Une histoire de vol d'identité avec un punch à la fin

Publié le 17/04/2018 à 11:00

Une histoire de vol d'identité avec un punch à la fin

Publié le 17/04/2018 à 11:00

Il y a des gens sur qui la malchance semble s’acharner, avez-vous remarqué? Je ne parle pas de la maladie incurable ni de la mort qui rôde, mais de ces événements fâcheux que le temps transforme en anecdotes savoureuses.


J’avais une collègue de cette espèce, elle est maintenant à la retraite, un véritable trou noir de mésaventures: le condo, les voisins, la santé, la voiture, le restaurant, les frontières, la cousine, tout était une source potentielle de tribulations. Une très bonne amie à moi est aussi comme ça. Chaque fois qu’on se voit, la conversation commence par «Tu sais pas ce qui m’est arrivé…»


Tenez, son chat qui ne va jamais dehors s’est retrouvé récemment infesté de puces. Il a pointé sa petite truffe rose sur balcon, puis hop! Il n’en fallut pas plus pour que les bestioles y élisent domicile. La galère! Elles sont parties, puis revenues. À la fin, ç’a coûté à sa propriétaire pas loin de 1000 dollars pour en venir à bout. Le félin et la maîtresse ont dû s’exiler plusieurs jours, le temps que se dissipe du logement le poison destiné à éradiquer les parasites.


Parlant de parasites, elle aurait aussi été victime du laxisme d’Equifax. Vous vous souvenez de ce vol de données à grande échelle chez cette agence de cotation de crédit à l’automne dernier? La police soupçonne que le dossier de mon amie se soit retrouvé parmi ceux qui ont été volés au Canada par des pirates informatiques. De tout mon entourage, il n’y a que sur elle que ça pouvait tomber.


Lire aussi Equifax: pourquoi tolérer ce vampire?


Le mois de la prévention de la fraude venait à peine de débuter, c’était le 2 mars, un vendredi soir. Visa Desjardins l’appelle pour lui demander si elle avait déménagé à Verdun, puis au Connecticut, de nouvelles adresses à ces endroits avaient été inscrites à son dossier. Pendant qu’elle essaie de comprendre ce qui se passe, un autre appel rentre sur son téléphone. Un agent du SPVM lui annonce que son identité a été volée.


Des fraudeurs ont mis la main sur des informations qui provenaient sans doute de chez Equifax, selon ce qu’a raconté la police à mon amie. Ils connaissaient ses adresses précédentes, sa date de naissance, son numéro d’assurance sociale et même le nom de sa mère. C’était suffisant pour se faire passer pour elle chez Visa Desjardins, faire modifier les informations à son dossier et obtenir éventuellement l’accès à son compte d’épargne. Ils ont acheté une carte Opus à Montréal, puis allez savoir comment, ils ont retiré 7900 $ de son compte à partir de l’État du Michigan.


On peut imaginer un vendredi soir plus agréable. Elle n’a plus une cenne et ses cartes de crédit sont bloquées.


Elle n'est alors pas au bout de ses peines. Non, elle ne fera pas comme ce type qu’on a vu récemment passer à l’émission La Facture. La victime présentée dans le reportage avait pris ses fraudeurs en chasse. Mon amie se contentera de limiter les dégâts, ce qui n’est pas une sinécure. Cela représente un travail d’une cinquantaine d’heures, dont la grande partie consiste à poireauter au téléphone et à s’obstiner avec des agents mal formés pour traiter ce genre de situation ou, parfois, simplement idiots.


Elle suit rigoureusement le guide pour les victimes de fraude de la GRC. Elle avise Rogers, Hydro-Québec, Poste Canada, Passeports Canada, l’ARC, Revenu Québec, la SAAQ, ses assureurs, le Centre antifraude… Elle appelle à 32 endroits avec des numéros 1 800 qui aboutissent la plupart du temps sur un choix de menus peu pertinents pour les victimes de vol d’identité.


C’est dans ces moments qu’on réalise la quantité de liens qui nous unissent avec les entreprises privées et les services gouvernementaux. Elle a calculé de 40 à 50 minutes à chaque endroit. Outre de trouver son chemin dans les dédales téléphoniques, il lui faut expliquer chaque fois qu’elle a été victime de vol d’identité. Elle demande qu’on inscrive une alerte à son dossier et qu’il faut désormais lui poser une question mystère avant de traiter avec elle.


La situation devient particulièrement absurde lorsqu’elle contacte Vidéotron. Elle sert son laïus à l’employé, quand celui-ci l’interrompt pour lui poser quelques questions de sécurité, question de s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une usurpatrice. Il faut se méfier aujourd'hui.


«Madame, vous êtes bien née à telle date?» (Il lui dit sa date de naissance.)


«Heeeeu…. oui»


«Votre numéro de téléphone est-il bien le…» (Il lui dit son numéro de téléphone. On se croirait au jeu Jeopardy, où la réponse est la question.)


«Est-ce que je peux parler à ton patron», finit-elle par demander. C'est trop grotesque! 


Prise avec une affaire de vol d’identité, il n’y a bien qu'elle encore pour aboutir sur un étourdi pareil, sans doute gravement atteint par la culture Facebook.


Mais tout de même. Quel punch !


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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