était pas, comme on l'a longtemps considéré, une sorte de pile électrique. Qu'est-ce à dire? Eh bien, ils se sont dit qu'on avait peut-être tort de voir notre capacité d'attention comme quelque chose de limité, qui se vidait à mesure qu'on s'en servait (comme une pile), allant même jusqu'à se vider complètement si on s'en servait trop longtemps d'affilée. Et donc, que si, vous comme moi, nous peinons tant à rester concentré sur une même tâche une heure durant –ce que chacun de nous a déjà vécu–, ça ne tenait pas au fait qu'on avait atteint le seuil limite de notre cerveau, mais à... autre chose.


À quoi donc, alors? Les deux chercheurs se sont dit qu'un phénomène particulier entrait peut-être en jeu à ce moment-là, un phénomène dénommé «l'effet Troxler». Celui-ci veut que lorsqu'on fixe son attention sur un point particulier de notre champ de vision, certains détails périphériques semblent disparaître après une assez courte période de temps.


Il s'agit là d'une illusion d'optique, qui est l'envers du mirage (vous savez, ces personnes perdues dans le désert qui, à force de scruter l'horizon, finissent par voir une oasis totalement fictive). Le principe est très simple : au lieu de voir ce qui n'existe pas, on occulte ce qui existe.


Faisons ensemble l'exercice suivant, histoire de bien saisir. Tout d'abord, gardez la tête droite et ne la bougez plus d'un poil. Ensuite, tournez les yeux complètement à droite et fixez un objet qui se trouve à l'extrémité droite de votre champ de vision (ne tournez surtout pas la tête pour mieux le voir, restez la tête rigide, même si c'est un peu inconfortable!). Fixez cet objet durant une poignée de secondes, puis réalisez la chose étrange suivante : ce qui était pile au milieu de votre champ de vision (autrement dit, ce qui était pile en face de vous avant de tourner les yeux complètement à droit) vient... de disparaître! Et il vous faudra remettre vos yeux en position normale pour remettre les détails visuels à leur place.


Que vient-il de se produire? C'est très simple, notre cerveau ne cesse de trier les informations utiles des informations inutiles. C'est plus fort que lui, il fait tout le temps ce travail, pour ne traiter que ce qui est a priori pertinent. D'où la disparition de notre champ visuel d'informations jugées inutiles; l'effet Troxler soulage notre cerveau de l'inutile pour lui permettre d'être plus efficace dans son traitement de l'utile.


Revenons maintenant à nos deux chercheurs. Ils se sont dit que notre attention ne diminuait peut-être pas (comme une pile), mais plutôt que notre cerveau voyait de moins en moins la pertinence de se concentrer sur une seule et même tâche au fur et à mesure que le temps passait. Autrement dit, à force de ne traiter qu'une seule tâche des dizaines de minutes durant, notre cerveau finit par se lasser, et même par effacer le travail effectué : impossible dès lors de nous concentrer, on a l'impression de pédaler dans la semoule, de perdre notre temps.


Hypothèse fascinante, n'est-ce pas? Pour la vérifier, MM. Ariga et Lleras ont demandé à 84 personnes volontaires de remplir une tâche répétitive et exigeante sur un ordinateur pendant 50 minutes. À leur insu, les participants avaient placé dans des conditions différentes:


– Aucune pause. Une partie d'entre eux devaient travailler tout ce temps-là sans aucune interruption;


– Deux mini-pauses à intervalles réguliers. Une autre partie devait mémoriser un code à quatre chiffres et, lorsque celui-ci apparaissait sans prévenir dans un coin supérieur de l'écran, s'arrêter de travailler pendant quelques secondes (dans les faits, le code en question apparaissait deux fois, à intervalles réguliers);


– Des mini-pauses possibles, mais qui ne se produisent pas. Enfin, une autre partie devait mémoriser le même code et s'arrêter de travailler lorsque celui-ci apparaîtrait, mais il se trouve que le code en question n'apparaissait jamais durant le temps de l'expérience.


Résultats? Un seul groupe a vu son attention demeurer aussi élevée au début qu'à la fin de l'exercice, le deuxième, c'est-à-dire celui qui a pu effectuer deux mini-pauses à intervalles réguliers.


«Aussi incroyable que ça puisse paraître, les participants de ce groupe-là n'a pas vu sa capacité d'attention diminuer au fil du temps, contrairement aux autres. Ce qui montre bien que le sabotage de l'attention provient non pas du fait que le cerveau aurait une capacité limitée d'attention, mais bel et bien du fait qu'il finit par décrocher à ne faire qu'une seule et même tâche durant une longue période de temps», notent les auteurs de l'étude.


Et d'ajouter : «D'où notre recommandation de décrocher mentalement de temps à autre avant de se replonger peu après dans notre travail, si l'on entend travailler longtemps et efficacement sur une même tâche (plancher sur un examen de fin d'année, remplir ses formulaires d'impôts, etc.). L'idée consiste dès lors à s'imposer soi-même de petites interruptions. Car cela permet vraiment de rester concentré dans la durée», disent-ils.


Que retenir de tout ça? Ceci, à mon avis:


> Qui entend être hyper productif pendant une heure se doit d'effectuer deux mini-pauses à intervalles réguliers. Il lui faut s'imposer cette discipline, car celle-ci permet à son cerveau de respirer un peu avant de se remettre à la tâche. À noter qu'à partir du moment où ce truc devient une habitude, il est possible de devenir ainsi hyper productif durant toute une matinée ou toute une après-midi. À noter également que cette astuce peut permettre d'effectuer des réunions d'équipe plus efficaces qu'à l'habitude : ce sont alors les cerveaux de tout le monde qui peuvent respirer avant de poursuivre leur travail commun.


En passant, l'écrivain français Jules Renard a noté dans son Journal : «De temps en temps se retirer de ce qu'on fait, et gagner quelque hauteur pour respirer et dominer».


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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