Justin Trudeau mise sur une économie verte et le statu quo fiscal pour les entreprises

Offert par Les Affaires


Édition du 04 Avril 2015

Justin Trudeau mise sur une économie verte et le statu quo fiscal pour les entreprises

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Édition du 04 Avril 2015

Par Stéphane Rolland

[Photo: Jérôme Lavallée]

Lutte au réchauffement climatique, impôts des entreprises et règles du jeu concernant les investisseurs étrangers. En entrevue avec Les Affaires, le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, lève le voile sur sa vision économique.


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Justin Trudeau veut laisser les provinces choisir les armes qu'elles déploieront pour lutter contre le réchauffement climatique. Si le chef du Parti libéral du Canada (PLC) se montre flexible sur les moyens, il est tout de même prêt à sortir la carotte et le bâton afin que ses homologues provinciaux se joignent au bataillon, a-t-il expliqué en entrevue éditoriale avec Les Affaires.


L'«absence de leadership» du gouvernement Harper sur le réchauffement climatique a poussé les provinces à faire cavalier seul, constate M. Trudeau. Le Québec l'a fait avec la Bourse du carbone ; la Colombie-Britannique, pour sa part, a choisi une taxe sur le carbone. Les libéraux fédéraux se trouvent ainsi devant un fait accompli.


«On ne peut plus proposer une solution nationale comme on l'a fait en 2008 [Stéphane Dion avait proposé une taxe sur le carbone en campagne électorale], concède M. Trudeau lors d'un entretien dans nos bureaux. Nous ferions quoi ? Dire à la Colombie-Britannique "non, non, ce sera une Bourse du carbone" ou au Québec "non, non, ce sera une taxe" ?»


Laisser les provinces tracer la marche à suivre n'est pas nécessairement une mauvaise chose dans un pays où les économies régionales sont très différentes d'un océan à l'autre, pense le principal intéressé. «Les provinces ont pris des décisions qui fonctionnent pour leur économie», estime le Québécois de 43 ans.


Même s'il laissait les provinces choisir le «comment», M. Trudeau compte bien s'assurer que la fédération parle à l'unisson à la Conférence de Paris, en décembre, où les États travailleront à l'adoption d'un traité de l'après-Kyoto. «Le fédéral aura la responsabilité d'assurer et d'encourager les provinces à atteindre leurs cibles. Et ça, avec des récompenses et peut-être des pénalités si elles ne le font pas.»


Réconcilier économie et environnement


Encourager un développement économique «plus respectueux de l'environnement» est l'une des pierres angulaires de la politique économique des libéraux. L'aspirant premier ministre veut accroître les investissements dans les infrastructures, la recherche et l'éducation. Il promet également d'annuler l'abolition du crédit d'impôt pour le Fonds de solidarité FTQ et Fondaction CSN.


Justin Trudeau s'inscrit en porte-à-faux avec ceux qui opposent économie et environnement. Au contraire, les conservateurs ont nui à la réalisation des grands projets énergétiques en mettant l'environnement au second plan, dénonce-t-il. L'opposition du gouvernement Obama à Keystone XL en est l'une des conséquences, ajoute-t-il. Le chef libéral se dit d'ailleurs favorable au projet d'oléoduc Énergie Est de TransCanada.


«Même si le gouvernement donne les permis, ce sont les communautés qui donnent la permission, formule M. Trudeau. Les gens comprennent qu'il faille exploiter les ressources naturelles et créer des emplois, mais ils ne veulent pas le faire au détriment de l'avenir de leurs enfants. Les conservateurs ont semé la méfiance chez les citoyens, qui ne croient plus que les projets seront analysés selon des critères impartiaux.»


Pas de hausse d'impôt pour les entreprises


Les libéraux de Justin Trudeau n'abandonnent pas seulement la taxe du carbone de Stéphane Dion. Ils mettent au rancart l'idée d'augmenter l'imposition des sociétés présentée en campagne par Michael Ignatieff. Sous sa gouverne, les libéraux avaient promis de ramener le taux d'imposition des grandes sociétés au niveau de 2010, soit à 18 %. Il était à 16,5 % au moment de la dernière campagne électorale et se situe maintenant à 15%.


«Non, ce n'est pas du tout dans nos intentions, assure Justin Trudeau. C'est ce que le NPD propose. Augmenter l'impôt des grandes entreprises nuirait à la croissance économique et aux investissements. De toute façon, ça n'apporte pas tant d'argent que ça.»


Le directeur parlementaire du budget, une source indépendante, estime qu'une hausse d'un point de pourcentage du taux d'imposition des entreprises apporterait 1,85 G$ supplémentaires dans les coffres de l'État. Cela représente près de 1% des recettes du gouvernement fédéral.


Cette prévision ne tient pas compte de l'impact d'une baisse d'impôt sur les investissements et de la croissance économique. Les économistes en faveur du libre marché affirment que des impôts bas donnent plus d'argent aux entreprises pour investir. L'Institut C.D. Howe calcule que chaque dollar supplémentaire qu'Ottawa irait chercher dans les poches des entreprises retirerait en fait 1,71 $ de l'activité économique. À l'inverse, d'autres économistes associés aux idées de gauche mettent en doute le fait que les entreprises réinvestissent les économies fiscales dans l'économie. L'IRIS a publié une étude affirmant que les sociétés détiennent près de 600 G$ en liquidités non utilisées.


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