Un douloureux transfert père-fille

Publié le 11/02/2011 à 00:00, mis à jour le 25/02/2011 à 09:45

Un douloureux transfert père-fille

Publié le 11/02/2011 à 00:00, mis à jour le 25/02/2011 à 09:45

Par Claudine Hébert

Annette et Janick Aubut, des Produits St-Godefroi [Photo : Claudine Hébert]

Les transmissions d'entreprises ne se déroulent pas toujours dans l'harmonie. C'est ce qui est arrivé à Janik Aubut, qui a racheté les actifs des Produits Marins St-Godefroi de... son père. Depuis, fille et père ne se parlent plus. C'était il y a 14 mois.


Les deux ne voyaient pas les choses de la même manière, surtout l'avenir de la pêche et la gestion. Leurs opinions divergentes ont creusé un fossé entre ces deux fortes personnalités. " Mon père est de la génération qui croyait la ressource illimitée. S'il avait continué à gérer l'entreprise, on se dirigeait carrément vers une fermeture ", rapporte avec son franc-parler coloré la propriétaire.


Engagée dans les activités de l'entreprise depuis qu'elle a 8 ans, Janik Aubut est la seule des trois enfants de la famille à être restée dans l'entreprise qui transforme du hareng, du maquereau, du homard et de la morue depuis sa fondation en 1970.


Les Produits Marins St-Godefroi, qui ont été les premiers à transformer le crabe commun au Québec, ont déjà compté une centaine d'employés. Aujourd'hui, l'entreprise compte à peine 25 personnes, nombre qui varie selon les arrivages. En juin, lors de notre passage, les premiers stocks de maquereaux se faisaient impatiemment attendre... Ils sont arrivés cette semaine.


Cette diminution des stocks n'est pas sans conséquence. Depuis un an, Mme Aubut doit se battre pour préserver ses droits de transformation face à d'autres entreprises de la région, largement subventionnées par l'État.


Persuadée d'avoir les bonnes solutions


Pourquoi cette obstination ? Pourquoi avoir investi la majorité de ses économies, près d'un demi-million de dollars, pour sauvegarder une entreprise dont l'avenir est incertain ? " Parce que je suis persuadée d'avoir de bonnes solutions afin d'assurer la survie de mon patrimoine familial ", dit-elle simplement. Des solutions qui ont d'ailleurs convaincu la Banque Nationale, la SADC et le CLD local de lui prêter l'argent nécessaire pour conclure l'achat, en juin 2009.


" L'époque où les pêcheurs nous livraient chaque matin 100 000 livres de poisson, peu importe la qualité, est terminée. Leur cargaison, aujourd'hui diminuée, doit dorénavant être de bonne qualité afin que l'on puisse obtenir le meilleur prix sur les marchés de la distribution ", explique la jeune femme.


Pour ce faire, elle a investi dans ses infrastructures, entre autres pour acheter un vivier à homard de 30 000 livres qui lui permet de doubler sa capacité d'entreposage. Plus de 250 000 $ en 15 mois. Dès le départ de son paternel, elle a fait l'acquisition d'une énorme machine à glace afin que les pêcheurs puissent entreposer leurs prises quotidiennes avant de revenir au quai. Mme Aubut a aussi, comme elle le souhaitait depuis 10 ans, procédé à l'agrandissement et à l'isolation des murs de la poissonnerie, qu'elle garde maintenant ouverte à l'année. Le commerce comprend également une terrasse, d'où la clientèle peut voir les activités du quai de Saint-Godefroi.


" J'ai toujours cru que la poissonnerie était la véritable mine d'or des Produits Marins St-Godefroi, une opinion que mon père était loin de partager ", confie-t-elle. Sa mère Annette fait fi de cette discorde et continue de travailler à la poissonnerie.


La jeune femme évalue l'idée de se lancer dans la préparation de produits cuits et préparés à base de poisson. " En attendant, je souhaite aménager d'ici le printemps une cuisine afin de réunir autour d'une table mes employés à l'heure du lunch. J'ai l'intention de bien prendre soin d'eux tout autant que de ma ressource ", indique-t-elle.


Enfin, malgré sa relation père-fille houleuse, Janik Aubut avoue, les larmes aux yeux, que son père lui a tout de même légué un solide héritage : sa tête dure. " Sans ses gênes, je ne serais sûrement pas rendue où je suis aujourd'hui, à 40 ans, à croire fermement qu'il y a un avenir pour la pêche en Gaspésie. "

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