Produire autrement pour être plus écoperformant

Offert par Les Affaires


Édition du 30 Juin 2018

Produire autrement pour être plus écoperformant

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Édition du 30 Juin 2018

L’usine Rolland se trouve très près du site d’enfouissement de ­Sainte-Sophie, où sont envoyés les déchets de la région. Elle en tire du biogaz qui comble 93 % de ses besoins thermiques.

L'efficacité énergétique dépasse l'installation d'éclairage plus efficace. Pour faire des gains impressionnants et devenir plus écoperformant, soyez innovant et attaquez-vous plutôt au coeur de ce qui vous demande le plus de ressources : vos procédés de production.


Nemaska Lithium, par exemple, produit de l'hydroxyde de lithium, un produit chimique utilisé entre autres pour la fabrication de batteries de voitures. Plutôt que de metttre au point ce composé comme tous les autres producteurs, l'entreprise a développé un procédé qui lui permet de le faire d'une manière complètement différente et plus avantageuse que ses concurrents.


Typiquement, pour produire de l'hydroxyde de lithium, il faut d'abord fabriquer du carbonate de lithium en mélangeant du carbonate de sodium avec du sulfate de lithium. Un des problèmes, toutefois, est que cette transformation chimique produit également un résidu, le sulfate de sodium, dont le producteur doit ensuite se débarrasser, explique Jean-François Magnan, le directeur technique chez Nemaska Lithium. Il sera conférencier le 20 septembre à l'événement Efficacité énergétique, organisé par le Groupe Les Affaires. «Ce résidu, le sulfate de sodium, doit alors être séché et cristallisé sous forme de sel solide avant d'être finalement envoyé dans un site d'enfouissement pour le reste de l'éternité, et ce, aux frais du producteur», explique M. Magnan.


Les avantages d'une telle méthode


Le carbonate de lithium ainsi produit est d'une pureté relativement faible et doit être purifié avant de pouvoir être transformé en hydroxyde de lithium. Plutôt que d'utiliser ce processus chimique conventionnel, Nemaska Lithium emploie plutôt un processus électrochimique : elle utilise de l'électricité pour obtenir de l'hydroxyde de lithium à partir de sulfate de lithium.


L'entreprise gagne en efficacité parce qu'elle n'a pas besoin de défrayer des coûts pour se débarrasser du sulfate de sodium, le sous-produit issu du procédé de production conventionnel. De plus, son procédé n'émet pas de GES. Nemaska Lithium peut aussi prévoir ses coûts de production plus facilement : les coûts de l'électricité son plus facilement prévisibles que ceux de certains produits chimiques utilisés dans le procédé conventionnel. «Nos coûts de production sont faibles comparativement à la plupart des autres gros joueurs sur le marché», dit M. Magnan. Selon une étude qu'elle a commandée cette année à Roskill, Nemaska Lithium devrait par exemple être en mesure, en 2021, de produire de l'hydroxyde de lithium à 2 811 $ US par tonne, contre 3 475 $ US par tonne pour son concurrent Albemarle ou 3 950 $ US par tonne pour SQM, un autre compétiteur.


Déchet de l'un, trésor de l'autre


Investir en efficacité énergétique peut se révéler un choix très avantageux à long terme. L'histoire de l'usine Rolland, à Saint-Jérôme, le montre bien. Encore aujourd'hui, celle-ci profite d'un changement avant-gardiste qu'elle a mis en place en 2004. Quel changement ? Et quels avantages en a-t-elle tirés depuis ?


L'usine Rolland se trouve très près du site d'enfouissement de Sainte-Sophie, où sont envoyés les déchets de la région. Comme c'est le cas dans d'autres sites du genre, la décomposition des déchets entraîne la production de méthane, un biogaz. Cela tombait bien puisque l'industrie du papier est très vorace en énergie, notamment en raison de son procédé de production qui implique beaucoup de séchage.


L'entreprise a donc entrepris d'acheminer ce gaz à son usine en le faisant passer par un pipeline de 13 km qui lui est spécialement destiné, un investissement de 10 millions de dollars. Depuis, ce combustible est utilisé par l'usine Rolland et comble 93 % de ses besoins thermiques. Les avantages environnementaux sont également immenses : Rolland se considère comme le fabricant de papiers fins ayant la plus petite empreinte écologique en Amérique du Nord.


Les gains en efficacité réalisés par les deux entreprises, Rolland et le site d'enfouissement, sont importants. Normalement, les sites d'enfouissement captent le méthane - un puissant GES - et le brûlent sur place. «La réutilisation du méthane du dépotoir de Sainte-Sophie a donc ainsi permis, en 2017, de revaloriser 30 millions de mètres cubes de biogaz, qui seraient autrement brûlés et relâchés dans l'atmosphère sous forme de CO2», dit Pierre-Michel Raymond, le superviseur en énergie à l'usine de Rolland de Saint-Jérôme. Selon ses calculs, c'est l'équivalent de ce qui est consommé en énergie par 7 023 maisons de taille moyenne sans climatisation ni piscine.


Ce projet, qui permet de réduire les émissions de GES annuelles de Rolland de l'ordre de 70 000 tonnes, soit environ l'émission de 23 000 voitures compactes, comporte aussi d'importants avantages financiers : il a notamment permis à l'entreprise de réduire sa facture thermique de plus de 35 %.


Comme quoi se faire écoperformant, c'est aussi souvent payant... et pour longtemps.

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