Le gros luxe d'être célibataire

Publié le 04/08/2017 à 08:30

Le gros luxe d'être célibataire

Publié le 04/08/2017 à 08:30

Depuis quelques mois, Statistique Canada distille les résultats de son dernier recensement (2016). C’est ainsi qu’on nous apprenait cette semaine que la proportion des ménages d’une seule personne avait atteint un sommet inégalé au pays, à 28,2 %. Fidèle à son habitude, le Québec a raflé la première place au palmarès de la solitude.


Ici en effet, derrière une porte sur trois (33,3%), vous trouverez une personne seule: des veuves, des veufs, bien sûr. Des moitiés de couples brisés en masse. D’autres qui ne se trouvent pas. Et des irréductibles pour qui la routine est une activité par nature solitaire et qui ne se font pas à l’idée d’entamer la journée sur une conversation au sujet de la lessive. «Je démarre une brassée de blanc…»


La paix!


Mais quel luxe! Il faut cher payer, à commencer par le sentiment d’appartenir à une sous-classe au royaume de la famille. Mais bon, c’est important les familles. Elles contribuent à la perpétuation de l’appareil fiscal, qui le lui rend bien.


Je ne suis pas contre. Je note simplement que la famille est fiscalement gâtée, ce qui n’est pas le cas de la personne seule. La première reçoit plus en services publics que ce qu’elles paient en impôt. La seconde contribue davantage que ce qu’elle obtient en retour en services publics, même avec des revenus de 30 000 dollars. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke dans cette étude.


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On aime les familles, on ignore les gens seuls. Qui a déjà entendu le mot «célibataire» en campagne électorale où lors du dépôt d’un budget? «Nous allons soutenir financièrement les célibataires!» C'est tellement improbable que ça sonne burlesque.


Le problème avec les solitaires, c’est qu’ils ont beau occuper le tiers des ménages, ils sont en concurrence avec deux fois plus de ménages dans lesquels se trouvent deux fois plus de gens. Ils ne font pas le poids politiquement. Ils ne sont intéressants que pour les promoteurs de condos, les fabricants de plats surgelés et les agences de rencontres.


Ils paient leur appartement et leurs factures tout seuls. Et pour garnir leur frigo, rarement peuvent-ils bénéficier des rabais sur le volume. À qui profitent les bas prix de Costco? Certainement pas aux célibataires sans enfants qui n’auraient de toute façon pas la place dans leur petit appartement pour stocker la caisse de pogos et le seau de mayonnaise.


Et s’il leur reste les moyens de s’offrir des vacances dans le Sud, ce sera toujours à un prix supérieur à ce qu’ils paieraient en couple. On ne fait pas de rabais à ceux qui dorment seuls, ni à ceux qui roulent seuls.


Et comme les amoureux, ils doivent songer à leur retraite. Et puisque leur mode de vie «égoïste» est plus dispendieux, il leur faudra épargner davantage. Tôt ou tard, ils devront rogner dans le plaisir, avant la retraite, à la retraite ou la vie durant, mais ils ne s’en sortent pas. Avec moins d’argent et un coût de vie plus élevé, mieux vaut pratiquer la vie simple.


Le moment venu, ils auront bien droit à un crédit pour personne vivant seule et à quelques dollars de plus en Supplément de revenu garanti, mais ce sont des broutilles en comparaison des économies d’impôt qu’un couple de retraités peut espérer par des stratégies de fractionnement de revenus.


Lorsqu’il s’agit de finances personnelles, il n’y a pas de conseils particuliers à donner aux solitaires, sinon d’appliquer les grands principes avec plus de rigueur encore. En cas de perte d’emploi ou d’invalidité, une personne seule se sent vraiment seule. Elle ne peut pas compter sur la solidarité d’un conjoint pour assumer le coût du loyer, les comptes et la facture d’épicerie.


Alors il faut des assurances et un bon fonds de prévoyance.


Les gens seuls n’ont pas le luxe de ne pas prévoir.


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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