Comment conquérir le bonheur au travail?

Publié le 15/08/2017 à 06:32

Comment conquérir le bonheur au travail?

Publié le 15/08/2017 à 06:32

Une recette aussi simple qu'efficace... Photo: DR

Connaissez-vous Bertrand Russell? Est-ce là un nom que vous avez déjà entendu, sans trop savoir de qui il s’agit au juste? Permettez-moi alors de vous rafraîchir la mémoire…


Bertrand Russell est un philosophe et logicien britannique qui a reçu en 1950 le Prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son oeuvre. Et il est l’auteur notamment d’un livre remarquable, La Conquête du bonheur (The Conquest of Happiness, Londres, Allen & Unwin, 1930), dont il parle ainsi dans sa préface :


«Le seul mérite que je revendique pour les formules offertes ici au lecteur réside dans le fait qu’elles sont confirmées par ma propre expérience et par mes propres observations, et qu’elles ont enrichi mon bonheur toutes les fois où j’ai agi en accord avec elles.»


Autrement dit, il ne s’agit pas, dans le cas présent, de simples réflexions philosophiques sur le bonheur, mais bel et bien de conseils pratiques visant à permettre à chacun d’être un peu plus heureux dans sa vie.


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Vous me connaissez, dès que j’ai déniché cet ouvrage dans une librairie de livres d’occasion, je me suis précipité sur la table de matière, et j’ai trouvé ce que j’espérais : le 14e chapitre était consacré au travail…


Voici, donc, pour vous, la substantifique moelle de ce chapitre-là, dans l’espoir qu’elle vous permettra de trouver - enfin - le bonheur au travail:


«(...) Deux éléments importants rendent un travail intéressant : tout d’abord le déploiement de l’adresse et ensuite l’effort de construction.


«Dans beaucoup de cas, le travail procure un plaisir semblable à celui découle des jeux d’adresse. Je pense que le travail d’un avocat ou d’un politicien présente, sous une forme plus agréable, de nombreux éléments du plaisir qu’on retire du bridge : ici, nous trouvons non seulement le déploiement de l’adresse, mais aussi le plaisir de déjouer les menées d’un adversaire adroit. Et même lorsque l’élément de compétition est absent, l’accomplissement d’exploits est agréable. D’ailleurs, un homme qui peut faire des acrobaties en vol trouve ce plaisir si grand que, pour ces acrobaties, il sera prêt à risquer sa vie.


«Je pense également qu’un chirurgien compétent, en dépit des circonstances pénibles dans lesquelles se fait son travail, retire de la satisfaction de la précision extrême de ses opérations. Le même plaisir, quoique moins intense, peut souvent être retiré d’un travail plus humble. J’ai même entendu parler de plombiers qui aimaient leur travail, quoique je n’aie jamais eu la chance d’en rencontrer un…


«Tout travail spécialisé peut être une source de plaisirs, à condition que l’adresse exigée soit variable ou propice au perfectionnement. En l’absence de ces conditions, si un homme a atteint la limite de son adresse, le travail cessera d’être intéressant. (...) Fort heureusement, on rencontre souvent un travail où de nouvelles évolutions exigent une nouvelle forme d’adresse, et un homme peut ainsi sans cesse se perfectionner, tout au moins jusqu’à ce qu’il ait atteint l’âge mûr. (...)


«Il existe un autre élément de bonheur au travail, qui est une source de bonheur encore plus importante que le déploiement de l’adresse : l’élément constructif. C’est qu’il est fréquent de voir un travail où l’on construit quelque chose qui reste, à l’image d’un monument. Un travail où l’on part d’un désordre relatif et où l’on arrive à un résultat final parfaitement ordonné; un travail, donc, qui comporte un but.


«Ce critère s’applique, dans le sens le plus propre et le plus manifeste, à la construction d’un bâtiment. Un plan établi à l’avance est alors exécuté pour durer. (...) Une fois achevée, l’oeuvre de construction procure du plaisir à ceux qui la contemplent et, au premier chef, ceux qui en sont les bâtisseurs. Il faut savoir, à ce sujet, que les intentions les plus susceptibles d’apporter de la satisfaction sont celles qui mènent indéfiniment d’un succès à un autre, sans jamais arriver au point mort; et, à cet égard, on constatera que la construction est une plus grande source de bonheur que la destruction. Peut-être serait-il plus correct de dire que ceux qui trouvent de la satisfaction dans la construction en retirent plus de joie que les fervents de la destruction n’en retirent de la destruction. Car, lorsqu’on est rempli de haine, on ne peut retirer autant de joie que quelqu’un qui, lui, est rempli d’idées positives. (...)


«La satisfaction que l’on retire du succès dans une grande oeuvre constructive est une des plus considérables que la vie puisse offrir. (...) Cette satisfaction se présente sous de nombreux aspects:


L’homme qui, grâce à un projet d’irrigation, a réussi à faire du désert un champ de fleurs, retire un plaisir tout à fait tangible.


La création d’une organisation peut être un travail de grande importance. Et il en est de même de l’oeuvre des hommes d’État qui ont consacré leur vie à la tâche de tirer l’ordre du chaos. (...)


«A contrario, un des facteurs qui, de nos jours, rendent les intellectuels si malheureux est le fait qu’un grand nombre ne trouvent pas d’occasions d’exercer librement leur talent et doivent louer leurs services à de riches entreprises dirigées par des Philistins qui les obligent à produire ce qu’ils regardent eux-mêmes comme des sottises nuisibles. D’ailleurs, si vous demandez à des journalistes s’ils croient à l’orientation politique du journal pour lequel ils travaillent, vous verrez, je pense, que seulement une minorité y croit, les autres, dans l’obligation de gagner leur vie, prostituent leur talent pour servir des buts qu’ils croient être nuisibles. Un tel travail ne peut procurer une satisfaction réelle, et en s’habituant à ce travail insincère, l’homme devient si cynique qu’il ne peut plus retirer une satisfaction sincère de quoique ce soit.


«Je ne puis condamner ceux qui agissent de la sorte, mais je pense que si un homme a l’occasion de faire un travail qui satisfasse ses tendances constructive sans qu’il vive dans la misère totale, il ferait mieux, dans son propre intérêt, de choisir ce travail au lieu d’un autre mieux rémunéré mais qui ne lui semblerait pas digne d’être fait. Sans l’estime de soi-même, un bonheur sincère est rarement possible. Et celui qui est honteux de son travail peut difficilement s’estimer.


«La satisfaction retirée d’un travail constructif, quoiqu’elle soit peut-être dans l’état actuel des choses le privilège d’une minorité, peut cependant devenir le privilège d’une très grande minorité. Tout homme qui est son propre maître dans son travail le sait; et il en est de même pour tout homme dont le travail lui apparaît utile et exige une adresse considérable. (...)


«Les êtres humains diffèrent profondément entre eux en ce qui concerne la tendance à regarder leur vie comme un tout. Certains le font spontanément, et ils considèrent qu’il est essentiel au bonheur de pouvoir travailler avec satisfaction. Pour d’autres, la vie n’est qu’une série d’accidents, sans lien, sans mouvement dirigé et sans unité. Je pense que les premiers auront plus de chances d’atteindre le bonheur que les derniers puisqu’ils vont graduellement construire les circonstances dont ils peuvent retirer la satisfaction et l’estime d’eux-mêmes, alors que les autres seront ballotés çà et là, au gré du vent, sans jamais arriver au port.


«L’habitude de considérer la vie comme un tout est indispensable à la sagesse et à la vraie morale; et c’est d’ailleurs une des choses qui devraient être encouragées par l’éducation. Des desseins cohérents ne suffisent pas à rendre une vie heureuse, mais ils constituent une condition presque indispensable à une vie heureuse. Et un but cohérent se réalise surtout par le travail.»


Voilà. Telle est la vision de Bertrand Russell du bonheur que l’on peut trouver au travail. En résumé, deux ingrédients sont essentiels : la capacité de déployer les talents qui nous sont propres ainsi que le sentiment de faire oeuvre utile. Et à partir du moment où ces deux ingrédients-là figurent dans notre quotidien, on retire nécessairement de la satisfaction dans ce que l’on fait, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois; ce qui se traduire par des vagues de bonheur sans cesse renouvelées sur lesquelles nous nous amusons à surfer avec adresse. C’est aussi simple que ça.


Que retenir, par conséquent, de tout cela? Ceci, à mon avis:


> Qui entend conquérir le bonheur au travail se doit de faire sienne la lumineuse recette de Bertrand Russell. Il lui faut veiller à la présence constante de deux éléments dans son quotidien au travail : d’une part, la capacité de déployer ses talents propres; et d’autre part, le sentiment de faire oeuvre utile. Car c’est en mettant ses compétences au service d’une oeuvre constructive qu’il ressentira une satisfaction sans fin dans son travail.


En passant, une dernière citation de Bertrand Russell : «L’un des symptômes d’une proche dépression nerveuse est le fait de croire que le travail qu’on effectue est terriblement important».


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À propos de ce blogue

EN TËTE est le blogue management d'Olivier Schmouker. Sa mission : aider chacun à s'épanouir dans son travail. Olivier Schmouker est chroniqueur pour le journal Les affaires, conférencier et auteur du bestseller «Le Cheval et l'Äne au bureau» (Éd. Transcontinental), qui montre comment combiner plaisir et performance au travail. Il a été le rédacteur en chef du magazine Premium, la référence au management au Québec.

Olivier Schmouker

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