Equifax: pourquoi tolérer ce vampire?

Publié le 26/09/2017 à 11:00

Equifax: pourquoi tolérer ce vampire?

Publié le 26/09/2017 à 11:00

Photo: 123rf.com

L’ironie à l’état pur, elle nous a presque brûlé les yeux plus tôt ce mois-ci avec ce colossal vol de données chez Equifax. Date de naissance, numéros de sécurité sociale, de comptes bancaires et de cartes de crédit de 143 millions d’Américains ont été dérobés par des pirates informatiques… La casse du siècle en version numérique.


Quelque 100 000 Canadiens auraient été les victimes collatérales de ce larcin informatique à grande échelle. Nous n’avons encore aucune idée des conséquences qui attendent ces gens, mais nous n’avons pas de mal à imaginer un scénario où l’on se partage le butin sous les manteaux, dans un recoin du dark web.


Pour une société dont l’un des axes de croissance consiste à faire peur aux gens avec la menace du vol d’identité, nous avons beau chercher, nous ne trouvons pas de superlatif adéquat pour qualifier cette bêtise. Absolue?


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C’est vrai, le risque est propre à notre époque où l’on gave des serveurs informatiques de nos informations personnelles. On a comparé ce désastre au vol de données chez Yahoo!, qualifié du plus important de l’histoire avec un milliard de comptes touchés. On pourra tenter d’établir des parallèles autant qu’on voudra, il n’y a aucune comparaison à faire.


Chez Equifax, nous ne sommes pas des clients. Nous sommes de la marchandise. Ah! Ça aussi c’est typique de notre temps, de l’ère du marketing pixelisé et de Facebook, que les détails de notre vie privée soient soumis aux lois de l’offre et de la demande. Mais partout ailleurs, il y a une contrepartie: on a droit à un service. Il y a un accord. 


Avez-vous déjà fourni des informations à Equifax ou à l’autre agence de crédit, TransUnion? Y a-t-il un contrat qui vous lie à elles? Avez-vous autorisé ces entreprises à consigner autant d’information sur vous, dont la clé pour s'emparer de votre identité, votre numéro d’assurance sociale?


Ces sociétés accumulent des données sur nous sans notre consentement. Elles les revendent sous forme de pointage aux prêteurs, à des employeurs, à des fournisseurs de services, à des vendeurs de chars. Elles poussent l’audace jusqu’à nous les revendre à nous sous forme d’abonnement.


Vous n’avez aucune possibilité de vous soustraire de leurs bases de données. Mais le pire, la cerise sur le gâteau, c’est qu’on vous tiendra responsable des erreurs qui se glisseront à votre dossier et qui pourraient affecter votre accès au crédit.


Car vous voyez, ces agences ne se soucient pas de l’exactitude de ce que contient votre dossier. Ce n’est pas leur problème aussi longtemps que ça ne les empêche pas de faire de l’argent sur votre dos. C’est le vôtre. Et c’est pourquoi elles vous demanderont de vérifier régulièrement votre dossier et d’apporter des corrections si nécessaire en empruntant un processus qui lui, n’a rien à voir avec l’air du temps: par la poste!


Comment peut-on tolérer une chose pareille? Comment avons-nous pu abandonner une fonction aussi délicate entre les mains d’entreprises privées? Comment avons-nous pu accorder une pareille prérogative à des sociétés cotées en Bourse.


Les agences de crédit sont assises sur un modèle d’affaires en or qui nécessite peu d’investissement et peu de main-d’oeuvre.



« Elles récoltent des milliards de dollars de manière récurrente, elles dégagent des marges bénéficiaires à faire baver d’envie. Tout ça en exploitant nos données personnelles, sans notre consentement. »


Un tel privilège devrait s’accompagner d’exigences élevées en matière de probité. Les premières informations qui filtrent depuis la révélation de ce scandale qui a éclaté début septembre laissent croire qu’Equifax ne s’est pas montrée à la hauteur. La faille de sécurité qui minait ses infrastructures aurait été connue avant le piratage et aurait pu facilement être réparée. Dans la foulée, l'entreprise aurait même dirigé des gens touchés vers un site d'hameçonnage!


Aux États-Unis, des dizaines de recours collectifs se préparent contre Equifax. Imaginez un vampire qui se fait saigner, quel heureux retournement de l’ironie ça nous ferait!


Il est urgent de revoir les exigences réglementaires entourant ce genre d’activité. Les dommages sur les consommateurs canadiens sont minimes en regard de l’étendue des dégâts aux États-Unis, mais n’attendons pas qu’une catastrophe à grande échelle se produise ici avant d’agir.


On pourrait envisager une solution plus radicale encore et confier, comme dans certains pays européens, la gestion des dossiers de crédit à une instance publique.


Et pas à des vampires. 


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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