Le Québec profitera-t-il du boom des métaux pour les batteries ?

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Juillet 2018

Le Québec profitera-t-il du boom des métaux pour les batteries ?

Offert par Les Affaires


Édition du 28 Juillet 2018

Zahid Fazal, leader du secteur des mines et métaux d’EY pour le Québec.

Les véhicules électriques prennent leur essor : en 2030, on devait en compter 125 millions dans le monde, selon l'Agence internationale de l'énergie, contre 3 millions maintenant. Les fabricants de batteries devront donc s'approvisionner de lithium, de cobalt et de graphite, des métaux qui entrent dans leur fabrication. Quelle part du gâteau peut espérer le Québec ?


« De 2017 à 2023, on prévoit que la demande de lithium augmentera de 18 % par année », illustre Zahid Fazal, leader du secteur des mines et métaux d'EY pour le Québec.


Le marché du graphite, lui, pourrait augmenter de 5,2 % d'ici 2022, selon Markets and Markets, alors que la demande de cobalt risque de dépasser les 120 000 tonnes par année en 2020, selon Darton Commodities, une augmentation de 30 % par rapport à 2016.


Non seulement la demande pour ces métaux risque-t-elle donc d'augmenter, mais les risques de chaîne d'approvisionnement deviendront également plus évidents. Dans le marché du lithium, par exemple, quatre sociétés seulement contrôlent 90 % de la production. Par contre, 13 pays contrôlent 40 % de la production de pétrole.


« Les utilisateurs en aval de métaux de batterie veulent donc naturellement garantir et sécuriser leur approvisionnement », dit Zahid Fazal, qui sera conférencier le 25 septembre à l'événement Objectif Nord, organisé par le Groupe Les Affaires. Plusieurs entreprises commencent donc à effectuer des prises de participation ou à conclure des ententes d'approvisionnement avec des sociétés minières, même si l'entrée en production de leur mine risque de prendre quelques années encore. « Les minières obtiennent ainsi le financement nécessaire au développement de leurs projets, souvent à forte intensité en capital, explique M. Fazal. En revanche, les fabricants de batteries obtiennent un approvisionnement plus sûr. »


Great Wall, un constructeur automobile chinois a, par exemple, pris une participation dans la minière australienne Pilabara Minerals au début de 2018. À peu près au même moment, une société du groupe Toyota, Toyota Tsusho, faisait l'acquisition de 15 % d'une minière ayant des intérêts dans le lithium en Argentine, Orocobre Limited.


Quid du Québec ?


Dans ce contexte, quelles sont les perspectives pour l'industrie minière dans la province ? Joëlle Noreau, économiste principale chez Desjardins, a analysé en partie la question dans son étude économique « Les véhicules électriques, faut-il croire la rumeur ? » Elle remarque certes que la province suscite de l'intérêt même si elle ne s'illustre pas pour l'instant comme un producteur majeur d'aucun des métaux dont il est ici question. À titre d'exemple, le Canada en entier produit moins de 0,5 % du lithium, 2,5 % du graphite et 3,9 % du cobalt vendus dans le monde.


Reste que les journaux annonçaient en mars qu'un important fabricant de batteries chinois, Contemporary Amperex Technnology, faisait l'acquisition de 90 % des parts de North American Lithium, une minière qui exploite entre autres une mine de lithium à La Corne, en Abitibi-Témiscamingue. « Les entreprises ne laissent rien au hasard parce qu'elles ne veulent pas avoir tous leurs oeufs dans le même panier, dit Joëlle Noreau. Elles diversifient donc leurs sources d'approvisionnement et essaient de mettre la main sur des réserves à différents endroits. »


Mine de rien


Le Québec, étant une province bien reconnue internationalement comme une juridiction favorable au développement minier, serait bien placé pour profiter d'un boom des métaux pour batteries. Différents projets sont d'ailleurs déjà en branle, dont ceux de Nemaska Lithium, de Mason Graphite et de Nouveau Monde Graphite.


Sauf que certaines firmes de recherche affirment qu'il n'y a pas vraiment de pénurie appréhendée de lithium, de cobalt, de graphite, ni d'ailleurs d'autres terres rares ou de métaux comme le nickel et le cuivre, fait valoir Joëlle Noreau.


Selon celles-ci, les développements technologiques permettront de produire des batteries utilisant d'autres matières premières, et pour moins cher. D'autres firmes avancent même l'idée que les prévisions de ventes de véhicules électriques pourraient être exagérées : il existerait alors même un risque de surproduction, notamment pour le lithium, ce qui entraînerait une baisse des prix.


Pour le moment, la tendance est tout autre. Le prix du cobalt a par exemple augmenté de 114 % en 2017, selon EnergyTrend, alors que le prix du lithium est passé cette année au-delà de la barre des 20 000 $ US par tonne, une hausse impressionnante puisque ce métal s'échangeait à moins de 7 000 $ en 2015.


Trop tôt pour s'emballer ? Si Joëlle Noreau constate l'emballement pour les véhicules électriques, et l'intérêt suscité par certaines minières québécoises, elle croit toutefois qu'il est précipité de croire à une transformation complète et précipitée du paysage minier québécois à brève échéance. Et à moyenne échéance ? À vos boules de cristal.

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