La Bourse joue avec les nerfs, mais le mouvement haussier semble résilient

Publié le 16/03/2018 à 16:30

La Bourse joue avec les nerfs, mais le mouvement haussier semble résilient

Publié le 16/03/2018 à 16:30

À lire les manchettes boursières chaque jour, on a vraiment l’impression que les marchés sont bipolaires.


Il faut dire que les titres alarmistes ou les hyperboles des médias en mal de lecteurs y contribuent.


Un mouvement haussier devient vite une «bulle», un mouvement baissier une «crise» et tarifs d’importation une nouvelle «guerre commerciale».


Tant de stratèges répètent pourtant que le mouvement haussier de neuf ans mûrit et qu’il devient moins généreux et plus volatil lorsque les taux remontent dans les dernières manches de tous les cycles économiques.


Le calme plat de 2017 était l’anomalie.


Le 21 mars, les investisseurs pourront à nouveau prendre le pouls de la Fed grâce au langage plus clair que le nouveau président James Powell compte employer. Ses propos pourraient révéler si les taux directeurs augmenteront encore à quatre reprises, en 2018, au lieu des trois hausses prévues.


Yoyo boursier à ignorer


La Bourse avait regagné 3,5% lors de la semaine close le 9 mars grâce au duo de la création surprise de 313000 emplois en février sans accélération des salaires, laissant le repli de fin janvier derrière elle.


Le S&P 500 a ensuite enfilé la «pire séquence de reculs consécutifs» depuis le début de l’année (soit un repli de 1,6% en 4 séances) parce que le recul des ventes au détail depuis trois mois a remis en question l’effet stimulant attendu sur les dépenses de consommation de la baisse des impôts de Donald Trump.


Le premier trimestre s’annonce faible pour le produit intérieur brut américain pour la troisième année consécutive, peut-être même sous 2%, mais l’effet décalé de la réforme devrait commencer à se faire sentir ce printemps, croient plusieurs observateurs.


En ce vendredi d’expiration des options et des contrats à terme sur les actions, une nouvelle salve d’excellentes statistiques économiques ravivent le goût du risque de certains investisseurs.


La confiance des consommateurs américains de l’université du Michigan est à un sommet de 14 ans, en mars, soulevée surtout par la meilleure humeur des moins bien nantis qui ont probablement reçu les économies d’impôts promises en février, sous forme de déductions à la source moindres sur leur chèque de paie.


La confiance des PME américaines est aussi la plus élevée depuis 1983.


On apprend aussi que le nombre d’offres d’emplois a aussi grimpé de 645000 à un record de 6,3 millions en janvier, aux États-Unis.


Le scénario de «Boucle d’or» ou «Goldilocks», soit une croissance économique modérée sans surchauffe des prix pour l’instant, refait surface et pousse de nouveau les indices à la hausse le 16 mars, malgré le chaos à Washington et la menace d’une guerre commerciale.


On assiste peut-être à une nouvelle vague de rotation des investisseurs du marché des obligations à celui des actions.


Les investisseurs ont en effet envoyé un record de 43,3 milliards de dollars américains dans les fonds d’actions un peu partout dans le monde, dont de 34,6G$US, dans les fonds d’actions américaines, lors de la semaine close le 14 mars, précise Michael Hartnett, stratège en chef de Bank of America Merrill Lynch.


Cette semaine, le baromètre de danger du courtier, qui mesure le positionnement des investisseurs dans différentes classes d’actif, s’est éloigné encore un peu plus, à 6,5, du signal de vente de 8 qu’il avait frôlé au début de février.


Les retraits des fonds des marchés émergents et de ceux d’obligations de sociétés à haut rendement, ainsi que les rendements modestes en Bourse, ont refroidi la surchauffe de ce baromètre.


Pour sa part, l’éternel optimiste Ed Yardeni, président de sa firme de recherche, rappelle que les entreprises auront 620 milliards de dollars américains de plus à dépenser cette année grâce à la réduction de 34% du taux effectif d’impôts (96G$US) et le rapatriement estimé à 524G$US des 2 260 milliards de bénéfices accumulés à l’étranger.


C’est sans compter la hausse prévue de 19,4% des bénéfices en 2018 des sociétés du S&P 500, ajoute-t-il.


Les milléniaux en renfort ?


En coulisse, la démographie joue aussi un rôle, bien que son effet soit plus diffus dans le temps.


Barry Ritholtz, le prolifique fondateur de Ritholtz Wealth Management, rappelle que les milléniaux traumatisés par les lendemains de la crise financière trouvent enfin des emplois et fondent à nouveau des familles.


Dix ans après la pire crise depuis la grande dépression, ces consommateurs plus confiants en l’avenir contribueront à l’économie et compenseront en partie pour les dépenses réduites des baby-boomers vieillissants.


Cette cohorte achète à nouveau des maisons parce que les loyers élevés rendent l’achat comparativement plus attrayant. La récente remontée des taux incite aussi plusieurs à devancer leurs achats de résidences, explique le financier.


«Je n’ai jamais cru que les milléniaux étaient fondamentalement si différents des générations avant eux. L’amélioration plus durable de l’économie et de l’emploi les fera éventuellement sortir du sous-sol de leurs parents », avait-il écrit en 2014,


Le dernier recensement américain indique d’ailleurs que le taux de propriété des moins de 35 ans a augmenté de 34,7 à 36% depuis un an, soit la plus forte hausse de toutes les cohortes pour l’année étudiée. Pour l'ensemble des ménages, le taux de propriété est de 64,2%, par rapport au creux de 62,9% en 2016.


M. Ritholtz s’attend à ce que cette génération, la plus populeuse cohorte d'acheteurs en puissance depuis celle des baby-boomers, influence grandement le secteur immobilier et la consommation, pour des décennies à venir.


 


 

À propos de ce blogue

La Sentinelle de la Bourse se veut un blogue pour les investisseurs qui s¹intéressent aux rouages de la Bourse et aux marchés financiers. Son objectif : surveiller et débusquer des repères financiers pertinents pour prendre le pouls des Bourses et ainsi mieux aiguiller les décisions de placement de l¹investisseur.

Dominique Beauchamp
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