Vers où s'en va maintenant La Presse?

Publié le 24/11/2016 à 20:00

Vers où s'en va maintenant La Presse?

Publié le 24/11/2016 à 20:00

Quelle est la situation à La Presse et vers où s'en va-t-elle maintenant?


La question est dans l'esprit de plusieurs. Particulièrement avec la refonte de la structure de direction annoncée jeudi. Guy Crevier, qui était président et éditeur du quotidien, cède le chapeau de président à Pierre-Elliott Levasseur, qui était chef de l'exploitation. Monsieur Crevier conserve cependant son rôle d'éditeur. En plus clair, il se retire des opérations pour davantage se consacrer au développement stratégique de l'organisation. Il siègera maintenant au conseil d'administration de l'entreprise (Square Victoria) à titre de vice-président.


En rafale, quelques éléments de la discussion que l'on a pu avoir en fin d'après-midi avec les deux dirigeants pour tenter d'obtenir un peu plus de lumière sur l'évolution du plan d'affaires.


Qui est Pierre-Elliott Levasseur?


Il est loin d'être un nouveau venu. Il occupait depuis février 2015 le poste de chef de l'exploitation de La Presse et est en bonne partie lui aussi responsable des avancées de La Presse +.


Spécialisé en finances, il a étudié à Harvard, et a, pour l'essentiel de sa carrière, travaillé chez Power Corp. D'abord à titre d'analyste, mais il a assez rapidement grimpé les échelons et dirigés quelques transactions et projets. Selon l'organigramme, Guy Crevier donnait auparavant les grandes orientations et il veillait à leur exécution. Mais le rôle de monsieur Levasseur semble avoir été encore plus important que cela. Il était présent à toutes les rencontres du conseil d'administration de Square Victoria, la société mère de La Presse.


On notera que c'est en toute apparence l'homme de confiance de la famille Desmarais. Il porte le prénom d'un ancien premier ministre du Canada "parce que mon père aimait la politique", a-t-il rigolé. Il est aussi le cousin de France Chrétien Desmarais, qui est l'épouse d'André Desmarais et la fille de Jean Chrétien.


La Presse + est-elle rentable?


Il s'est dit beaucoup de choses ces derniers mois à ce sujet.


Les résultats semblent supérieurs à ce qui était prévu au plan d'affaires initial sur à peu près tous les repères. L'objectif était par exemple d'avoir 240 000 ouvertures d'application par jour à maturité, le chiffre est aujourd'hui de 260 000. Et la tendance est bonne. En octobre, raconte monsieur Crevier, à chaque jour il s'est en moyenne ajouté 428 tablettes (428+ 428+428…). Le temps de consultation est sur l'objectif avec une quarantaine de minutes en semaine et une cinquantaine en fin de semaine. Les grands annonceurs papier ont, pour la très grande majorité, migré vers le numérique. Et 63% du lectorat a entre 25 et 54 ans, ce qui permet à La Presse + d'avoir un CPM (coût de la publicité par 1000 affichages) supérieur à celui qu'elle avait du temps où elle était papier.


Malgré cela, La Presse + n'est pas encore rentable. Même en sortant du calcul les charges anciennes qu'elle traîne comme les déficits des régimes de retraite. Monsieur Crevier a cependant indiqué que "sur une base d'exploitation, on n'est vraiment pas loin, il ne faut qu'un petit pas à faire".


À noter que l'éditeur soutient que le quotidien numérique affiche aujourd'hui une meilleure performance financière que celle qu'affichait La Presse papier en 2012.


Et à la table des négos?


La Presse est en renouvellement de convention collective.


Sujet délicat que celui-là, sur lequel messieurs Crevier et Levasseur se sont montrés très prudents en louangeant les salariés pour leur collaboration passée et actuelle.


L'effectif a récemment été réduit avec quelques mises à pied dans les activités de vidéo.


La direction est réputée vouloir réduire ses coûts. Le chiffre recherché qui est venu à nos oreilles est de l'ordre de 1,8 M$. On n'a cependant pas de confirmation sur celui-ci, et les récentes coupes peuvent avoir diminué sa hauteur.


À la question "est-ce que cette négociation permettra d'atteindre la rentabilité?", il n'y a pas vraiment eu de réponse précise, mais on est resté sur l'impression que, non, même avec les gains recherchés, la situation demeurerait déficitaire, pour un temps du moins.


Monsieur Crevier a davantage parlé d'un ajustement nécessaire pour aller chercher de l'efficacité. Les méthodes de travail à La Presse sont en partie toujours celles qui avaient cours à l'époque du papier. Or, on est aujourd'hui à l'ère numérique. L'actionnaire a aussi beaucoup investi (40 M$ dans le développement de l'application, sans compter les pertes d'exploitation, qui ont été élevées). Maintenant que la maturité est atteinte et la transition effectuée, la décision semble avoir été prise de stabiliser la situation financière. L'entretien est demeuré flou sur ce point.


L'avenir passe-t-il toujours par La Presse +?


Échange fort intéressant avec monsieur Crevier ici. Une statistique qu'il a lancée nous a fait sursauter. Sur le mobile, seulement 2% de la consommation de contenus serait associée à de la nouvelle. Vous avez bien lu, 2%.


Tout s'en va vers le mobile, la publicité aussi. Le chiffre illustre bien à quel point les options pour un annonceur sont aujourd'hui nombreuses et toute la pression qui s'exerce conséquemment sur les tarifs publicitaires. La Presse a beau avoir un meilleur CPM qu'à l'époque du journal papier, rien ne garantit que la situation se maintiendra.


L'éditeur en semble conscient, et ce n'est pas parce qu'il se retire des opérations courantes qu'il demeurera oisif. Il veut développer de nouveaux axes de croissance.


Il a été question du maintien de la qualité journalistique et de la force des contenus à La Presse +, mais, il n'est pas clairement ressorti que les prochains projets seraient de nature journalistique.


Nous avons réussi à mettre en place un média de masse numérique, a en résumé dit Guy Crevier, et nous avons aussi de l'intelligence liée à cette plateforme. Une intelligence de profils qui permet d'évaluer des intérêts et des marchés accessoires. Il n'a pas voulu fournir d'indications sur le type de projets qu'il a à l'esprit, mais a finalement donner en exemple "les événements du Journal Les Affaires, qui sont une belle réussite". C'est effectivement une activité que TC Média a développée et qui fonctionne. Elle consiste à utiliser la crédibilité du journal pour organiser des événements de formation sur différentes thématiques qui touchent le monde du travail et des affaires. La participation à ces événements est bien entendu tarifée et ils sont parfois aussi commandités.


En conclusion?


L'annonce de jeudi a fait un certain bruit dans les médias. Elle marque bien évidemment un changement de garde progressif à la tête de La Presse. Mais elle permet également de constater que la direction pense maintenant au-delà de La Presse +.


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À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot
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