Ce canon à neige québécois veut sauver les stations de ski


Édition du 03 Juin 2017

Ce canon à neige québécois veut sauver les stations de ski


Édition du 03 Juin 2017

Par Martin Jolicoeur

La possibilité d’accueillir des skieurs en été fait saliver bien des propriétaires de centres de ski, éprouvés depuis quelques années par le réchauffement climatique. (Photo: Tremblant.ca)

PME DE LA SEMAINE. Une entreprise de la région de Québec croit avoir trouvé LA solution aux difficultés financières des propriétaires de stations de ski qui peinent, ici comme ailleurs, à composer avec les effets du réchauffement climatique.


Au terme de trois ans de recherche et développement, Industries Samson, de Lévis, a mis au point un engin capable de produire de la neige à des températures aussi élevées que 15 à 25 degrés Celsius. Une innovation technologique capable d'étirer la durée d'une saison de ski qui susciterait déjà l'intérêt de grands groupes internationaux de l'industrie.


«Ça va vite, reconnaît le président de la société, Guy Pelchat, en entrevue téléphonique. Nous avons une première machine qui est partie pour l'Australie fin avril. Si le client [propriétaire d'une trentaine de centres de ski en Asie] est séduit, on s'attend à des commandes d'au moins 10 machines par année pour les sept ou huit prochaines années.»


Guy Pelchat est assisté dans cette aventure par l'ingénieur Louis Handfield, bien connu dans l'industrie de la fabrication de neige. C'est à lui que l'on doit notamment la création, en 1985, du manufacturier de canons à neige Turbocristal (devenu depuis HKD Snowmakers).


À la différence des canons à neige traditionnels, capables de produire de la neige jusqu'au seuil du point de congélation, le SnöFlake réussit à le faire à des températures beaucoup plus chaudes, grâce à un procédé de fabrication en environnement fermé et réfrigéré. Ce n'est qu'une fois la neige produite qu'elle est propulsée à l'extérieur.


Le modèle SnöFlake de 50 tonnes, vendu pour un peu moins de 500 000 $, permet de produire jusqu'à 110 mètres cubes de neige par jour. Un autre modèle de 25 tonnes se détaille aux environs de 300 000 $ et parvient, lui, à produire 55 mètres cubes de neige en 24 heures. Les deux engins permettent de propulser la neige sur des distances de 80 à 120 mètres.


Un demi-million de dollars pour une telle machine n'est pas si cher demandé, estime M. Pelchat. «Pensez aux millions investis au Canada ou aux États-Unis dans les centres de ski et les villages environnants. Au-delà des billets de remontée, ce sont des milliers de nuitées d'hôtel, de chalet ou de condominium qui sont perdues lorsqu'il n'y a pas de neige. L'économie de la région au grand complet est paralysée.»


C'est vrai au Québec comme ailleurs au Canada, de même qu'aux États-Unis, en Europe, en Asie et en Océanie. Le réchauffement climatique se fait sentir partout.


«C'est fou raide ! Toute l'industrie du ski est à la recherche de solutions afin d'assurer sa pérennité et de sauver ses investissements, affirme Guy Pelchat. À mon avis, c'est la plus grande percée dans l'industrie depuis l'invention du canon à neige.»


Malgré les besoins criants, le marché de la fabrication de neige par temps chaud semble encore peu encombré. La société italienne TechnoAlpin est l'un des plus importants joueurs dans le domaine de la fabrication de neige. Depuis quelques années, elle commercialise un appareil apparenté baptisé SnowFactory. Selon l'entrepreneur de Lévis, ce dernier est cependant énergivore, «utilise des gaz [dont l'ammoniac] dangereux pour l'être humain» et est vendu à un prix jusqu'à 30 % plus élevé que le SnöFlake.


Une saison de ski dès octobre ?


Le modèle ­SnöFlake de 50 tonnes peut produire 110 mètres cubes de neige par jour. Il coûte 500 000 $. (Photo: courtoisie)



L'homme d'affaires estime que les programmes de soutien financier annoncés récemment par la ministre du Tourisme du Québec, Julie Boulet, pourraient aider les stations de ski à faire l'achat de ces machines et contribuer ainsi à la création de nouveaux emplois au Québec. Industries Samson a présentement une quinzaine d'employés, nombre qui pourrait rapidement doubler advenant l'obtention de nouvelles commandes.


L'achat d'équipements d'enneigement artificiel fait effectivement partie des projets que souhaite appuyer Québec avec cette nouvelle enveloppe de 70 millions de dollars sur trois ans. Une annonce qu'a applaudie l'Association des stations de ski du Québec, soulignant qu'une saison au début plus précoce serait bénéfique pour l'ensemble de l'écosystème du ski au Québec (stations, hébergement, restaurants, boutiques de sports, etc.).


«Le défi de début de saison est de produire de la neige rapidement. [...] Ouvrir plus tôt est déterminant pour la rentabilité [des stations de ski]», déclarait la ministre au moment de l'annonce de nouveaux investissements. Or, c'est exactement ce que permet le SnöFlake, insiste M. Pelchat. «Grâce à notre appareil, la saison de ski d'une station pourrait commencer aussi tôt qu'en octobre.»


Les stations du Québec mènent en parallèle un autre combat, indirectement relié : celui des tarifs d'électricité associés à la fabrication de neige. L'enneigement représenterait 44 % des dépenses d'électricité d'une station, contre 38 % pour les remontées mécaniques. L'électricité constitue le deuxième poste de dépense des stations de ski, après celui de la main-d'oeuvre.


La Régie de l'énergie étudie actuellement une demande d'assouplissement de tarifs des propriétaires de stations de ski. De son côté, la ministre Boulet dit travailler à une solution préférentielle avec le ministère des Ressources naturelles. Le dénouement de ce dossier pourrait bien attirer de nouveaux investissements, qui profiteraient autant aux stations qu'à la PME de Lévis.


44 %


C'est la proportion de ce que l'enneigement représente au chapitre des dépenses d'électricité d'un centre de ski. Les remontées mécaniques représentent quant à elles 38 % des dépenses totales d'électricité.



*Ce texte fut d'abord publié dans le journal Les Affaires du 3 juin 2017

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