Berkshire Hathaway pourrait-elle s'intéresser à Air Canada?

Offert par Les Affaires


Édition du 26 Novembre 2016

Berkshire Hathaway pourrait-elle s'intéresser à Air Canada?

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Édition du 26 Novembre 2016

[Photo : Bloomberg]

Avez-vous vu la nouvelle? Berkshire Hathaway(NY., BRK.B) a pris position dans les quatre principaux transporteurs aériens aux États-Unis. Plusieurs ont dû tomber de leur chaise, à commencer par les intervenants de la ligne 1-800-détresse de Warren Buffett.


À plusieurs reprises dans le passé, l'Oracle s'est fait demander ce qu'il pensait d'un investissement dans le secteur aérien. La réponse la plus savoureuse est tirée d'une entrevue accordée au Telegraph de Londres, en 2002 : «J'ai un numéro 1-800 que j'appelle lorsque l'envie me prend d'acheter un titre aérien. Je téléphone à deux heures du matin et je leur dis :mon nom est Warren et je suis un aéroholique.»


Buffett est un amateur d'avions. Dans les premières années de Berkshire Hathaway, il n'avait pu résister à l'envie d'acheter un jet privé. Devant les remontrances de Charlie Munger, son comparse, qui continuait à voyager en classe économique, il avait baptisé l'appareil... l'Injustifiable !


Il allait quelques années plus tard se laisser tenter par plus gros : US Air. La société aérienne était menacée d'une prise de contrôle, et Berkshire accepta de prendre une participation en dette, convertible en actions, qui équivalait à 12 % du capital.


Cela a été l'une des pires décisions de sa carrière. À un certain moment, tout l'investissement a été radié, puis récupéré par un coup de chance. «Plus jamais», a été alors la décision du Sage d'Omaha. Il venait de constater de visu un certain nombre de faits : le secteur aérien en est un où les coûts fixes sont énormes, où on retrouve de puissants syndicats, et où les prix sont comme ceux des commodités. Qui plus est, malgré un historique rempli d'échecs, il continue régulièrement d'y venir de nouveaux capitaux et acteurs. Bref, si elle est socialement utile à celui qui a réussi en investissement, l'industrie aérienne n'est pas celle qui lui a permis de réussir.


Pourquoi Buffett a-t-il pris des participations dans American Airlines, Delta, United et Southwest dans ce cas? Intéressante question.


Premier scénario. La décision ne vient pas de lui, mais plutôt des nouveaux gestionnaires chez Berkshire. Elle est purement opportuniste, et les positions seront liquidées dans un avenir plus ou moins rapproché. En juin, les cours des transporteurs aériens ont en effet reculé de 30 % (par rapport au début de l'année), face à la remontée du pétrole et à la menace du Brexit. C'était une belle occasion à saisir pour qui ne croyait pas au retour du pétrole. On soupçonne que les titres ont été achetés à cette période. Depuis, le cours des actions est pas mal revenu au point de départ et est remonté de près de 40 %.


Deuxième scénario. Buffett et son équipe arrivent à la conclusion que la donne a changé et qu'avec la consolidation des sociétés aériennes ces dernières années, la concurrence est maintenant adéquate, la capacité de tarifer est meilleure, et les barrières à l'entrée, supérieures.


Lequel des scénarios est le bon ?


Si le premier scénario est celui qui prévaut, les actionnaires de Berkshire devraient commencer à s'interroger sur l'après-Buffett : le patron n'est pas parti que la culture d'investissement semble déjà prendre une orientation plus spéculative.


Si le deuxième scénario est le bon, alors c'est différent. À voir le travail que mènent des sociétés comme Transat pour rester à flot et le nombre de nouveaux arrivants (NewLeaf) ou projets de nouveaux arrivants (Canada Jetlines et Enerjet), la concurrence ne semble pas diminuer dans l'industrie aérienne. Mais peut-être que Berkshire a conclu que, dans un marché qui s'internationalise, les gros tasseront les petits quand il le faudra et qu'ils ne se feront pas trop la guerre entre eux.


Air Canada (AC, 13,74 $) a-t-elle pu intéresser Berkshire?


Que ce soit dans un but spéculatif ou fondamental, la question nous est venue à l'esprit. Après tout, le titre a aussi chuté en juin. Peut-être. Mais c'est douteux. Parce que la loi sur la propriété est assez limitative.


Même s'il est projeté de hausser le seuil à 49 %, la participation étrangère dans Air Canada ne peut actuellement dépasser 25 %. C'est limitatif si notre approche est fondamentale et qu'on songe dans l'avenir à ajouter des positions. Ça peut aussi l'être si l'investissement est de nature spéculative, en ce sens que la profondeur de marché est incertaine (pour accumuler ou liquider le titre).


L'investisseur canadien devrait-il se laisser tenter?


Dans la foulée de ce que fait Berkshire aux États-Unis, l'investisseur canadien devrait-il s'intéresser au titre d'Air Canada ?


En janvier, alors que l'action cotait autour de 7-8 $, nous avions écrit sur la société. À l'époque, les analystes étaient partagés. Certains la voyaient tomber sous les 7 $. D'autres, monter à 14 $. Un analyste la voyait même à 22 $. La conclusion avait été la suivante : «Au niveau actuel, le risque de recul n'est pas absent, mais l'ampleur de ce recul semble limitée. Il serait étonnant que le titre du transporteur double dans la prochaine année, mais il pourrait bien y avoir ici un rapport risque/rendement intéressant».


Le titre était aguichant. L'action a depuis doublé. Voyons voir maintenant.


Cameron Doerksen, de Financière Banque Nationale, indique que, historiquement, le titre s'est négocié entre 4 et 5 fois le bénéfice avant intérêts, impôts, amortissement et location (BAIIAL). Le cours est actuellement d'environ 3,9 fois le BAIIAL prévu en 2016.


Il est vrai que le plan d'expansion du transporteur connaît une réussite. Essentiellement, cette croissance est axée sur l'international, grâce au positionnement avantageux des aéroports de Toronto et de Vancouver.


Le jour même où Berkshire dévoilait ses positions, Moody's décotait toutefois le secteur aérien. La maison estime que l'ajout de capacité à la flotte aérienne mondiale dépassera l'ajout de demande en 2017. En d'autres mots, les prix et la rentabilité pourraient reculer.


Le titre n'est pas cher, mais le rapport risque/rendement est nettement moins intéressant que la première fois.


On attendrait un prochain atterrissage.


Les recommandations des analystes qui suivent le titre d'Air Canada (AC, 13,74 $)


→ 3 Conserver


5 Acheter


7 Surperformance


1 sous-performance


Cours cible : 16,35 $


Source : Thomson Reuters

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot
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