Croissance des dépenses militaires : une tendance lourde

Offert par Les Affaires


Édition du 22 Avril 2017

Croissance des dépenses militaires : une tendance lourde

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Édition du 22 Avril 2017

Par Les Affaires

Conséquence de l'instabilité croissante et de l'obsession des nations pour la sécurité, une reprise à la hausse des dépenses militaires à l'échelle mondiale semble inévitable. Selon le taux de croissance appréhendé des budgets des grandes puissances militaires, les dépenses à l'horizon 2025 devraient friser 2 000 milliards de dollars américains (G$ US).


Selon le dernier rapport annuel Military Balance de l'International Institute for Strategic Studies, les dépenses militaires mondiales se sont élevées à 1 500 G$ US en 2016. Les États-Unis demeurent en tête, avec des dépenses de 600 G$ US, suivis par la Chine (145 G$ US), la Russie (58,9 G$ US), l'Arabie saoudite (56,9 G$ US) et le Royaume-Uni (52,5 G$ US). À titre comparatif, le budget canadien en matière de défense est d'environ 15 G$ US.


Si ces chiffres peuvent donner le vertige, il n'en reste pas moins que, depuis le début des années 1990, ces dépenses n'ont cessé de décroître : elles sont passées de 3,4 % à 2,3 % du PIB mondial. La stratégie Light Footprint de l'administration Obama a en effet permis de réduire significativement la voilure après les coûteuses guerres en Irak et en Afghanistan. Ce recul historique doit cependant être nuancé. Les États-Unis et l'UE ont effectivement réduit leurs dépenses de 1 % à 2 %, mais certaines régions du monde ont légèrement accru les leurs, notamment le monde arabe et l'Asie du Sud-Est.


Le gouvernement Trump a fait du rapport de force le levier-clé de sa politique étrangère et annoncé le renforcement de l'armée américaine, même si de nombreuses voix appellent à accroître l'efficacité du Pentagone. Le nouveau président a récemment annoncé qu'il augmenterait le budget de la Défense de 54 G$ US, grâce notamment à des compressions massives dans plusieurs agences fédérales.


En Europe, le réarmement s'avère sans doute incontournable. Les Européens ont, en effet, diminué de façon draconienne leur capacité d'intervention depuis quinze ans au sein de l'OTAN et n'ont désormais d'autre choix que de se substituer au retrait programmé du bouclier de l'Oncle Sam. Paradoxalement, le Brexit fournit l'occasion de réétudier une coopération militaire européenne dont les Britanniques ne voulaient pas. Le budget militaire de l'UE à 27 membres est comparable à celui de la Chine, et la France, l'Allemagne et l'Italie y pèsent pour les deux tiers. Si les pays européens membres de l'OTAN respectaient leurs engagements de dépenser 2 % de leur PIB respectif au titre du financement de leur sécurité, ils y ajouteraient environ 57 G$ US, soit l'équivalent du budget militaire de l'Arabie saoudite.


L'effort militaire chinois ne devrait pas ralentir. La Chine a vu ses dépenses militaires augmenter de 15 % par an de 2008 à 2015, et de 7 % de 2015 à 2016. Ses capacités de recherche se sont significativement accrues, notamment avec la mise au point de l'avion de combat J -20, de missiles courte portée (PL 10) et d'un missile air-air unique d'une portée de 300 km. Les autorités chinoises vont désormais pousser leurs forces armées à s'engager sur les théâtres de conflits pour les soumettre à l'épreuve du feu.


Enfin, la géopolitique du Moyen-Orient reste très incertaine en raison de nombreux conflits frontaliers, ethniques et religieux. Cette région du monde dépense chaque année plus de 150 G$ US dans le domaine militaire. Les pays les plus dépensiers à ce chapitre sont l'Arabie saoudite, Israël, la Turquie, l'Irak et les Émirats arabes unis.


Toutes les industries devraient profiter de cette manne, et en particulier les industries aéronautique, aérospatiale et navale de défense. Selon nos prévisions, les dépenses dans le secteur de l'aéronautique et de l'aérospatiale militaire devraient passer de 180 G$ US en 2016 à 275 G$ US en 2025, principalement dans l'analyse de données et les drones (+70 %), la cybersécurité (+50 %), les solutions sécurisées (+45 %), le renseignement (+35 %) et l'aérospatiale (+25 %). L'industrie canadienne dispose de quelques fleurons de l'aéronautique (Bombardier et CAE en particulier) qui pourraient tirer profit directement ou indirectement de cette tendance lourde, à condition de collaborer efficacement avec d'autres secteurs, comme celui de l'intelligence artificielle, qui figure en première ligne notamment au Québec.


Aux pouvoirs publics de fournir le coup de pouce décisif en construisant des passerelles entre les différentes grappes industrielles concernées.


Dominique Gautier
Associé principal, Roland Berger


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