Le manifeste des Lucides, toujours d'actualité

Offert par Les Affaires


Édition du 03 Octobre 2015

Le manifeste des Lucides, toujours d'actualité

Offert par Les Affaires


Édition du 03 Octobre 2015

Par Martin Jolicoeur

[Photo : Shutterstock]

Dix ans après sa publication dans Le Devoir, le 19 octobre 2005, le manifeste «Pour un Québec lucide», signé par une douzaine de personnalités, dont Lucien Bouchard, n'a pas pris une ride.


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C'est du moins l'opinion consensuelle des cinq jeunes économistes et entrepreneurs de l'Institut des générations (IDG), un groupe indépendant de réflexion, de recherche et d'analyse, qui se penche sur les enjeux liés à l'équité entre les générations. Le groupe a été créé en 2014, et on lui doit l'Indice québécois d'équité entre les générations. Nous avons demandé à ses membres de comparer l'économie du Québec d'aujourd'hui à celle que dépeignaient les Lucides.


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«Ce document n'est pas dépassé, même après 10 ans, affirme Alexis Gagné, économiste, doctorant à l'Université de Montréal et porte-parole principal de l'IDG. Les constats etles défis que les Lucides ont exposés à l'époque demeurent à peu près les mêmes. À tel point que ce manifeste pourrait très bien être republié à peu près tel quel.»


À l'invitation de Les Affaires, l'Institut des générations a accepté de faire un retour dans le temps et de jeter un regard neuf sur le texte des Lucides, ce document de 10 pages qui avait déclenché - on s'en souviendra - de fortes réactions.


Leur mission : comparer, chiffres à l'appui, l'économie du Québec d'aujourd'hui à celle dépeinte par les Lucides il y a 10 ans. Et se demander, ce faisant, si le raz-de-marée provoqué par sa publication aura finalement donné des résultats. Les craintes qu'exprimaient les signataires à l'époque se sont-elles avérées ou avons-nous au contraire su éviter que les sombres pronostics des Lucides ne se réalisent ?


LES QUATRE PRINCIPAUX PROBLÈMES SOULEVÉS PAR LE MANIFESTE :


› Le retard économique du Québec 
› Le poid de la dette publique du Québec 
› Le déclin démographique du Québec
› Les défis de la concurrence asiatique


Dans l'ensemble, les membres de l'IDG croient que, malgré les quelques avancées observées ici et là, les constats exprimés à l'époque sont toujours brûlants d'actualité. Pour eux, le retard économique, le poids de la dette publique, le déclin démographique et la concurrence asiatique qu'avaient documentés les Lucides demeurent des problèmes majeurs.


Le retard économique persiste


«Les quelques solutions suggérées à l'époque pour aider la province à s'en sortir mériteraient probablement d'être revues en mettant davantage l'accent sur l'environnement et les services éducatifs à la petite enfance. Mais dans l'ensemble, dit M. Gagné, l'exposé des problèmes qui nous attendent si aucune réforme n'est apportée demeure malheureusement très juste.»


C'est le cas du retard économique du Québec, que la province n'a pas réussi à rattraper depuis 10 ans, se désole l'Institut.


Comme prévu par les Lucides, la croissance annuelle moyenne du PIB a diminué de moitié au Québec depuis la publication de leur manifeste. La croissance économique a été de 1,41 % par an de 2005 à 2013 (période comprenant la récession de 2008-2009), comparativement à 2,82 % de 1995 à 2004.


Cette croissance, plus basse que celle du Canada (1,84 % de 2005 à 2013), ne s'explique pas tant par le déclin de la population québécoise anticipé par les Lucides que par la forte croissance du secteur des ressources naturelles dans l'Ouest canadien, nuance-t-on. Pendant cette période (2004-2014), illustre l'IDG, les exportations de l'Alberta ont grimpé de 91 %, tandis qu'elles n'ont augmenté que de 15 % dans le reste du pays.


Quant aux heures travaillées, un sujet délicat qui avait soulevé les passions à l'époque, les Québécois continuent de traîner la patte, bien que moins qu'il y a 10 ans. Alors que les 25 à 54 ans travaillaient en moyenne 1,3 heure par semaine de moins qu'en Ontario en 2005, il semble que cet écart a maintenant diminué de moitié, à 0,7 heure par semaine.


Ce rattrapage s'expliquerait surtout, précise l'IDG, par l'augmentation de la présence des femmes sur le marché du travail et des heures travaillées par celles-ci.


Graphique manchette


Le poids de la dette a diminué


La dette publique (brute) du Québec est quant à elle passée de 120 milliards de dollars en 2005 à 197 G$ en mars 2014. Elle a aussi augmenté en pourcentage du PIB, atteignant 54,5 % en mars 2014. Malgré cette hausse, le service de la dette, autrement dit son poids dans les finances du gouvernement, a diminué, aidé par la faiblesse des taux d'intérêt. Ainsi, la part des dépenses consolidées que le gouvernement consacre au service de la dette est passée de 12,4 % en 2004-2005 à 11,9 % en 2014-2015.


Cela dit, bien qu'il soit peu probable à moyen terme, le risque d'une hausse des taux d'intérêt subsiste, soutient l'IDG. Or, une hausse de 1 point de pourcentage de la dette, par exemple, coûterait 2 G$ au Québec annuellement, comparativement à 1,2 G$ il y a 10 ans.


Les dépenses en santé représentent de leur côté un poids de plus en plus lourd sur les finances publiques. Les Lucides le prévoyaient, l'Institut des générations le confirme. Elles sont passées de 20,9 G$ en 2005 (ou 30,8 % des dépenses consolidées) à 31,7 G$ en 2013 (ou 31,7 % des dépenses consolidées).


Cela ne manque pas d'inquiéter les membres de l'IDG. «Malheureusement, la commission Robillard [sur la révision des programmes] s'est encore attardée bien peu à l'éducation et à la santé, les deux principaux postes de dépenses du gouvernement», déplore Laura O'Laughlin, économiste principal pour le Groupe d'analyse (Analysis Group), de Montréal, tout en accusant le gouvernement de manquer «de courage et de vision globale».


L'exercice actuel de rationalisation des dépenses ne peut être valable qu'à court terme, selon elle. «Oui, le gouvernement atteindra l'équilibre budgétaire. Mais sans augmentation de revenus pour l'État, le problème du maintien des services aux citoyens demeurera.»



Déclin démographique limité


En matière démographique, les prévisions des Lucides ne se sont pas totalement avérées. Le vieillissement de la population a été amoindri par un léger baby-boom, probablement encouragé, selon l'IDG, par l'adoption de politiques familiales.


«On ne peut pas être certain. Les liens de cause à effet ne sont pas évidents à prouver. Mais je crois que l'adoption d'une série de mesures favorisant les familles ces dernières années ne peut qu'avoir contribué à adoucir la tendance décrite par les Lucides», dit Isabelle Fontaine, membre de l'IDG et vice-présidente de Ryan Affaires publiques.


Ainsi, dans les faits, la population totale du Québec est passée de 7,6 à 8,2 millions habitants entre 2005 et 2014. L'Institut de la statistique du Québec (ISQ) s'attend à ce qu'elle atteigne 9,8 M en 2050. Les Lucides prévoyaient plutôt 7,8 M d'habitants en 2050. L'IDG attribue la différence aux prévisions erronées de l'ISQ.


L'évolution de la population active n'a pas non plus connu le plongeon prévu. Le taux d'activité des 55 ans et plus a beaucoup augmenté (surtout chez les 60-64 ans), ce qui a presque permis de maintenir un taux d'activité stable. Ici aussi, des modifications fiscales ont pu favoriser le maintien ou le retour de plusieurs travailleurs.


«Les Lucides se sont-ils trompés ou ont-ils au contraire réussi, en sonnant l'alarme, à convaincre les pouvoirs publics de poser des gestes qui ont changé le cours des choses ? Finalement, ce n'est pas très important, estime Maripier Isabelle, membre de l'IDG et candidate au doctorat en économie de l'Université de Toronto. Que ce soit grâce à de nouvelles règles ou non, et que ces règles soient issues du travail d'influence des Lucides ou non, ce qui compte est que la situation évolue dans la bonne direction.»


Finalement, même s'il s'est révélé moins important qu'escompté, le déclin de la population totale et active reste un enjeu tout aussi préoccupant, selon les membres de l'Institut.



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Aussi pauvre, mais plus égalitaire


Enfin, comme pressenti par les Lucides, le revenu moyen des Québécois s'est détérioré par rapport à la moyenne canadienne et nord-américaine. Sur le plan du revenu disponible, le Québec se classait au 5e rang des 10 provinces en 2005, mais est tombé au 9e rang en 2013, tout juste devant l'Île-du-Prince-Édouard, note l'Institut. Le revenu moyen, de 9 % inférieur à la moyenne canadienne en 2005, est passé à 12,9 % sous la moyenne en 2013.


Malgré tout, insiste l'IDG, de plus en plus d'études démontrent que le revenu moyen, ou même médian, n'est pas une très bonne mesure de la qualité de vie. La distribution de revenu et la qualité des services gouvernementaux sont tout aussi importantes. En 2011, le Québec affichait une répartition des revenus plus égalitaire que l'Ontario et que l'ensemble du Canada, un avantage pour le Québec, qui s'accentue avec les années.


En outre, si le taux de chômage du Québec reste supérieur à celui du Canada, la différence s'est amenuisée depuis 2005. Cela a été particulièrement vrai durant la récession, où le marché du Québec a été plus résilient, soutient l'Institut.


«Alors oui, le Québec est toujours plus pauvre en comparaison des autres. Cela n'a pas beaucoup changé, affirme Laura O'Laughlin. Mais il faut dire que le Québec est aussi plus égalitaire. À mon avis, c'est là une chose - une richesse même - dont nous devrions tous être fiers.»



LES SIGNATAIRES DU MANIFESTE ÉTAIENT :


› Lucien Bouchard 
› Joseph Facal
› Pierre Fortin 
› Robert Lacroix
› Sylvie Lalande
› Claude Montmarquette 
› André Pratte 
› Denise Robert 
› Jean-Claude Robert 
› Guy Saint-Pierre 
› Marie Saint-Pierre 
› Denise Verreault


UN PEUPLE D’ENDETTÉS ?


Le niveau d’endettement des ménages québécois ne s’améliore pas. Il est vrai que l’accroissement de la valeur de leurs actifs est venu modérer le poids de cet endettement, mais la dette de l’ensemble des ménages du Québec s’est accrue à un rythme plus rapide que la valeur de leurs avoirs, souligne l’Institut des générations.


CONCURRENCE ASIATIQUE


À l’époque, les Lucides s’alarmaient devant la concurrence des pays asiatiques, particulièrement les géants chinois et indien. « Dans 10, 20 ans, que fabriquerons-nous, nous, Québécois, mieux que les Chinois et les Indiens ? » demandaient les Lucides. Aujourd’hui, estime l’Institut des générations, la «menace» venant de la Chine provient surtout des risques de chute de demande de ce même pays. «Le Québec doit probablement investir davantage en innovation, juge Laura O’Laughlin. En somme, nous ne nous battons plus contre les autres. C’est nous face à nous-mêmes et à ce que nous voulons devenir. »


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