Valeant : à quel point l'effronterie peut-elle payer ?

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Octobre 2015

Valeant : à quel point l'effronterie peut-elle payer ?

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Octobre 2015

C'est l'une des sociétés qui nous fait le plus sourciller, et c'est aussi l'une de celles qui a créé le plus de valeur pour ses actionnaires au cours des dernières années. Voilà que la pharmaceutique lavalloise Valeant se retrouve de nouveau dans l'eau chaude.


Avant de traiter du plus récent développement, un petit rappel historique s'impose.


Il y a deux ans, nous avions chroniqué une première fois sur la pharmaceutique, avec pour titre : «Le déplorable évitement fiscal de la fausse québécoise Valeant».


À l'époque, l'entreprise faisait équipe avec l'activiste Bill Ackman et tentait d'acquérir la société américaine Allergan.


Premier agacement, la philosophie d'acquisition de Valeant. L'entreprise n'aime pas tellement la R-D. Elle estime que, souvent, le rendement de l'investissement n'y est pas et préfère placer son argent dans des produits qui ont fait leurs preuves. Elle prévoyait ainsi financer l'acquisition en réduisant fortement le budget de R-D d'Allergan. D'un point de vue capitaliste, le rôle d'une entreprise est de créer de la valeur. D'un point de vue plus socioéconomique, une partie de ce rôle consiste à tenter de faire avancer la société en lui fournissant de nouveaux produits.


Second agacement, le plus important : la stratégie fiscale de Valeant.


Jusqu'à 45 % des coûts qu'aurait pu récupérer Valeant (si son opération n'avait pas échoué) seraient provenus de synergies fiscales.


Quel est le taux d'imposition de Valeant ?


Moins de 5 %.


Quel est le taux d'imposition d'Allergan ?


Autour de 26 ou 27 %.


Les analystes parlaient à l'époque d'une fusion qui ramènerait le taux d'imposition d'Allergan entre 5 % et 8 %.


Comment la chose était-elle possible ?


En acquérant Biovail, en 2010, Valeant a transféré son siège social des États-Unis au Canada. Elle a aussi décidé d'envoyer ses droits de propriété intellectuelle dans les Bermudes (et a depuis ajouté quelques juridictions fiscales avantageuses comme l'Irlande).


Les revenus qu'elle tire de cette propriété intellectuelle (souvent par licences) sont imposés aux faibles taux des îles. Valeant ne paie pratiquement pas d'impôt au Canada, puisque la loi canadienne prévoit qu'une société ayant des filiales offshores dans des pays qui coopèrent (au chapite du secret bancaire) peut rapatrier ses dividendes sans impôt.


La suite


Quelques semaines plus tard, nous nous étions déplacés à l'assemblée annuelle des actionnaires de Valeant, histoire d'en sentir l'atmosphère.


En conférence de presse, l'on n'avait pu s'empêcher de demander à son président, Michael Pearson, pourquoi une société ayant son siège social au Québec (mais ses activités principales aux États-Unis) n'avait aucune communication financière en français (communiqués, rapport annuel, section investisseur sur le site Web, etc.).


M. Pearson avait dit qu'il y avait un coût à cela ; il y songerait, mais ne voulait rien promettre.Depuis, rien. Les communications financières de Valeant sont toujours rédigées en anglais.


À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

François Pouliot
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