Cinq questions à Maud Cohen

Publié le 19/03/2011 à 00:00

Cinq questions à Maud Cohen

Publié le 19/03/2011 à 00:00

L'Ordre des ingénieurs du Québec a d'importants défis à relever, dont la revalorisation de la profession auprès du public.

Pouquoi la relève est-elle un enjeu important pour la profession ?

Chaque année, 2 000 ingénieurs sortent des écoles québécoises et 1 300 ingénieurs arrivent de l'étranger. Comme plus de 33 % de nos membres ont plus de 50 ans, si nous n'avions pas les ingénieurs étrangers, nous conserverions le même nombre de membres. D'ici quelques années, nous prévoyons que plus d'ingénieurs prendront leur retraite qu'il n'y en aura de nouveaux. En ce moment, les écoles ne suffisent pas à répondre à la demande.

Qu'est-ce qui explique cette pénurie ?

Dans les années 1980-1990, il y a eu un manque d'investissements dans nos infrastructures, ce qui a fait qu'il y avait peu de débouchés en génie civil. De plus, les salaires étaient bas. Peu d'ingénieurs ont été formés pendant ces années. Or, le Québec fait face à des enjeux qui requièrent des ingénieurs pour le renouvellement des infrastructures, le développement durable, les soins de santé, les nouvelles technologies, etc.

Quels sont les domaines où le manque est plus criant ?

Nous avons un taux de chômage de seulement 4 %, et plusieurs domaines manquent d'ingénieurs. En génie minier, par exemple, les sociétés sont même prêtes à payer les études de leurs recrues pour attraper la relève au vol. Il n'y a pas de domaine où les ingénieurs soient en surnombre.

Comment faire pour aller chercher les jeunes ?

Le défi est d'attirer les jeunes dès le secondaire. L'enjeu de la relève est si fort qu'on doit s'y prendre tôt. S'ils ne poursuivent pas leurs maths et leurs sciences au secondaire, c'est sûr qu'on les perd. L'ingénierie demande beaucoup d'investissement personnel pour un salaire moyen de 87 000 $, ce qui n'est pas mirobolant. Les jeunes brillants seront peut-être attirés vers des domaines plus payants. Il faut donc leur faire miroiter les défis du génie. Leur dire qu'ils seront appelés à remplir toutes sortes de fonctions. Les jeunes recherchent une profession où ils auront l'impression d'avoir un impact sur la société. Ce qu'il faut aussi, c'est valoriser la profession : les récents scandales ont éclaboussé tout le milieu.

Justement, comment redorer l'image d'une profession entachée par les scandales des dernières années ?

Nous comptons 60 000 membres : 12 000 d'entre eux sont en génie-conseil dans les firmes, 5 000 d'entre eux travaillent en infrastructures et, de ce nombre, seulement 200 sont visés par les allégations. Mais les gens qui ne connaissent pas beaucoup la profession pensent que le génie, ce n'est que ça. Nous avons demandé au gouvernement une commission d'enquête mais, quoiqu'il advienne, il doit absolument y avoir une réflexion sur la profession.

" Il faut que les quelque 200 ingénieurs qui ont commis des actes répréhensibles soient sanctionnés pour que ça ne se reproduise pas. "

- La présidente de l'Ordre des ingénieurs du Québec

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